Avignon 2019 – Govrache (concert) : un virtuose des mots

Govrache est un artiste décomplexé qui nous parle avec une infinie poésie et beaucoup de douceur des choses de l’existence.

Chaque année, le théâtre de l’Arrache-Cœur, à Avignon – qui ne pourrait pas mieux porter son nom – nous réserve son lot de coups de cœur musicaux. On se souvient du merveilleux Gaston Moins le Quart il y a deux ans ; ou de la voix rocailleuse et envoûtante d’Igit l’année dernière, pour ne citer que ces deux-là. Cette année, c’est Govrache qui a conquis nos oreilles et notre cœur avec son slam incandescent.

Une présence humble et généreuse

L’homme est simple, souriant, chaleureux. On devine tout de suite la sensibilité, le grand cœur et l’envie de partager. Ça ne se dissimule pas des qualités pareilles. Son slam est tendre, engagé, taquin, taillé dans la matière brute. On se régale des ondulations de sa plume, toujours fine, qui oscille entre tendresse et insolence, entre hommage et provocation. Son interprétation est humble, sincère, portée par une musique qui embrase parfois l’espace, et qui se fait discrète d’autres fois, pour que les mots résonnent un peu plus fort. Des ambiances variées se tissent au fil de chansons parfois intimes, ou qui, d’autres fois, dénoncent une réalité sociale.

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© Vincent Capraro

Govrache, tricoteur de poésie

S’il nous régale de jeux de mots, métaphores et autres subtilités de la langue, le propos n’en reste pas moins accessible. Car il n’est pas noyé dans un excès de démonstrations linguistiques, ce qui montre là encore la volonté de l’artiste de partager avec le plus grand nombre. Et on frissonne à l’écoute de certaines images particulièrement touchantes et poétiques. Comme quand il mentionne « Ces rats des villes au ras des gens » pour désigner les sans-abris vivant aux pieds de l’indifférence des passants ; qu’il nous confie « elle est sage-femme de mes sourires et je suis un patient des siens » pour nous parler de celle qu’il aime ; ou encore quand il se demande « comment ça s’conjugue au passé un copain ? » dans la chanson « Une soupape », où il évoque la perte d’un ami. Des paroles qui restent en tête et nous reviennent de temps en temps.

Des textes qui parlent à tous

Ça commence par un murmure… Un murmure qui se prolonge de texte en texte. Car même lorsque les mots crient, qu’ils provoquent, qu’ils dénoncent, ils gardent la forme d’une caresse. Alors, avec une attention qui ne faiblit pas, on écoute l’artiste nous parler du temps qui passe, des petits riens du quotidien ; de l’ivresse qui « nous raccompagne le soir, change les trottoirs en confidents » ; de son Dieu à lui « qui ne prétend pas maintenir la paix à grands coups de guerres de religion » ; du deuil et puis… d’amour, évidemment. Govrache fait partie de ces artistes-poètes qui, par la finesse de leur plume et leur goût des mots, parviennent à mettre de la poésie partout, même là où sa présence est délicate. Comme des fragments de lumière dans la pénombre.

Govrache : Des murmures et des cris, avec David Hébert (auteur / compositeur / interprète / chant et guitare), Antoine Delprat (claviers / violon) et Adrien Daoud (contrebasse / tom), se joue au Théâtre L’arrache-Cœur, à Avignon, du 05 au 24 juillet 2019 à 13h45. Puis en tournée à partir du 29 juillet 2019.

Retrouvez tous nos articles consacrés au Festival Off d’Avignon ici.

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Mélina Hoffmann

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