Lauréat de la Palme d’or au Festival de Cannes 2018 avec Une affaire de famille, le cinéaste japonais Hirokazu Kore-eda arrive en compétition avec Sheep in the Box, s’essayant à un genre cinématographique qu’il n’avait jamais touché auparavant : le film d’anticipation.
Qui n’a pas entendu parler de l’IA en 2026 ? En plus de phagocyter la conversation à l’échelle planétaire dans des domaines aussi variés que l’industrie, l’écologie et le travail ; les discussions autour de l’IA imprègnent en toute logique la culture et l’art de notre société. Pour autant, on ne s’attendait pas à voir un réalisateur habitué aux récits intimistes centrés sur la famille et l’enfance s’attaquer à un tel sujet technologique.

Robot thérapeutique
Sheep in the Box n’en demeure pas moins un long-métrage profondément « koreedasien » dans sa forme et son fond. Le récit aborde l’IA à travers le prisme intime d’un couple, ayant perdu son enfant dans un accident, et qui fait l’acquisition d’un nouveau type de robot humanoïde prenant la forme (et le comportement) de l’être aimé décédé. La femme n’a pas réussi son deuil tandis que l’homme intériorise ses sentiments et souhaite juste retrouver le sourire de sa conjointe. Le robot vient combler ce vide, le remplit à sa façon, mais pas exactement de la manière espérée. Cet enfant artificiel connaît plus de choses qu’un vrai petit garçon de son âge. Il n’est aussi composé que de souvenirs heureux, choisis, par les parents qui ne voulaient garder que le meilleur. Ce pitch simple pose d’emblée des questions maintes fois abordées dans la littérature et le cinéma de science-fiction : quelle place pour l’âme chez la machine, et quelles sont les limites de la résurrection artificielle pour panser les traumatismes des vivants ?
Plus surprenant encore, le film développe paradoxalement un tout autre sujet que l’IA : l’âme des arbres, leur intelligence propre et leur mémoire. En soi, Sheep in the Box s’intéresse plus à cette thématique poétique et à la réflexion sur le lien entre l’homme et l’arbre qu’à l’IA. Cette connexion, que les personnages essayent de garder malgré l’urbanisation extrême qui s’accentue chaque jour au Japon, illustre aussi un intérêt pour l’aspect tactile de la création (Kore-eda écrivant à la main ses scénarios afin de sentir son corps pour être stimulé dans sa créativité). Que ce soit les enfants robots ou le couple, ils ont besoin de sentir les objets et leur environnement (leitmotiv des morceaux de bois, de leurs odeurs et de leurs sons) et de chercher cette connexion avec une certaine idée de la nature.

Kore-eda applique à son œuvre tout son savoir-faire narratif, émotionnel et esthétique. On retrouve la douceur caractéristique de sa mise en scène, sa sensibilité et cet amour bienveillant envers ses personnages, ainsi qu’une approche toujours humble de son sujet. Malgré un scénario un peu trop sur des rails, l’humain transparaît toujours dans les images du film. Néanmoins, la force de l’émotion est loin d’impacter autant le spectateur que dans certains de ses autres œuvres (Innocence par exemple). La faute à un récit qui n’invente rien dans les codes de l’anticipation et qui peine à prendre une ampleur, et ce, malgré un casting de qualité.
Indéniablement, Sheep in the Box ne s’impose pas comme un grand film dans une filmographie déjà si riche. Malgré ce statut d’œuvre mineur, le processus créatif et le savoir-faire délicat de Kore-eda sont bien présents tout le long, rendant le visionnage agréable et touchant. Une fable contemplative qui murmure à l’oreille plus qu’elle ne révolutionne le genre, mais qui confirme que le cinéaste sait trouver de la chaleur humaine même au cœur des algorithmes.
Sheep in the Box a été présenté en compétition officielle au Festival de Cannes 2026 et est sorti le 16 décembre 2026. Retrouvez tous nos articles du Festival de Cannes ici.
Avis
Kore-eda nous a habitué des émotions plus fortes avec des films comme Innocence ou Une affaire de famille, mais Sheep in the Box demeure un film délicat qui traite de l'IA, du deuil, de la nature, avec une douceur dans la mise en scène si typique du cinéaste japonais.
