Cannes 2021 – Critique L’Histoire de ma femme : fresque romantique raffinée

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Il fut un temps où les fresques historiques avaient le vent en poupe. De nos jours, les grandes figures d’une autre époque ont troqué leur uniforme pour des collants et des super pouvoirs. C’est donc agréable de retrouver dans les salles obscures ce type de cinéma avec L’Histoire de ma femme, réalisé par la cinéaste hongroise Ildiko Enyedi.

Pendant une bonne partie de ce long-métrage d’une durée conséquente (2h49), la réalisatrice nous offre une fresque digne des plus grandes. Elle filme avec délicatesse ses personnages et développe subtilement l’alchimie entre Léa Seydoux, mystérieuse et sensuelle et Gijs Naber, un capitaine de navire solitaire et honnête. Le récit de L’Histoire de ma femme s’intéresse à cette relation houleuse qui associe deux personnes qui n’ont rien à voir. Entre le loup des mers, dénué du moindre intérêt pour la vie en société face à la femme pétillante d’énergie, bonne vivante et en quête de liberté.

Cannes 2021 - Critique L'Histoire de ma femme
© PYRAMIDE DISTRIBUTION

Une reconstitution lumineuse

La reconstitution des années 1920, objet de fantasmes dans l’imaginaire collectif, est resplendissante avec des rues vivantes et des ports sublimés par le travail de la photographie. On pense spécifiquement à la captation de la lumière du soleil pour illuminer les intérieurs des navires et des appartements. Cette lumière est vivante et parfois non figée dans le plan comme lorsqu’elle bouge à cause du mouvement lié à la houle.

Cet amour pour la lumière naturelle apporte une esthétique des plus remarquables à l’œuvre et à elle seule tient pratiquement le film à flot tout le long. Qui plus est, Ildiko Enyedi propose une mise en scène empreinte de classicisme, mais qui se révèle adaptée à la fois au traitement de la lumière mais aussi au sujet. Ce dernier explore avec une grande subtilité les non-dits dans un couple et de l’empoisonnement de l’esprit par ceux-ci.

Cannes 2021 - Critique L'Histoire de ma femme
© PYRAMIDE DISTRIBUTION

Une beauté qui ne résiste pas au temps

Hélas, le long métrage tombe petit à petit dans le calme plat des jours sans vent. Sans être complètement dénué d’intérêt, la réalisatrice manque le coche pour faire évoluer son histoire en quelque chose de grand. Le classicisme qui jusque là lui réussissait si bien devient redondant et sans panache. Ce récit déchirant d’un affrontement entre un homme et une femme avec de brefs instants de bonheur manque d’un grain de sel capable de faire basculer la grandeur de la première partie du long métrage en un essai réussi.

Le problème se situe dans la dramaturgie trop poussive mais aussi dans l’absence d’une performance hors norme de la part de ses deux acteurs – ils sont tous les deux très bons mais ne livrent pas des interprétations mémorables à la mesure d’un tel récit. Par exemple, dans le Temps de l’innocence de Martin Scorsese, autre grande romance historique déchirante, Daniel Day-Lewis et Michelle Pfeiffer emportaient tout sur leur passage. Le travail de Scorsese était fabuleux mais ce sont bien ses acteurs qui ont fait du Temps de l’innocence une réussite totale. C’est fondamentalement ce qui manque dans L’Histoire de ma femme, mais cela n’empêche pas le film d’être une belle œuvre cinématographique imparfaite, mais élégante.

L’Histoire de ma femme est présenté en compétition officielle au Festival de Cannes 2021 et sort dans les salles obscures le 12 janvier 2022.

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