Supergirl a droit à son film solo. Après Superman pour ouvrir le nouvel univers DC au cinéma, Craig Gillespie (Cruella, Moi, Tonya) adapte librement le comic book « Woman of Tomorrow« , alors que Milly Alcock (House of the Dragon) incarne Kara Zor-El. Que vaut cette aventure cosmique ?
Supergirl est le second long-métrage de l’univers DC inauguré avec le réussi Superman de James Gunn, et la série animée Creature Commandos. Cette fois-ci, c’est le réalisateur Craig Gillespie (Moi, Tonya, Cruella, Fright Night) aux commandes de cette aventure stellaire faisant à la fois office de jalon avant Man of Tomorrow, et de présentation en bonne et due forme pour le personnage.

En effet, après un caméo éclair en gueule de bois, Supergirl a droit à son propre film, adaptant librement le très bon comic book « Woman of Tomorrow » de Tom King et Bilquis Evely. Les bases sont d’ailleurs les mêmes, alors que Kara/Supergirl (Milly Alcock) noie sa dépression dans des soirées alcoolisées inter-galactiques, en compagnie de son chien Krypto.
Son quotidien va néanmoins être chamboulé lorsque le pirate Krem et ses brigands vont tuer les parents de la jeune Ruthye Marye Knoll (Eve Ridley). Cette dernière s’engage alors dans une quête vengeresse munie de l’épée de son père, tout en demandant l’aide de Supergirl. Le duo va ainsi s’aventurer en territoires hostiles de planète en planète.
Aventure rapiécée en post-prod
Supergirl est un film problématique à plusieurs égards, et il ne faut pas attendre 2 minutes pour le comprendre. Débutant par un montage présentant le quotidien alcoolisé de son héroïne, le film accuse d’un montage régulièrement brouillon qui nuit drastiquement à la narration. On le sait désormais, 25 minutes de film ont été coupés, après 10 remontages en 6 mois lors de la post-production. Comme si les équipes de DC ne savaient quoi faire trouver la bonne voix du métrage.

Pourtant, le concept (hérité du comic book) est simple, et le script d’Ana Nogueira reste cohérent dans ses intentions : un western SF où une super-héroïne désabusée s’allie à une orpheline pleine d’optimisme dans une quête de rédemption et de justice face à des crapules de la pire espèce. Et dans au sein de ce canevas tenu, l’humour (on pense un peu aux Gardiens de la Galaxie évidemment) et la gravitas (quelques séquences font penser à du Furiosa, toutes proportions gardées) co-existent pendant 1h45 menées à toute allure.
Et il est là le premier problème : en répondant aux diktats codifiés du blockbuster, Supergirl peine à respirer et à s’incarner. La fabrication globale est tenue, notamment grâce à la photo de Rob Hardy (Ex Machina, Mission Impossible Fallout) ou les excellents maquillages (qui renvoient même ceux de Mandalorian au placard) des aliens rencontrés. Mais derrière ce polissage se cache une réalisation cruellement anonyme, agrémentant le film de séquences d’action plus illustratives que véritablement pensées en terme de scénographie.
Narration qui ne sait jamais sur quel pied danser
Supergirl a des idées (cette utilisation des divers soleils pour ponctuer la force et les faiblesses de son héroïne), et n’est jamais rébarbatif ou véritablement raté. Mais les problèmes de narration par l’image rythment chaque changement de séquence tel un juke box cassé où on doit remettre une pièce pour pouvoir avoir la suite du morceau. L’exemple le plus flagrant tient dans une scène de bar (prenant place dans une sorte de bidonville galactique et grisâtre plutôt pauvre en terme de production design), où Gillespie tente une approche de mise en scène où l’action n’est vue que selon le point de vue de Ruthye cachée derrière une table renversée.

Les corps volent, Kara se déplace et vole vite, mais 30 secondes plus tard la construction de tension allant crescendo est immédiatement interrompue alors que le soufflet retombe, dans le but d’amener une note d’humour avec le personnage de Lobo. Figure culte de DC, le mercenaire est joué avec une énergie communicative par Jason Momoa, mais ces apparitions (aussi sympathiques soient-elles) relèvent au mieux du teasing de luxe, et au pire du deux ex machina fastoche.
Vengeance qui se mange trop froide
Tout Supergirl souffle ainsi le chaud et le froid à intervalles réguliers, jusque dans son climax explosif. Mention spéciale au vilain qu’est Krem (Matthias Schoenaerts se démène comme il peut), initialement menaçant en violent électron libre mais qui ne sera à la fin qu’un méchant fonctionnel à la petite semaine sans saveur. C’est parfois jubilatoire de voir Kara y aller sans retenue pour taper du malfrat et détruire des véhicules en tout genre, mais le bât blesse dans ce final annihilant toute la logique du récit vengeur (et de Woman of Tomorrow). Point de sacrifice ni de tragique, le métrage préfère la jouer sans froisser quiconque ni bousculer le spectateur, jusqu’à un épilogue terminant de faire de cette aventure un simple pas de côté pour son héroïne.
Et c’est bien dommage, tant Milly Alcock est excellente dans le rôle-titre. On pouvait craindre un cliché ambulant de stoner à la punchline facile. Mais Supergirl joue habilement du trauma originel du personnage (la perte de son monde qu’elle a pu expérimenté de ses yeux) pour construire l’héroïsme latent de sa protagoniste, en particulier lorsque le film arrive à le matérialiser par un montage réussi (Kara agonisante sous un soleil vert se remémorant son histoire et la portée du S symbolique). On aurait aimé que le reste du film ait la même ambition émotionnelle, car en l’état, on se retrouve ni plus ni moins qu’avec un film du genre générique.
Supergirl sortira au cinéma le 1er juillet 2026
avis
Avec Supergirl, Craig Gillespie adapte mollement Woman of Tomorrow. Malgré le talent de Milly Alcock, cette aventure stellaire peine à décoller, la faute à une narration et un montage ne sachant jamais réellement par quel bout prendre un récit de vengeance et de rédemption pourtant clairs. Reste le caractère fonctionnel et sans réel temps mort de cette aventure générique. Dommage pour DC !
