Avignon 2019 – Le tout petit prince minuscule : une pièce bien plus grande que son titre

Le tout petit prince minuscule nous emmène avec poésie et humour dans les méandres du cerveau d’un homme déficient intellectuel.

Ne vous fiez pas au titre, ni à l’heure du spectacle, car ce conte là n’est pas pour les enfants. Le tout petit prince minuscule nous plonge dans un univers à la fois tendre et cruel, qui ne peut pas laisser indifférent. Yves Cusset donne vie avec un talent admirable à un personnage dont le cerveau fonctionne de travers, disent les médecins, mais dont la sensibilité nous bouleverse.

Une histoire déchirante

Il se sent trop petit dans un monde pas à sa taille. Son père est mort de « grossesse », et sa mère a disparu à force de jouer à cache-cache. Alors, interné dans un hôpital psychiatrique, c’est à la vie qu’il se raccroche. Parce qu’il n’y a qu’elle qui nous est fidèle, qui reste avec nous tant qu’on est là… De toutes façons, son père ne s’est jamais intéressé à lui et sa mère n’avait pas vraiment le temps d’écouter les réponses aux questions qu’elle lui posait. Un tableau plutôt triste mais qu’il dépeint comme si, au fond, tout ça était assez normal. Et puis surtout, ça ne l’empêche pas d’aimer la vie, même si elle ne le lui rend pas. Un contraste qui nous chahute un peu à l’intérieur. Le ton est donné.

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© DR

Un tout petit prince minuscule et bouleversant

Alors, dans cet environnement d’indifférence, quand la psy s’intéresse à lui, sa vie s’illumine à nouveau. « Ils ont même pas de bouche qu’ils vous sourient déjà ces yeux-là. » Il développe envers elle un amour qui vire rapidement à l’obsession. Elle devient même plus précieuse que la vie à ses yeux. Avec elle, plus rien n’est grave, c’est même elle qui le dit. A présent, il passe toutes ses journées à attendre celle du mardi, où il la voit. Et il nous embarque avec lui dans cette aventure amoureuse qu’il s’imagine réciproque – sinon pourquoi reviendrait-elle toutes les semaines s’intéresser à lui ? – mais que l’on sait à sens unique. C’est à la fois d’une grande tendresse et profondément déchirant. On se prend d’affection pour ce personnage hors-norme, certes différent de nous mais tellement touchant par sa naïveté et toute l’émotion qui se dégage de lui.

Une réflexion philosophique

L’interprétation généreuse d’Ernaut Vivien est hypnothique. Son personnage est plus vrai que nature, jusqu’à la manière dont son corps s’anime, ses mimiques, son regard, et la façon parfois dont les mots se précipitent. D’ailleurs, à travers une plume naïve où les expressions déformées s’en donnent à cœur joie, Yves Cusset nous fait réfléchir sur des choses profondes. La vie, l’amour, la mort, le rapport aux autres, le bonheur… Ses mots sont comme des bras qui nous bercent. Une caresse sur l’âme, même s’ils nous brutalisent un peu par moments. Ils nous rappellent que l’intelligence peut prendre bien des formes différentes et que la sensibilité est l’une d’elles. Ou encore que « Chacun a son bonheur à lui qui est pas le même pour tout le monde. » Le dénouement, assez imprévisible, nous a laissé sans voix. Et nous avons quitté le théâtre avec la certitude d’avoir assisté à quelque chose de grand.

Le tout petit prince minuscule, de Yves Cusset, avec Ernaut Vivien, mise en scène par Yves Cusset, se joue à L’Atelier 44, à Avignon, du 17 au 28 juillet 2019 à 10h05. Relâche le 23.

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Mélina Hoffmann

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