L’intégralité de la rédaction des Cahiers du Cinéma claque la porte

Coup de théâtre dans le monde du journalisme cinéma, l’entièreté de l’équipe des Cahiers de Cinéma ont choisi de démissionner. 

Serait-ce une profonde refonte du cinéma qui serait en train de se passer en France ? Après la démission de la direction des César, voici qu’une quinzaine de rédacteurs claque la porte du célèbre magazine français de cinéma, dont son chef Stéphane Delorme après 20 ans de bons et loyaux services. Cette décision générale est due au rachat de la revue d’un groupe d’investisseur composé de 20 personnes tels que Xavier Niel ou Marc Simoncini, tous deux hommes d’affaires et de huit producteurs, comme Toufik Ayadi et Christophe Barral (Les Misérables) ou encore Pascal Caucheteux, créateur de Why Not Productions ( Dheepan ; Moi, Daniel Blake…). Le tout mené par un banquier de chez Rotschild, Grégoire Chertnok. 

« Quels que soient les articles publiés sur les films de ces producteurs, ils seraient suspects de complaisance »

C’est donc par conflit d’intérêt que la rédaction a justifié sa démission, en faisant valoir sa clause de cession qui consiste a donné le droit à des journalistes de quitter une publication en cas de changement d’actionnaire. Alors que ces derniers avait promis une charte d’indépendance à sa revue, la directive de se recentrer sur le cinéma français n’aurait pas été du goût de l’équipe. 

 « Dans les années 1950, la revue a été fondée pour faire la guerre au cinéma français, dit de “qualité”, le cinéma à la papa. Or là, les nouveaux propriétaires veulent en faire une revue chic et cordiale (…) Ce serait dénaturer les Cahiers que d’en faire une vitrine clinquante ou une plateforme de promotion du cinéma d’auteur français ». La nomination au poste de directrice générale de Julie Lethiphu, déléguée générale de la SRF (Société des réalisateurs de films) n’a pas aidé à rassurer leurs « craintes d’une influence du milieu du cinéma français ». 

Mais plus que le milieu du cinéma, c’est une véritable problématique politique qui se pose.  «Les Cahiers ont toujours été une revue critique engagée, prenant des positions claires (…) » En effet, le magazine prenait des orientations très critiques envers le gouvernement actuel et ils ne peuvent concevoir d’être aujourd’hui à la solde « d’hommes d’affaires proches du pouvoir ». Les Cahiers s’étaient notamment insurgés contre le « traitement médiatique des “gilets jaunes”, Parcoursup et le Pass culture » dont le pilote de ce dernier, Frédéric Jousset, fait dorénavant partie du cercle d’investisseurs. Jean-Philippe Tessé, rédacteur en chef adjoint partant des Cahiers résumera cette situation comme « un contresens absolu »

Le numéro 763 des Cahiers du cinéma, dernier de l’équipe actuelle de rédacteur, est disponible chez les marchand de journaux et sur leurs sites.

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Emeric Bispo

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