Na Hong-jin (The Chaser, The Strangers) revient 10 ans plus tard avec Hope, blockbuster le plus cher de la Corée. Présenté au Festival de Cannes, cet OVNI s’avère aussi réjouissant que dégénéré dans un mariage des genres tenant en haleine dans un shoot d’adrénaline filmique de 2h40 !
Dire que Hope était attendu est un euphémisme ! Le réalisateur Na Hong-jin est sans nul doute le plus grand talent coréen ayant émergé ces quinze dernières années. Dès son premier long-métrage The Chaser, combinant thriller policier film hardboiled de serial killer, la maîtrise et le mariage des genres était présents dans une symbiose cohérente. Un The Murderer sous tension et un The Strangers convoquant le cinéma paranormal plus tard, Na Hong-jin était un nom bien installé.
La Corée sort l’artillerie lourde
Pourtant, il aura fallu une décennie pour accoucher de Hope, plus gros blockbuster de l’Histoire de la Corée (avec un budget de plus de 40 millions de dollars). Un développement dont les racines datent de 2017, le réalisateur voulant s’attaquer à un autre défi d’envergure. L’occasion d’électriser la Croisette en bonne et due forme, et de proposer un film multi-genres aussi intriguant que furieux.

Hope débute comme tout film de son auteur. Nous sommes dans une petite bourgade portuaire coréenne (Hope Harbor), proche de la zone démilitarisée. L’inspecteur Beom-seok (Hwang Jeong-min) patrouille et tombe sur une carcasse de bœuf en plein milieu de la route. Cette dernière semble avoir été lacérée par une créature inconnue. Décidant d’investiguer, Beom-seok tombe sur une Hope Harbor en ruines, saccagée telle une zone de guerre.
Au même instant, le chasseur Seong-Ki (Jo In-sung) s’engage avec d’autres camarades à traquer ce mystérieux monstre dans la forêt. Le début d’un rollercoaster absolu tout au long des 2h40 de métrage, tandis que Na Hong-jin propose un film en mutation constante en terme de filmage, de ruptures de ton et de propositions de mise en scène.
Leçon de cinéma d’action
Rien de surprenant à ce niveau lorsqu’on connait la carrière du bonhomme, mais Hope s’avère être un pur coup-de-poing de fabrication dès ses hallucinantes 45 premières minutes. Centré sur un Hwang Jeong-min (Veteran, Kill Bok-soon), ce prologue géant est un modèle absolu de cinéma d’action, prenant place dans des décors apocalyptiques proches du survival-horror. Nourri par un montage chirurgical et un sound design viscéral, Na Hong-jin use à merveille du hors-champ (cris de monstre, corps charcutés, explosions au loin..) pour instaurer un climat de suspense et de tension exemplaire.
De quoi admirer le soin titanesque de production design, alors que les rues désolées son jonchées de débris ou de cadavres. L’avancée du protagoniste dans ce chaos étonnamment calme se fait presque de manière vidéoludique, rythmée par des rencontres fortuites, voire l’interruption de la créature que l’on ne verra jamais réellement (cachée par un angle de rue ou un bâtiment)..

Na Hong-jin réussit cet édifiant tour de force dans une maestria purement Spielbergienne (on pense à McTiernan également via cette spatialisation de la scénographie), se permettant d’incorporer rapidement des notes d’humour iconoclastes. Et c’est à cette issue que Hope opère une mue étonnante, déconcertante surtout, mais électrisante : la fameuse créature d’origine alien est dévoilée !
Synthèse de SF musclée
Na Hong-jin digère par la suite tout un pan du cinéma de genre ayant émergé ces 40 dernières années : Les Dents de la Mer, Predator, Aliens, The Host… Et le travail de diégèse ne s’arrête pas là, puisant autant dans la japanimation (L’Attaque des Titans) que dans le jeu vidéo (Resident Evil) afin de proposer un survival d’action comme nul autre.
En terme de comparaison stylistique, Hope fait furieusement penser au Nope de Jordan Peele ! Non pas d’un point de vue thématique (Na Hong-jin préférant avant tout un pur divertissement drivé par le frisson d’un ride), mais en terme de conception pure : menace extra-terrestre, mixage référentiel (jeu vidéo, japanim), course-poursuite d’ampleur, mariage ahurissant de tons, renvoi au western original via la figure équestre et même le compositeur Michael Abels.

