C’est presque une tradition maintenant, il faut que le Festival de Cannes ait son film de body horror ! Sanguine a été présenté en Séance de Minuit : cette production franco-belge signée Marion Le Corroller séduit sans toutefois transformer l’essai. Une série B tout de même tenue !
Sanguine est dès son sobre titre, dans la mouvance d’un cinéma d’horreur ressuscité cette dernière décennie par Julia Ducournau (Titane) et surtout Coralie Fargeat (The Substance) en festival. Présenté en Hors Compétition, il s’agit par ailleurs du premier film de sa réalisatrice Marion Le Corroller, après des court-métrages comme Poupée fondue ou Dieu n’est plus médecin.
Cela tombe bien, à l’instar de ce dernier, Sanguine prend également place dans le milieu médical ! Le film nous présente Margot (Mara Taquin), jeune interne débutant son semestre dans le service des urgences de l’hôpital Charles Boyau. Face à une chef de sévère au comportement tyrannique (Karin Viard), Margot sombre peu à peu dans le surmenage émotionnel. Au même instant, elle découvre que son corps saigne par tous les pores…. le début d’une transformation ?

Sanguine affiche immédiatement un parallèle équivoque avec Grave, de par son cadre évident, mais également via le parcours de son héroïne. Incarnée avec passion par Mara Taquin, Margot évolue ainsi dans ce milieu compétitif (pour gagner les faveurs de la chef et assurer son avenir) tout en cherchant sa place. Cela passera par quelques scènes typiques, comme la découverte des lieux (une chambre d’internat impersonnelle), une pseudo-rivalité (Kim Higelin en peste première de la classe) et une amitié ambiguë (Sami Outalbali).
Body horror trop scolaire ?
Cette dimension extrêmement codifiée de Sanguine se traduira ensuite dans son exploitation du body horror. Saignements par chaque centimètre carré de la peau, décollements cutanés, métrorragies…. le travail sur le corps est présent via de bons maquillages, mais s’avère finalement bien scolaire dans son traitement. La seule spécificité viendra de l’usage d’antiseptique sur l’ensemble du corps de Margot lors d’une scène pivot, mais même là le tout respire le déjà-vu.

Mais là où Sanguine arrive à se démarquer et éviter le plantage du trop balisé tient dans son fond et son autodérision quasi permanente. La mise en scène de Marion Le Corroller est carrée, toujours au plus près de son personnage, et se permet même de « faire du cinéma » avec un cadre aussi familier que celui des urgences. Pourtant des services hospitaliers on en a vu en long en large et en travers depuis des décennies, mais Sanguine arrive à faire sien son théâtre anxiogène des évènements.
Mieux, dès son introduction à la Chute Libre, le film parvient à amener un propos (certes au sens le plus littéral du terme) sur le burn-out d’une jeunesse sur-exploitée. De quoi amener un dernier segment prenant la forme d’un pétage de plomb meurtrier filmé en POV ou en steadycam collé au visage. Un rendu qui a le mérite d’amener un soupçon de ludisme et de bizarrerie bienvenue, à défaut de pleinement lâcher les chevaux. En résulte un petit illustré du genre, qui ne réinvente rien, mais se révèle honnête !
Sanguine sortira au cinéma le 28 octobre 2026. Retrouvez tous nos articles du Festival de Cannes ici.
avis
Sanguine est un premier film de body horror scolaire et plutôt balisé dans son genre, mais Marion Le Corroller emballe efficacement et avec auto-dérision cette honnête série B pourvoyeuse d'un fond lourd de sens.
