Avignon 2019 – La « putain » du dessus : le récit d’une liberté retrouvée

La « putain » du dessus est le monologue touchant d’une femme à fleur de peau qui savoure la fin de son calvaire conjugal.

Le sujet est délicat, et malheureusement d’actualité. La violence physique et psychologique faite aux femmes est abordée ici sans cliché ni jugement. Car La « putain » du dessus est avant tout un hymne à la vie, à la liberté retrouvée.

Une vie à se réapproprier

Son mari est mort, enterré. Il est temps pour Erato de régler ses comptes, certes, mais avec le sourire. A peine revenue des funérailles, elle exprime sa joie, immense, étourdissante, de pouvoir oser faire quelque chose par elle-même, quelque chose qu’elle a décidé. Pourquoi ne pas être à son tour la « putain » du dessus même ! En tous cas, plus question d’obéir ni de subir à présent. Les mots sont d’abord hésitants, maladroits, elle les apprivoise. Ils ne parleront désormais plus de solitude, de peur, de honte. Pourtant, Erato a encore en elle cette crainte que Leftéris pousse la porte et entre. Sa présence demeure, là, entre les murs, dans ces souvenirs encore trop précis, dans son costume de flic corrompu encore posé sur le porte-manteau et auquel elle s’adresse désormais pour exprimer tout ce qu’elle a du taire trop longtemps. Sans doute lui faudra-t-il un peu de temps pour que la joie d’une existence retrouvée recouvre enfin complètement la colère.

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Une pièce qui ne vise pas l’apitoiement

Dans son habit noir de veuve, elle raconte la descente aux enfers qui s’est faite petit à petit, sournoisement. Cet homme qu’elle a rencontré, qu’elle a aimé et rapidement épousé, heureuse d’échapper enfin à la violence de son père qui aurait préféré un garçon… À ce mari devenu infidèle et violent à son tour, elle a commencé par trouver des excuses. Elle s’est voilée la face, s’est résignée. Et si elle lui en veut et l’exprime, elle s’en veut aussi à elle-même d’avoir accepté ça. Mais, face à nous, elle ne perd jamais le sourire longtemps. Car elle raconte aussi les petits espaces de bonheur clandestins qu’elle parvenait à s’offrir, comme lorsqu’elle cuisinait de bons plats pour la famille de migrants entassée dans l’appartement du dessus et qu’elle les déposait devant leur porte.

Une comédienne lumineuse

Émilie Chevrillon est éblouissante de vie et de sincérité dans l’interprétation de ce monologue écrit par Antonis Tsipianitis, dramaturge grec contemporain. Et elle se passerait d’ailleurs fort bien des nombreux objets qui nous ont semblé alourdir inutilement la mise en scène. La comédienne est proche de nous, et on sent que l’humanité et l’empathie de son personnage n’ont pas besoin d’être joués. A travers son jeu nuancé, on découvre une femme en proie à des émotions contradictoires, à la fois dans la joie et dans la colère, dans la retenue et dans l’explosion, dans le soulagement et dans la peur. Elle nous touche, nous fait sourire, et se fait ainsi la voix précieuse de milliers de femmes tristement réduites au silence…

La putain du dessus, d’Antonis Tsipianitis, avec Émilie Chevrillon, mise en scène par Christophe Bourseiller, se joue au Théâtre l’Optimist, à Avignon, du 04 au 24 juillet à 21h50. Relâche les 8 et 15.

Retrouvez tous nos articles consacrés au Festival Off d’Avignon ici.

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Mélina Hoffmann

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