[Rencontre] Naji Abu Nowar, réalisateur de Theeb : « J’ai préféré l’image aux dialogues »

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Si je vous dis « culture bédouine » ?

Père, narration, amitié, bonheur… J’adore les récits, la culture orale, les contes de fée et le folklore. Pour moi la culture bédouine a été ma première découverte de la narration dans sa forme la plus pure. Cette culture orale n’a pas changé depuis des siècles. On a un peu l’impression de mettre en scène l’histoire antique, et ça me plait. Je pense que c’est quelque chose de très spécial, le fait d’écouter cette poésie, le fait d’écouter ce chant venant de temps anciens. Ça m’enthousiasmait beaucoup lorsque je tournais parce qu’on touchait a quelque chose d’ancien, à quelque chose d’humain, et c’est ce genre de film que j’aime faire.

… « Loup » ?

Il y a une chanson dans la culture bédouine qui dit « si je veux te défier, c’est que je veux quelque chose et je me demande si je dois te défier toi ou le loup. Et si tu réponds « le loup », cela veut dire que tu es faible, que tu n’es pas un homme ». Pour moi, la bonne réponse c’est de dire que tu es comme un loup. Theeb (le loup dans la culture bédouine, ndlr), c’est un mot qui exprime le respect, la virilité, l’individualité, l’audace. C’est pour tout ça que j’ai donné ce nom à mon personnage principal, parce que son père a donné ce nom à son fils pour qu’il incarne toutes ces définitions. Theeb est un symbole.

… « dialogue » ?

J’ai écrit les dialogues avec les bédouins, et ça a été une surprise de découvrir le chant dont ils m’ont parlé et qui figure au début du film. Il s’agit d’une chanson que l’on ne peut pas traduire, un peu comme un haiku. Cette forme d’expression poétique, c’est aussi ce qui me plait quand je fais un film. Pour ce long-métrage, j’ai préféré l’image aux dialogues. J’aime l’idée de montrer, de transmettre quelque chose via les images. Charlie Chaplin est l’un de mes réalisateurs préférés, et je suis convaincu que Chaplin est meilleur que 99% des réalisateurs d’aujourd’hui, ou même de l’histoire du cinéma. J’ai l’impression que la profession n’a pas évolué, ou peu, et si je veux apprendre à devenir un meilleur réalisateur, et je dois regarder dans la même direction que Chaplin, je dois aller dans la direction de réalisateurs qui ont fait ce type de film, comme Jean Renoir par exemple.

… « désert » ?

Ça m’évoque la maison, le danger… C’était mon foyer il y a quelques temps, j’y ai vécu pendant des années pour développer le film, pour former les acteurs, c’est donc un peu devenu comme ma maison, et pendant un moment j’ai pensé à y résider. C’était assez dangereux d’y vivre, mais quand vous vivez avec les bédouins vous vous sentez en sécurité. En revanche si vous partez seul comme je l’ai fait à un moment, c’est risqué : j’ai essayé de partir seul, une fois, mais je me suis perdu et j’ai failli y rester, j’ai eu de la chance d’avoir été suivi, retrouvé et sauvé. D’un point de vue logistique, c’est assez difficile de travailler dans le désert. On a pris peu d’équipements, on n’a pas pris de projeteurs ou de générateurs, par exemple, parce que c’était trop volumineux et trop lourd. On devait se déplacer quatre par quatre avec un poids minimum, ce n’était pas facile de travailler dans ces conditions.

… « casting » ?

Tous les acteurs de la communauté bédouine étaient des amateurs que nous avons formés pendant huit mois. J’ai toujours fait comme ça, je n’ai jamais travaillé avec des acteurs professionnels. Maintenant, ce qui m’intéresserait, c’est de voir ce que ça pourrait donner de diriger de vrais acteurs dont c’est le métier. Sur ce film, j’ai travaillé qu’avec un seul professionnel, celui qui joue le rôle de l’anglais. En ce qui concerne les bédouins, ce n’était pas difficile de les diriger, mais ça l’était de les former. Ça a pris beaucoup de temps pour leur apprendre à se concentrer sur une personne, une scène, d’écouter ce qu’ils avaient à dire. J’ai casté entre 300 et 400 bédouins pour trouver les personnes qui avaient la capacité de jouer en tant qu’acteur. Ça a pris beaucoup de temps.

… « Inspiration » ?

Absolument tout. Je suis quelqu’un qui prend, pas vraiment quelqu’un qui donne. Pour ce film, je dirai que mes inspirations sont venues d’Akira Kurosawa, de John Ford, de tous les grands réalisateurs de westerns, des films avec Sergio Leone, entre autre.

… « cinéma des Pays du Golfe » ?

J’ai travaillé avec des post-productions des Pays du Golfe, leurs fonds nous ont sauvés. Mais ce qui est triste, c’est que la seule levée de fonds pour le cinéma qui avait été développée dans cette région n’existe plus. C’est vraiment un gros problème pour la réalisation de film dans cette zone du globe et on ne sait pas quoi faire. La vie est devenue un peu plus difficile.

… « projets » ?

C’est secrets. Mon producteur va me tuer si je dis quoique ce soit. La seule chose qu’il ma dite lorsque j’ai pris l’avion pour Paris, c’est que « quoique tu fasses, ne le fait pas » parce qu’il sait que j’adore parler partager des choses et discuter. Mais j’ai bien des projets en cours.

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Laurent Pradal

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