Critique spectacle – Vive la vie : le progrès, tout un art !

Vive la vie met en scène les rêves et les utopies du 20ème siècle à travers un spectacle captivant mêlant théâtre, danse, musique, chant d’opéra et magie.

Vive la vie nous offre un moment suspendu. Dans un mouvement des corps incessants, la société moderne naît, croît, s’essouffle sous nos yeux conquis. La compagnie suisse Interface offre un spectacle complet, intense et parfaitement maîtrisé, aussi bien dans le fond que dans la forme. Le propos est d’autant plus passionnant qu’il est développé avec intelligence et subtilité. Joué dans le monde entier depuis 2018, et à guichet fermé au Festival d’Avignon 2018 et 2019, Vive la vie arrive (enfin !) à Paris ! Un spectacle à ne pas manquer.

Rétrospective du XXe siècle

C’est au cœur du monde paysan, dans un village valaisan, en Suisse, que nous plonge cette fresque. Le travail laborieux de la terre rythme le quotidien d’une famille, jusqu’à l’apparition de l’électricité qui vient marquer les premiers instants d’un véritable bouleversement de la société. Une simple ampoule d’abord, qui permet bien des espoirs. Mais très vite tout s’emballe. Et malgré les peurs et les réticences du père face à cette évolution aveuglante et aux valeurs traditionnelles qui s’affaiblissent, le progrès est en route. Et rien ne semble plus pouvoir l’arrêter. Les appareils électriques envahissent le quotidien, les femmes enlèvent leurs tabliers et raccourcissent leurs jupes, les hommes troquent leurs bottes en caoutchouc contre des cravates, les objets s’accumulent, les téléphones portables empiètent de plus en plus sur les véritables interactions humaines… Et tout cela subtilement mis en scène dans des chorégraphies endiablées !

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Le tourbillon du progrès

Apparition de l’électricité, de la technologie, émancipation de la femme, essor de la bureaucratie, de la consommation, du tourisme… Vive la vie montre comment ces évolutions ont peu à peu refaçonné notre lien aux choses, aux autres, à l’existence, aux valeurs. Un espoir d’abord. De merveilleuses avancées c’est certain. Mais pas que. Et il est intéressant de voir que, si la modernité a commencé par creuser un fossé entre les générations en éloignant les plus jeunes des valeurs traditionnelles de leurs aînés, ses dérives et ses excès tendent à changer la donne. Car, devenus esclaves de ce progrès, nous sommes de plus en plus en quête de sens, de simplicité, de sincérité. D’un « retour aux sources » qui nous ferait du bien à nous, autant qu’à la planète. Une boucle très judicieusement mise en scène qui permet de conclure le spectacle comme il a commencé : sur une note d’espoir.

Une esthétique parfaite

Dès les premiers instants, on est captivés par l’atmosphère qui se dégage. Et on ne décroche plus un seul instant jusqu’à la fin… qui arrive beaucoup trop vite ! Passé le premier dialogue – que nous avons trouvé un peu long et sans réel intérêt – absolument tout est hypnotique et d’une puissance émotionnelle troublante. Sur le plan visuel d’abord, les jeux de lumière s’entremêlent aux chorégraphies fluides et intensément vivantes qui nous embarquent littéralement dans leur énergie ; et qui nous apaisent parfois le temps de quelques mouvements tout en grâce, en délicatesse et en symbolisme. Sur le plan sonore ensuite, on se régale des musiques puissantes d’André Pignat et Johanna Rittiner Sermier, et de la voix lyrique, sublime et envoûtante, de Florence Alayrac qui vient nous chercher directement au cœur.

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Et si la vie était finalement bien faite ?!

Entre joie et douleur, tout le spectacle semble hésiter. Car c’est sans doute cela le progrès : la tentative effrénée d’atteindre ce vers quoi on ne veut finalement plus aller. Et puis, c’est tout simplement cela la vie, aussi. Un mouvement perpétuel qui ne fait qu’aller de l’avant, un réajustement permanent. Car, d’une génération à l’autre, les espoirs diffèrent. Ils répondent à de nouveaux idéaux, de nouveaux modes de pensée, de nouveaux combats à mener… Vive la vie ne cherche pas à stigmatiser la société d’hier ou celle d’aujourd’hui, ni à donner raison à l’une et à condamner l’autre. L’intention est plutôt de montrer que les deux sont étroitement liées et font partie d’un même mouvement duquel naîtront inévitablement d’autres espoirs, d’autres combats, d’autres idéaux. Une véritable bouffée d’énergie et d’optimisme !

Vive la vie, par la Compagnie Interface, mis en scène par André Pignat et Géraldine Lonfat, se joue au Théâtre de la Gaîté-Montparnasse, les samedis (16h30), dimanches (20h30), lundi (20h) et mardis (19h), du 18 janvier au 30 mars 2020.

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Mélina Hoffmann

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