La franchise la plus lucrative de Pixar est de retour : Toy Story 5 est une nouvelle aventure de la firme à la lampe au sein du coffre à jouets de Bonnie. Mais après 4 films cultes, est-ce qu’il ne serait pas temps de laisser les jouets au placard ?
Toy Story 5 pourrait presque faire office de projet farfelu. En effet, avec trois opus chef-d’œuvresques, la franchise qui a propulsé Pixar sur le podium de l’animation 3D dès 1995 semblait tirer sa révérence avec l’uppercut lacrymal réalisé par Lee Unkrich en 2010. Et si le 4e film par Josh Cooley pouvait donner l’impression d’exploiter le filon, il parvenait à s’imposer comme un très bon épilogue loin du lien avec Andy, clôturant une bonne fois pour toute l’histoire de ces jouets.
L’épilogue de l’épilogue
Mais voilà, Toy Story 5 est bien là 7 ans plus tard, mis en boîte par Andrew Stanton (Le Monde de Nemo, John Carter, Wall-E). Un vétéran d’une écurie ayant sans nul doute perdu de son mojo, oscillant entre suites solides (Vice-Versa 2) pour gonfler les caisses, et récits plus ou moins originaux ayant du mal à trouver le même public (Elementaire, Elio, Jumpers..).

Et si Buzz et Woody (les héros emblématiques de la franchise) sont séparés, c’est pour mieux les faire revenir dans cette 5e aventure nous ramenant dans la chambre de Bonnie. En effet, voyant que la jeune fille a du mal à se trouver des amies, ses parents décident de lui acheter la nouvelle trouvaille en vogue : une tablette connectée Lillypad ! Toute la clique de jouets se retrouve ainsi délaissée face à cette nouvelle technologie. Tandis que Jessie et Pile-Poil accompagnent leur enfant à une après-midi entre filles, les deux jouets se retrouvent malencontreusement dans l’ancienne maison de la cow-girl. Jessie fera donc tout pour trouver une amie à Bonnie, tout en se confrontant à son passé.
New Toy, Same Game
Et là est la belle idée de ce Toy Story 5, comprenant que tout a déjà été dit sur le cow-boy et le space ranger. Figure héroïque introduite dans le 2e film en 1999, Jessie est aussi porteuse de la tragédie qui menace tout jouet : l’abandon par leur enfant propriétaire ! Une thématique qui irrigue chaque opus, tandis que ce 5e film amène sur le tapis une vraie mélancolie à ce sujet, alors que l’ère du numérique étend son emprise jusque dans les sphères jeunesse.

Quoi de plus logique donc que de mettre Jessie en protagoniste cette fois-ci, pour à la fois explorer son propre rapport au deuil traumatique, et mettre en perspective le questionnement de la place du jouet dans le monde moderne. Et c’est lorsque Toy Story 5 se concentre sur cet aspect qu’il est à son meilleur ! Il y a toujours quelque chose de profondément touchant à voir ces personnages s’animer sous nos yeux, sans une seule once de cynisme dans leur quête absolue pour satisfaire le moral des enfants.
Les magiciens de Pixar ont ainsi redoublés d’efforts pour proposer à nouveau une petite merveille technique : l’animation est de loin ce qui se fait de mieux en 3D, proposant par instants de vrais plans quasi photoréalistes en terme de texture. Pas de surprise donc de ce point de vue, mais Toy Story 5 peine en revanche à pleinement trouver son tempo.
L’opus le plus déséquilibré
Tout ce qui a trait à Jessie est la trame principale, tandis que Buzz est relégué en arrière-plan (comme les autres jouets finalement), et que Woody est ramené par une pirouette narrative (scènes comiques sur son vieillissement en prime). En terme de nemesis, la fameuse Lillypad n’a pas le poids nécessaire pour amener un semblant d’obstacle (ou de réel développement) au sein d’un scénario se contentant souvent d’empiler les idées (l’aspect ultra connecté des humains) sans les exploiter au maximum.

À titre d’exemple, Toy Story 5 introduit dans une progression parallèle une flopée de Buzz l’Éclair échoués d’une cargaison qui tentent de retrouver Star Command. Des scènes truculentes quasi muettes, alors que l’escadron découvre petit à petit le monde réel. On regrettera donc facilement que ces derniers ne servent ensuite qu’à une séquence de climax attendue : même constat pour le jouet Smarty Pants/Rouleau Pote (doublé par Conan O’Brien en VO et Jonathan Cohen en VF), à la fois ressort comique et acolyte de fortune faisant office de personnage fonction.
Vous l’aurez compris, Toy Story 5 souffre avant tout de coutures plus visibles, et sans nul doute d’un côté aventureux moins inspiré. Pour autant, la franchise trouve ici une manière tendre d’aborder le changement d’époque, avec la même sincérité d’approche qu’auparavant. Et si le film déçoit sur son aspect de suite, il parvient tout de même à offrir un beau baroud d’honneur à Jessie, et à nous faire dire (encore une fois) qu’il est temps de laisser ces jouets qui nous ont accompagné depuis déjà trois décennies !
Toy Story 5 est sorti au cinéma le 17 juin 2026
avis
Toy Story 5 troque la virtuosité et l'inventivité pour un récit plus balisé, et dont les idées ne sont pas toujours exploitées. Pourtant, difficile de résister à cette nouvelle aventure centrée sur Jessie, abordant avec tendresse et sans une once de cynisme les changements de mœurs à l'ère du numérique. La franchise arrive donc définitivement au bout de son exploitation avec cohérence, sans la magie ou l'émotion habituelles.
