[Rencontre] Mark Linfield: un réalisateur au Royaume des Singes

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Vous aviez déjà réalisé deux documentaires pour Disney nature, qu’est-ce qui vous a poussé à en faire un autre?

On a pitché l’idée à Disney et on voulait vraiment faire celui-là. Ces singes sont si divertissants à différents niveaux, ils sont drôles mais ils ont une vie tellement riche. Les gens ne s’attendent vraiment pas à ça et à découvrir à quel point leur vie si émotionnellement proche de la nôtre. Il y a tellement de choses dans leur vie qui ressemblent à la nôtre. Ils naissent, grandissent, quittent la maison, ont des petits amis, connaissent la rivalité amoureuse.

Et le film a pris énormément de temps….

On a mis plus de 3 ans à le faire. C’est le plus longtemps que l’on ait fait. C’était assez dur parfois, parce que ma famille me manquait.

Pendant tout le film on se demande si les singes savent que vous êtes là, on a l’impression que non tant vous prenez de la distance et en fait on découvre à la fin qu’ils savaient que vous étiez là. Est-ce que c’était dur parfois ?

La plupart du temps ils nous ignoraient. Des scientifiques les étudient depuis plus de 50 ans et tous ces singes ont moins de 50 ans donc ils sont habitués à la présence humaine, ils ont grandis avec. On portait les mêmes uniformes que ces scientifiques sur le tournage donc quand ils nous voyaient, les singes se disaient que nous étions juste les mêmes. Ils vivaient normalement. Par contre, si vous aviez le malheur de laisser votre caméra seule pendant quelques minutes et même quelques secondes, ils se dirigeaient tout droit dessus et volaient vos affaires.

Si les singes ne réagissaient pas à votre présence, il y a des moments vraiment très durs dans ce documentaire. Est-ce que c’était dur de ne pas agir pour les aider ?

C’était horrible. Quand vous travaillez aussi longtemps avec eux, vous les connaissez, vous vous attachez à eux. Mais on ne peut pas agir, on ne peut pas arrêter les évènements. C’est une règle d’or que l’on a. D’ailleurs c’est né un peu avec notre film précédent Chimpanzés. Sur ce tournage, au moment où Oscar devient orphelin, plusieurs personnes ont suggéré que nous l’aidions en le nourrissant ou même en le récupérant pour l’amener à un refuge ou un zoo. On pensait qu’il allait mourir. On ne l’a pas fait et c’est là qu’une autre singe l’a adoptée. Après ça on s’est dit et si on était intervenu ? Oscar aurait été loin de son peuple, il serait peut-être dans un zoo. Et pourtant au départ on pensait avoir raison, on pensait qu’il allait mourir, que les autres allaient le laisser mourir et au final on s’était trompé.

Comment vous avez choisi Maya ?

Dans chaque groupe de macaque, il y a une hiérarchie et dans chaque groupe il y en a qui sont au bas de l’échelle. La plupart du temps, ce sont les plus intelligents, les plus ingénieux et les plus courageux. On savait d’avance qu’on voulait raconter l’histoire d’un de ces singes au bas de l’échelle. Quand on est arrivé au Sri Lanka, on a passé un long moment à chercher ce singe dans différents groupes comme dans un casting. Et on a trouvé Maya, qui est juste magnifique, et on est tombé sous son charme.

Comment travaillez-vous l’histoire du film ? Avez-vous une idée précise de l’histoire que vous allez raconter et filmez en conséquence les bons plans ou est-ce que vous filmez et ensuite au montage vous créez les histoires ?

On savait que notre histoire de base serait celle d’un macaque femelle au bas de l’échelle sociale et ce qu’elle devrait faire pour améliorer sa condition. On s’est concentré sur ça, sur ce qu’elle faisait pour survivre. On a filmé sa liaison, sa recherche de nourriture. Les scientifiques les connaissent bien donc ils nous aiguillaient un peu leur réaction. On savait parfois à quoi s’attendre. Parfois c’était encore plus intéressant que ce à quoi on s’attendait.

Il y a une scène assez intéressante au niveau de la réalisation, celle où ils saccagent une fête d’anniversaire. Comment avez-vous pu filmer à l’intérieur et avoir vos caméras déjà en place avant leur arrivée ?

C’est très simple, ça faisait presque 2 mois que ces singes venaient dans cette maison quasiment tous les jours. C’est une maison près de la forêt. On est allé voir le propriétaire et on lui a demandé si ça le dérangeait si on disposait nos caméras chez lui. Il nous a dit « oh oui, filmez s’il vous plait. Que les gens voient que je ne plaisante pas quand je raconte ça ». On lui a juste demandé s’il pouvait les laisser tranquille et ne pas les chasser, et en échange on lui remboursait tout ce qui avait été détruit et toute la nourriture qu’ils volaient. Ce qui est très drôle c’est que les singes viennent encore chez lui aujourd’hui.

Justement vous avez eu des nouvelles de ce monsieur, est-ce que vous en avez eu des singes ? Est-ce que les scientifiques vous ont donnés des nouvelles de Maya ?

On a prévu de le faire prochainement.

En regardant ce film, on en apprend tellement sur eux. Est-ce qu’il y a des choses que vous-même vous avez découvert en travaillant avec eux ?

Scientifiquement…je savais déjà beaucoup de choses mais j’ai été surpris par l’intensité de leurs émotions. L’importance de la hiérarchie et de la famille. Je ne m’attendais pas à voir et vivre des moments aussi émouvants et touchants.

Quel message aimeriez-vous que le public retienne en voyant ce film ?

J’espère que les gens vont aimer ces singes et les trouver cool et se dire qu’ils aimeraient les découvrir encore plus. C’est une partie du monde et ce sont des animaux dont on entend peu parler et auxquels on s’intéresse peu. Quand les gens vont voir ce film, j’espère que les gens vous avoir envie d’en savoir plus et de s’intéresser plus à leur protection.

Vous avez déjà 3 documentaires Disney Nature à votre actif, est-ce que vous comptez en faire un autre?

En fait on en a déjà un 4ème en projet. Mais je ne peux rien dire à part que…ce sera en Afrique.

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La Sheldon Cooper d’ITC autant barrée que mordue de SF, conçue comme un patchwork de la culture anglo-saxonne avec un grand faible pour l’inconnu et les projets indépendants. Disciple de Daria Morgendorffer, l’écriture est ma religion.

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