Fan de son travail avec Jordan Peele, Na Hong-jin a monté et conceptualisé toutes les séquences de Hope en se basant sur la musicalité des bandes origines d’Abels (c’est donc tout naturellement qu’il lui a proposé de venir sur le film). Du spectacle oui, mais également de l’humour, du mystère et une dose de folie animent ce blockbuster singulier.
Il faudra plusieurs fois se pincer devant la rythmique humoristique parfaitement dosée (par instants Hope pourrait presque faire penser à du Edgar Wright ou du Ryoo Seung-wan), à l’image de ce monologue pété du casque (pastichant celui de Quint dans Les Dents de la Mer) où un témoin de la présence alien raconte cette rencontre du 3e type caractérisée par une diarrhée pressante.
Rencontres des 3 types
Mais même via ces respirations humoristiques, Hope ne faiblit jamais dans ses intentions et sa puissance. La dernière heure est également un modèle en terme de ponctuation de l’action via des articulations jouant des spécificités des lieux (verticalité de la forêt, linéarité courbe d’une autoroute), mais également des caractéristiques des opposants extra-terrestres. Proposant des designs semblant tout droits sortis de l’archipel nippon, les « Molli » (vaguement interprétés par Michael Fassbender, Alicia Vikander et Taylor Russell) sont à la fois et une force et une limite du métrage.

Limite, car dès que le film entreprend son ultime mouvement, Hope met en scène ces aliens avec une dose d’humanité annihilant leur potentiel menaçant préalable. On retiendra tout de même le nemesis principal du récit, capable de se transformer en un tigre sorti de l’imagination d’un jeu Capcom ! La comparaison ne s’arrête pas là, étant donné que Hope souffre aussi de certains CGI moins fins pour représenter ces êtres venus d’ailleurs (voire des effets visuels ratés dans certains autres cas).
Hope Partie 1
Et si tout cela relève finalement plus d’un ressenti visuel ou esthétique, Hope se veut également le film le plus chiche de Na Hong-jin dramaturgiquement. Les personnages sont attachants dans ce jeu de stéréotype purement coréen (on pense à Hoyeon campant une fliquette badass accro aux gros guns), mais aucun réel parcours de personnage n’est à noter.
Hope propose quand même cette peinture d’une police et d’un pays voulant se dépatouiller de ses imperfections, et amorce également un récit plus ample (cliffhanger à l’appui annonçant un second film) en questionnant l’identité du chasseur et du chassé. Na Hong-jin investit donc ce questionnement cher au cinéma coréen, mais le tout fait surtout office de gigantesque introduction à un récit et un lore qui ne fait que débuter. Pas de quoi bouder son plaisir devant un tel morceau de divertissement. Une vraie déclaration d’amour pulp qui n’oublie jamais son langage premier : celui du cinéma !
Hope sortira au cinéma à l’automne 2026. Retrouvez tous nos articles du Festival de Cannes ici.
avis
Avc Hope, Na Hong-jin revient par la grande porte du blockbuster en délaissant la rigueur dramaturgique de son cinéma. Malgré cette épure au service du frisson pur, le cinéaste propose ni plus ni moins qu'une diégèse ahurissante du cinéma d'action et de science-fiction l'ayant nourri, dans un pur rollercoaster virtuose dans es ruptures de ton et sa mise en scène inventive. Un idéal de grand spectacle à l'asiatique en somme !
