Avignon 2019 – Joie : n’attendons pas que la mort lui trouve du talent !

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Joie est un seul en scène rempli de fantaisie, de délicatesse et d’humour, qui nous parle des choses de la mort… et de la vie.

Une jeune femme assiste à son premier enterrement. Déstabilisée par cette situation, par les réactions des gens présents et par les émotions qu’elle ne parvient pas à exprimer, elle se réfugie dans ses souvenirs d’enfance, ses pensées intimes, qu’elle nous partage avec beaucoup d’élégance. Dans Joie, Anna Bouguereau nous livre un monologue bouleversant.

Une pépite de joie !

Il y a des pièces qui nous enthousiasment un peu, beaucoup ; d’autres que nous quittons un peu déçus de n’avoir pas su les apprivoiser, mais ça arrive, elles seront bien les pépites de quelqu’un d’autre. Et puis, il y a ces quelques pièces, plus rares qui, sans prévenir viennent directement toucher notre âme. Elles créent comme une vague à l’intérieur qui vient soulever les émotions jusqu’au bord des yeux. Ce sont elles que nous espérons secrètement dénicher au cours de nos explorations artistiques, tels des chercheurs d’or. Car ces pièces-là, lorsqu’on en découvre une, oh Joie !, on se sent infiniment reconnaissant et chanceux. Ces pièces-là nous rendent plus riches de quelque chose d’impalpable. Et bien voilà, nous l’avons trouvée, notre pépite.

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© KarimC.

Un spectacle qui questionne avec poésie

Autant ne pas y aller par quatre chemins : ce seul en scène est une réussite en tous points. Le texte est captivant, plein d’intelligence et de finesse, la comédienne d’une grâce et d’une authenticité confondantes, et la mise en scène intimiste et poétique par ses jeux de lumières et son décor… fleuri ! Même les silences racontent un tas de jolies choses. Et puis, tandis qu’elle ne parvient pas à verser la moindre larme malgré ses efforts, les questions qu’elle se pose peu à peu ont du sens et interpellent. C’est vrai après tout, est-on obligés de pleurer à un enterrement ? Et puis, pourquoi enferme-t-on les morts dans des boîtes ? Pourquoi faut-il attendre d’être mort pour être couvert de fleur ? Comment continuer à vivre puisque les gens meurent ?

Le talent à l’état pur

Anna Bouguereau nous a subjugués. Sa présence et sa prestance imposent un silence parfait et une écoute attentive. On ressent une profonde tendresse à l’égard de son personnage à la fois fantaisiste et d’une grande sensibilité. Tout en elle est délicat, qu’il s’agisse de sa façon d’habiter l’espace, de faire vivre les mots, mais aussi de sa gestuelle, ses mimiques. Sa manière de se poser toutes ces questions a quelque chose d’un peu naïf et de très réfléchi à la fois. On se tient tout au long de la pièce dans cet état particulier entre joie et tristesse, comme en équilibre. Un espace riche d’émotions. Oui, nous avons hésité ainsi pendant 50 minutes entre rire et pleurer, et puis, au dernier moment, portés par l’intensité grandissante de la musique, nous avons cédé aux larmes. Non pas parce que ce à quoi nous venions d’assister était triste, non, bien qu’un peu mélancolique. Mais parce que c’était beau à ce point.

Joie, de et avec Anna Bouguereau, mise en scène par Jean-Baptiste Tur, se joue au Théâtre du Train bleu, à Avignon, du 05 au 24 juillet à 16h40. Relâche les 11 et 18.

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Mélina Hoffmann

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