Lucky est une nouvelle mini-série évènement d’Apple, créée par Jonathan Tropper (Banshee, Warrior). Portée par Anya Taylor-Joy, Annette Bening et Drew Starkey, ce thriller ne délivrant jamais sur ses promesses est une déception à la hauteur des attentes.
Les plate-formes de streaming ou de chaînes câblées le savent : la « prestige TV » passe aussi par des projets portés par des stars du grand écran. Lucky ne déroge pas à cette règle : adaptation d’un roman de Marissa Stapley, le show nous introduit in-medias-res dans son canevas de thriller noir. Nous découvrons Lucky (Anya Taylor-Joy) dans une chambre d’hôtel de Las Vegas après un casse à hauteur de plusieurs millions de dollars en compagnie de son conjoint Cary (Drew Starkey).
Problème : Lucky se réveille seule après une nuit alcoolisée à fêter leur larcin et la mallette pleine à craquer de billets a disparu. Pire, le FBI est déjà sur place pour l’intercepter, tandis qu’une équipe de tueurs mandatée par Priscilla Masterson (Annette Bening) est aux trousses de la jeune femme pour récupérer ce qui leur revient de droit.

Bref, Lucky a des ses premières minutes un pitch annonciateur d’un ride riche en adrénaline, en révélations et en escalade de violence. Du moins sur le papier, car Lucky prend malheureusement un malin plaisir (pour notre bon malheur) à complètement affadir chacune de ses composantes. Le constat se fera dès l’épisode pilote, alors que le personnage d’Anya Taylor-Joy navigue dans les allées du casino en tentant de s’échapper. Tous les personnages de fédéraux et policiers semblent ainsi avoir lu le script, préférant ne pas voir une Lucky simplement affublée d’une casquette pour se mouvoir, ou au contraire la repérer selon le bon vouloir de l’équipe de scénaristes.
Le thriller le plus mal narré qui soit
Mais le scandale ne s’arrête pas là, bien au contraire, alors que des courses-poursuites à pied s’enclenchent avec des personnages disposés à 5 mètres les uns des autres. Mention spéciale à ce set piece où des camions garés les uns à côté des autres offre un jeu de cache-cache ludique…. qui n’est jamais incarné par la mise en scène de Lucky.
Le constat est d’autant plus surprenant que Jonathan Tropper (Banshee, Warrior, Vrais voisins, faux amis) est un habitué des séries capables de brosser en un rien de temps des personnages bien croqués au sein d’intrigues finement ficelées. Dans Lucky, le casting fait globalement office de cache-misère d’une écriture indigente, au même titre que la production design de bon standing.

Dire que le ratage est complet serait mentir : la fin de l’épisode 1 se conclue par un affrontement nerveux à l’arrière d’une voiture rapidement en prises aux flammes. En quelques instants, la fureur du personnage éponyme rugit, prouvant qu’Anya Taylor-Joy est une actrice rare à Hollywood. Même ses quelques scènes avec Drew Starkey font mouche, malgré le bazardage de ce dernier au troisième plan. La fin de l’épisode 4 (filmée avec nervosité dans une course-poursuite en voiture à travers la ville) parvient à rabattre les cartes, mais c’est déjà trop tard…
Better Call Apple
In fine, Lucky expose son intrigue pour la dérouler de la manière la plus consensuelle possible, jusque dans un final certes plutôt musclé, mais sans une once de tension. Très vite, la dramaturgie s’intéressera à donner du corps à la relation filiale entre Anya et son paternel (joué par Timothy Olyphant). Et si la mayonnaise prend entre les deux acteurs, la tentative d’offrir une emphase émotionnelle reste finalement bien vaine, tant les flashbacks explicitant le passif de cette relation servent de manière démonstrative sans autre liant narratif.
Le pire de Lucky tiendra sans doute dans les forces opposantes du récit : Annette Bening (actrice excellente au demeurant) cachetonne en marraine de la pègre, Aunjanue Ellis-Taylor se démène comme elle peut dans son uniforme sans une once de caractérisation, et Clifton Collins Jr surnage en homme-de-main sorti de Breaking Bad.

On résumera Lucky de la manière suivante : un vernis prestige dominé par un manque flagrant de tenue, délayé sur 7 épisodes en dépit du bon sens. Derrière son casting, se cache néanmoins une écriture ne permettant pas d’atteindre le niveau minimal requis : cachée au sein d’un foyer truffé d’enfants, le personnage d’Anya Taylor-Joy (recueillie ensanglantée par la meilleure samaritaine des USA) préfère raconter toute la vérité dès l’épisode 2 dans le but de « protéger » son hôte. On préfère finir sur cette note comique, et espérer que Tropper se ressaisisse illico !
