Ouvrant la Semaine de la Critique au Festival de Cannes 2026, In Waves est un film d’animation réalisé par Phong May Nguyen. Adaptant la BD éponyme autobiographique de AJ Dungo, le résultat n’est malheureusement pas à la hauteur de l’ambition émotionnelle voulue.
In Waves, c’est d’abord un roman graphique datant de 2019, par le californien AJ Dungo. Cette bande-dessinée puisait sa sève dramatique au sein du propre vécu de l’auteur, racontant via les codes du coming-of-age son histoire de lycéen aquaphobe faisant sa rencontre avec Kristen au lycée. Une histoire réflexive et intimiste donc, narrée et posée en dessin avec toute l’amertume liée à la mort de Kristen quelques années plus tard des suites d’un cancer.

Le projet d’adaptation d’In Waves fait ainsi sens, les frontières entre le medium du dessin sur papier et en animation étant particulièrement poreuses. Et autant le dire, le métrage séduit d’emblée via sa patine graphique mêlant personnages en 3D et décors au look crayonné (on est parfois pas très loin des intentions visuelles d’un Chat Potté ou Les Bad Guys !).
Vraie histoire clichée
De quoi nous emmener dans ce décorum californien et young adult, alors que AJ (doublé par Will Sharpe) voit son monde bouleversé via sa romance naissante. La rencontre avec Kristen empile tous les clichés du genre, mais qu’importe, on tient là une histoire vraie, dont l’intérêt réside dans la bascule et le combat qui s’ensuivit des années durant.
Et si In Waves fait évidemment référence aux vagues californiennes, c’est parce que cette relation romantique a pour dénominateur commune la passion du surf. Le film s’ouvre d’ailleurs sur un segment 2D en noir-et-blanc qui renvoie aux origines hawaïennes de la discipline, tandis que divers rappels viendront faire s’entremêler une philosophie du surf basée sur le spleen, et les divers instants de grâce du couple.

Problème : la narration d’In Waves accuse d’une sur-signifiance quasi constante de ses velléités lacrymales (jusque dans la BO d’Oklou), dans un déroulé programmatique amenuisant paradoxalement ses respirations atmosphériques. Les séquences de surf deviennent ainsi un dispositif ponctuant les scènes plus doloristes, ou les dialogues énonçant directement (et ce de manière systématique) ce que le spectateur perçoit par le simple travail des animateurs.
L’animation comme soupape de sécurité
Car oui, l’animation permet par instants de toucher du doigt le maelström sépia ou d’écume du roman graphique d’AJ Dungo. Mais ces instants demeurent trop sporadiques, si bien que le medium de l’animation pour conter cette histoire fait parfois plutôt office de béquille de luxe plutôt que de choix créatif purement digéré ! Une petit balle perdue, d’autant que Stephanie Hsu (Everything Everywhere All at Once) livre une performance vocale inspirée pour Kristen.

Au final, quelques bribes demeurent au sein de cette adaptation, forcément chargée d’une histoire amenant à la catharsis. Néanmoins, on aurait aimé un traitement plus audacieux et moins scolaire pour restituer la sève émotionnelle de ce récit intimiste. Mi-figue mi-raisin donc !
In Waves sortira au cinéma le 1er juillet 2026. Retrouvez tous nos articles du Festival de Cannes ici.
avis
Derrière son récit biographique et cathartique, In Waves adapte mollement le roman graphique éponyme. En résulte un teenage drama balisé, heureusement sauvé in-extremis de la noyade via sa patine animée crayonnée.
