Victorian Psycho est le nouveau film de Zachary Wigon (Soumission), présenté au Festival de Cannes dans la section Un Certain Regard. Adaptant le roman éponyme de Virginia Feito, ce film de genre porté par Maika Monroe place une gouvernante psychopathe au sein de l’aristocratie anglaise du XIXe siècle.
Victorian Psycho a tout de la petite proposition de genre bien troussée qui tache. En effet, le film de Zachry Wigon présenté à Cannes en première mondiale place son action dans l’Angleterre victorienne. Nous sommes ainsi en 1858, alors qu’une jeune et excentrique gouvernante nommée Winifred Notty (Maika Monroe) arrive au manoir Ensor.
Fief de la famille Pounds (Jason Isaacs et Ruth Wilson incarnant le couple de nantis détenteur du domaine), le lieu guindé va rapidement découvrir que tout ne tourne pas rond. En effet, des membres du personnel commencent à disparaître dans des circonstances plus qu’étranges. Dès lors, les accusations vont rapidement être lancées à l’encontre de Winifred.

Tel est le pitch de base de ce Victorian Psycho ne laissant aucun doute sur la nature de cette gouvernante admirablement campée par Maika Monroe. D’entrée de jeu, le comportement pétulant et constamment souriant de Winifred laisse peu à peu place à des séquences d’inadaptation sociale : tel un poisson sorti de l’eau, la gouvernante tente de constamment faire bonne impression derrière un masque bienséant.
La vraie femme de chambre qu’on mérite
Mais qui dit masque dit véritable nature dissimulée, et c’est bien là que tout le sel de Victorian Psycho se trouve ! Tel un Patrick Bateman, Winifred est en proie à des pulsions morbides et meurtrières constantes. Le Diable ? Schizophrénie ? Le récit ne vient pas disséquer la psyché du personnage pour tenter d’expliquer ses tendances psychopathiques. Non, le spectateur parvient à se ranger du côté de cette gouvernante déglinguée du bulbe !
Là est la subtilité de Victorian Psycho, mettant en opposition une psychopathe issue de la plèbe et une bourgeoisie hautaine et vile. De ce fait, le film infuse une lutte de classes avec sens dans le but de mettre un coup de pied dans la fourmilière. Rien de profondément novateur (un Wedding Nightmare capitalisait bien là-dessus), mais Zachary Wigon mise sur son atout phare : son actrice !

Sur un fil ténu entre cabotinage et intériorité, Maika Monroe porte littéralement ce Victorian Psycho dans une performance embrassant l’humour malgré l’aspect sinistro-pathologique du personnage. On pense par exemple à ces scènes proches de la possession, où l’actrice semble lutter contre le mal qui la ronge, tout en étant consciente de sa propre nature. Le film en devient même ludique lorsque l’actrice débite des pamphlets satanistes face à la mine déconfite du jeune Jacopi Jupe (Hamnet), ou se lèche les doigts dans de la betterave en imaginant du sang !
Belles idées pas exploitées au maximum
Malgré tout, Zachary Wigon et Virginia Feito introduisent la première victime de Winifred rapidement (du meurtre à coups de hache pour notre grand plaisir) avant de délayer cette dimension proche du slasher. Il faudra ainsi atteindre le dernier acte de Victorian Psycho dans un élan à la fois gore et tragi-comique. En résulte ainsi un récit gonzo qui ne va pas à fond dans ses idées ou ses velléités de défouloir.
Et c’est bien dommage, car le fabrication du film, sa patte visuelle et son casting sont des plus réussis (cette confrontation en plan-séquence avec Jason Isaacs sur les fantômes du passé). Là encore, Victorian Psycho parvient à travers son parti-pris et son contexte à être un divertissement incarné, même s’il n’exploite pas tous ses ingrédients.
Victorian Psycho sortira au cinéma en 2026. Retrouvez tous nos articles du Festival de Cannes ici.
avis
Victorian Psycho séduit dans sa mise en scène, son ton décalé et la performance habitée de Maika Monroe? Dommage que le film ne va pas au bout de ses idées, notamment dans le dézingage de la bourgeoisie victorienne. Le résultat demeure tout de même tout à fait honnête !
