Ira Sachs (Passages) revient en Compétition du Festival de Cannes avec The Man I Love. Cette plongée dans le New York des 80’s permet à Rami Malek de délivrer la meilleure performance de sa carrière en comédien atteint du sida.
Ira Sachs était un des seuls américains en Compétition au Festival de Cannes, et également responsable du film le plus court de ce line-up. Avec The Man I Love, le cinéaste invite le spectateur pendant 1h30 à suivre le quotidien de Jimmy George (Rami Malek) dans le New York des 80’s. Comédien et chanteur fictif de la scène queer, cet artiste vit au jour le jour dans une fenêtre entre la vie et la mort.
En effet, comme bon nombre d’homosexuels à cette époque, Jimmy est atteint du sida et malgré les prises pluri-quotidiennes de médicament ne peut se résoudre à un avenir radieux. Désireux d’assurer sa fonction pour un ultime rôle de comédie musicale, Jimmy oscille entre les répétitions, sa vie avec son amant (Tom Sturridge) puis la rencontre avec un nouveau voisin (Luther Ford).

The Man I Love pourrait d’emblée faire office de film doloriste et grave, accentuant le pathos pour mettre en lumière un personnage sur les rives du Styx. Bref, du simili-Les Nuits Fauves, mais Ira Sachs ne va heureusement pas vers ce terrain galvaudé. Cela passe d’emblée par le refus de citer le VIH, et de ne pas montrer une séquence d’annonce diagnostique.
Plongée douce-amère dans les 80’s
Ce bagage, Jimmy vit avec depuis quelques années, et le spectateur n’est pas pris pour un idiot : il sait ce qui se trame instinctivement, tandis que The Man I Love est avant tout intéressé à capter une pulsion de vie et de passion contrariée. Pour se faire, le réalisateur use de son savoir-faire pour proposer une mise en scène cadrée au plus près des corps et des visages. On sent l’école d’un cinéma Hollywoodien d’antan, où le personnage et sa psychologie sont le moteur même du récit.

Dans un programme toute fois attendu, The Man I Love déroule scènes de camaraderie entre artistes de la scène (belle séquence de chants), non-dit relationnel et relation amoureuse naissante. Un schéma qui ne dévie que rarement de sa route pré-tracée, mais dont le lien tient dans son interprété principal. En effet, Rami Malek livre ni plus ni moins que la plus belle et sensible performance de sa carrière !
Rami Malek livre sa meilleure performance
On savait l’acteur compétent (Mr Robot !), même si le comédien de Bohemian Rhapsody peut aussi tomber dans ses tics maniérés sans réelle direction (Mourir peut attendre). Ira Sachs pose sa caméra sur Rami Malek en dévoilant toutes les imperfections d’un personnage de bon vivant à qui on présente le revers de la médaille. L’acteur Oscarisé use ainsi de son body language, des temps d’arrêt dans la diction et de ses étonnantes capacités vocales (et oui il chante vraiment ici) dans un équilibre constant de tenue, fierté et douleur intériorisée.
Et le résultat fait souvent mouche dès que Malek est à l’écran, le point d’orgue se trouvant dans cette séquence où l’acteur chante à cœur ouvert, guitare à la main, face à ses proches (dont les personnages joués par Rebecca Hall et Ebon Moss-Bachrach). Du double-sens qui infuse ce The Man I Love sans sortir les violons. Ira Sach aurait pu faire en sorte de policer son film de manière douce-amère, mais contre-balance ce canevas attendu en allant avant tout vers le tragique, voire le fatalisme. En résulte un film humble, qui n’évite pas certains tronçons codifiés, mais le tout reste incarné !
The Man I Love sortira au cinéma en 2026. Retrouvez tous nos articles du Festival de Cannes ici.
avis
The Man I Love contrecarre une trame codifiée par la performance habitée de Rami Malek, la délicatesse qu'a Ira Sachs pour aborder son sujet et la rigueur de mise en scène au service de ses personnages. En résulte un film humble et touchant.
