Pour un premier film, Mohamed Rashad parvient à transmettre l’authenticité et la sensibilité de sa démarche. Néanmoins, L’Entente n’est pas exemptée de défauts difficiles à laisser passer.
En rencontrant un jeune homme, Mohamed Rashad, réalisateur égyptien, découvre l’histoire d’un fils perdu, sans repères, et dont le père est tragiquement décédé sur son lieu de travail. Pas le temps pour le deuil, la même entreprise l’appelle pour remplacer son père à son poste, et surtout éviter d’être poursuivi en justice. Et de ça naît L’Entente. L’histoire de deux frères, Hossam et Maro, qui vivent dans une communauté marginalisée d’Alexandrie, et que, bien évidemment, tout oppose.

Et ça, dès la scène d’ouverture : le contraste est sciemment établi entre les deux jeunes hommes, pour qui l’éducation, la jeunesse ou encore le rapport au père ont été complètement différents. À leur manière, tous deux sont des fauteurs de troubles qui se retrouvent très vite emprisonnés par les préjugés et la réalité sociale et économique dans laquelle ils se trouvent.
Un portrait de l’Égypte contemporain
Il est vrai qu’on cherche toujours à être plus indulgent avec les premiers longs métrages, ici, on ne peut que louer la construction de l’ambiance du long métrage et des propositions de composition du réalisateur. On observe très vite que Mohamed Rashad est un passionné, qui a étudié le cinéma, et qu’il est rempli de bonnes intentions. Le film est un thriller modeste, où la simplicité est le mot d’ordre de tout le film.

Rashad retranscrit avec un œil documentaire, quasiment chirurgical, et décortique toutes les couches des peuples marginalisés égyptiens, comme le présente son sous titre : L’Entente : la face cachée d’Alexandrie. Le film est très émouvant, les réalités sociales et sanitaires sont appuyées comme pour nous alerter et nous prévenir d’une descente en enfer pour nos personnages. L’ADN de l’œuvre est cohérente, mais cesse très tôt de proposer quelque chose de foncièrement différent, et n’arrive pas à se dépatouiller des enjeux qu’il se fixe lui-même
Deux frères qui renouent grâce à tout ce qui les sépare
Pour incarner le duo, Rashad choisit de se tourner vers des acteurs inconnus, pour renforcer notre immersion, sans de grandes stars, trop décalé avec le ton du film. Mais le jeu d’acteur du casting devient vite trop déséquilibré, et l’aridité des dialogues et du scénario ne leur facilite pas la tâche. Le film a bien des qualités, mais l’œuvre en elle-même semble s’ennuyer à certains moments, et nous offre des instants de thriller complètement passifs.

La moitié des scènes à l’usine, tout d’abord, sont particulièrement trop pauvres. Si le début et la fin leur réussissent, les scènes où Hossam travaille et où son frère l’observe ne paraissent mener à rien, et c’est pire pour la romance mijotée tout au long du film. Le film veut appuyer un propos que le spectateur a compris il y a 20 minutes. Et c’est dommage, car l’ambition de montrer une Égypte comme on la montre peu, est belle, et plutôt réussie.
Au nom du Père et du Fils
À l’usine, les deux frères en profitent pour se rapprocher et se souder, lorsqu’ils commencent à suspecter la mort préméditée de leur père. Auprès des autres ouvriers, ils sont vus comme des animaux, les stéréotypes ne les quittent pas, mais les scènes avec le patron en deviennent presque grossières tellement, qu’après une heure, le propos semble tourner en rond, sans trop avancer.

Bien évidemment que le spectateur comprend que les deux frères sont mis de côté, et sont pris dans une boucle infernale où ils sont traités comme des délinquants. Mais la monotonie de l’histoire et du rythme peut rendre le tout vite ennuyeux. Et lorsque les dialogues ne relèvent malheureusement pas le niveau, on se demande quand est ce que tout ça va finir ? Dans un thriller, il est important de ne pas s’éparpiller dans des intrigues secondaires qui prennent le pas sur le sujet du film. Ici c’est le cas, et elles ne sont pas vraiment intéressantes.
L’Entente, de quoi tu me parles ?
Finalement, le vrai propos du film est d’interroger de nombreuses thématiques : les dynamiques familiales, la condition ouvrière, et les difficultés sociales. La caméra de Rashad propose, avec parfois des propositions de composition très intéressantes, de mettre l’accent sur les manifestations d’une extrême pauvreté. Et le point fort du film est bien évidemment la relation entre les deux frères, l’évolution de leurs dynamiques et ce renversement de « héros » à ce qu’il est vraiment pour Hossam.

Et si le travail de l’écriture est mis sur la relation entre les deux frères, le reste semble superficiel. Rashad écrit beaucoup mieux dans ces silences, dans l’écriture de ces personnages, que quand ils discutent entre eux. Encore une fois, on comprend les difficultés de parler, de se confier, dans les relations familiales, mais le choix de le représenter ainsi l’emmène parfois dans la mauvaise direction.
Le bruit puis le calme
Inspirée d’une histoire vraie, le long métrage réussit quand même à nous toucher par la simplicité de sa forme, et il devrait en être de même pour son récit. Le thriller se laisse trop aller à des sous-intrigues inutiles qui peuvent brouiller le message chez certains spectateurs. Dans le fond, le récit intime et sincère de Rashad réussit, sans exceller, à nous emmener au cœur d’une famille pauvre. À la fin, nous nous rappelons que ce ne sont que des petits garçons. Et cette réalité est une brutalité.
L’Entente sort le 6 mai 2026 en salles.
AVIS
Bien que L’Entente a de vrais défauts d'un premier film : un rythme lent, des dialogues castrés, son récit et ses personnages en font un beau film, à découvrir si vous souhaitez découvrir la face cachée d'Alexandrie.
