[Rencontre] Pengfei Song, réalisateur de Beijing Stories

1. Avec ce premier film, vous vous intéressez aux habitants des sous-sols de Pékin (Beijing) et au phénomène de « démolition et relogement ». Qu’est-ce qui vous a motivé à aborder ces sujets ?

J’ai fait mes études en France pendant huit ans. À chaque fois que je retourne à Pékin, je remarque les profonds changements de cette ville. Si je m’intéresse particulièrement à ces sujets, c’est parce que je suis dans la parfaite position pour me rendre compte de l’évolution. En même temps que cette ville se développe à une vitesse fulgurante, peu à peu des provinciaux se ruent vers la grande capitale. Ces gens font partie du développement de cette métropole. Je voulais filmer les personnes qui vivent dans ce développement, qui sont au plus proche de la transformation de Pékin.

2. L’endroit où vous avez tourné la destruction d’un village a également été détruit dans la réalité. Comment s’opère votre rapport entre la réalité et la fiction ?

Selon moi, ce qui est important pour un film, c’est une recherche de la vérité, du réel. Je cherche avant tout des lieux qui existent pour y poser ma caméra. Tout comme ces villages en démolition, tout comme les sous-sols de Beijing Stories.

Par rapport à mon vécu, on sait que dans la réalité ces phénomènes de démolition, de relogement entraînent des situations absurdes. J’ai donc écrit ce scénario en tirant l’essence de ces moments absurdes que j’ai vécus. C’est l’essence même du film.

Yon Le récupère ce qu'il peut revendre dans un village en cours de destruction.

Yon Le récupère ce qu’il peut revendre dans un village en cours de destruction.

Zhao Fuyu habite les sous-sols de Pékin.

Zhao Fuyu habite les sous-sols de Pékin.

3. On a l’impression que la dimension sociale se retrouve souvent dans le cinéma contemporain chinois. Je pense par exemple à Jia Zhang-ke avec A Touch of Sin.

Avec ce développement si rapide, les gens ont parfois du mal à s’adapter, que ce soient dans les villes ou dans les campagnes. Forcément, il y a beaucoup d’histoires sur l’injustice sociale ou d’autres sujets de ce type qui sont des thématiques intéressantes au cinéma.

Bien entendu, c’est là aussi l’art du cinéma qui permet d’observer les transformations de la société afin que le public puisse aussi s’en rendre compte. Il existe une autre partie du cinéma chinois, le cinéma commercial qui ne s’intéresse pas à ces sujets. C’est pour cela que le cinéma d’auteur m’intéresse particulièrement, car il permet de s’interroger sur le rapport entre l’environnement et l’humain. Malheureusement en Chine, la plupart des personnes s’intéressent davantage au cinéma populaire.

4. Votre film est soutenu en grande partie par des bourses étrangères (Cinéfondation de Cannes, Torino FilmLab, etc). Est-ce difficile à l’heure actuelle de produire des films indépendants en Chine ?

C’est très difficile. Actuellement dans les provinces du Sud de la Chine, à Shanghai ou ailleurs, il y a un esprit plus ouvert de la part du gouvernement, mais tout d’abord il faut avoir l’autorisation de la censure avant de pouvoir intéresser les investisseurs. Je connais autour de moi des producteurs ou des amis qui quittent Pékin pour s’installer à Shanghai afin de continuer à faire du cinéma d’auteur, car ils y trouvent une plus grande liberté que dans la capitale.

5. Vous avez été assistant-réalisateur de Tsai Ming-Liang, mais également producteur et scénariste sur son film Chiens errants. Qu’est-ce que vous avez retenu de cette collaboration pour la création de Beijing Stories ?

Bien sûr, ce n’est pas un professeur universitaire, mais il m’a apporté beaucoup de choses. Ce qui est le plus essentiel, c’est qu’il m’a fait connaître le véritable cinéma. Peu importe ce que je fais de mon côté, cinéma d’auteur ou plus tard commercial, il m’a donné le droit chemin pour connaître l’art cinématographique.

6. La réalisation de Beijing Stories est très réussie et capte parfaitement l’ambiance de ces lieux étranges. Quelles sont vos influences ?

J’aime beaucoup Ozu pour sa façon de raconter les histoires sur le thème familial. Même si sa mise en scène paraît simple aux premiers abords, elle est en réalité très complexe, c’est d’une grande précision dans les détails.

Sinon, il y a aussi le cinéaste palestinien Elia Suleiman dont j’aime sa manière de traiter l’absurdité. Par exemple avec l’un de ses films, il arrive à tourner avec beaucoup d’humour les problèmes d’une entreprise en faillite. Il montre parfaitement l’absurdité des situations.

Enfin, j’apprécie Robert Bresson. Ses personnages sont des gens qui vivent dans une situation misérable, mais il ne s’agit pas de filmer le misérabilisme. C’est sur des personnages qui sont en lutte contre leur propre destin. Ce qui m’intéresse particulièrement quand je réfléchis à mes personnages, c’est qu’ils fassent eux-mêmes face à leur propre destin.

7. Pour conclure cet entretien : avez-vous une idée de vos prochains projets ?

Pour mon prochain projet, j’essaye toujours de trouver un sujet qui m’est proche. Donc, il s’agirait d’un personnage qui fait des études à l’étranger. À travers lui, on découvre la perception de l’Occident par la Chine. La vision de l’étranger va changer sa propre valeur des choses. À partir de ça, ce personnage va certainement commettre des crimes.

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Pengfei Song et Vincent Wang

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About Author

Nicolas Diolez

Rédacteur à la recherche de la moindre trace de génie sur pellicule et qui vit selon un axiome très précis : « un jour sans critiquer Michael Bay est un mauvais jour, mais un jour sans encenser Martin Scorsese en est un bien pire. »

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