On l’appelait Robin des Bois (The Death of Robin Hood) revisite la célèbre figure du prince des voleurs sous l’œil de Michael Sarnoski (Pig, Sans un Bruit – Jour 1). En résulte une déconstruction aussi fascinante que frustrante, avec Hugh Jackman et Jodie Comer au casting.
On l’appelait Robin des Bois est un énième long-métrage traitant la figure légendaire de l’Angleterre du XIe siècle. De Michael Curtiz à Flynn à Kevin Reynolds, Robin des Bois n’a jamais cessé d’être adapté à toutes les sauces, y compris en animation ou dans des uchronies post-modernes. Et si Ridley Scott avait déjà tenté une approche historique différente avec Russel Crowe, Michael Sarnoski entend bien aller plus loin en terme d’approche.

On l’appelait Robin des Bois (The Death of Robin Hood en VO, titre encapsulant toute la profession de foi du projet) prend ainsi place en 1247, alors que Robin des Bois (Hugh Jackman) est au crépuscule de sa vie. Ses heures de gloire sont bien derrière lui, et ce dernier est désormais hirsute, grisonnant et seul dans les collines grisâtres à se nourrir de gibier. Faisant la rencontre d’une jeune femme dans le besoin, le roi des voleurs lui explique que peu importe ses faits héroïques, tout n’est qu’invention. Un discussion qui se soldera par un meurtre brutal de son interlocutrice, laquelle le recherchait en guise de vengeance.
Décrassage du mythe
Dès ses excellentes premières minutes, Michael Sarnoski ancre le spectateur dans un Moyen-Âge brutal, fait de sang et de terre. On pense fortement à L’homme qui tua Liberty Valance, alors qu’On l’appelait Robin des Bois déconstruit le mythe pour mettre en avant la sombre nature d’un voleur de cette époque : opportuniste, violent, et sans foi ni loi !

Comme sa partition de Logan, Hugh Jackman campe un Robin des Bois fatigué par le poids des années à voler et tuer dans un cycle sans fin. La photographie de Pat Scola et le look du film appuient cette dimension désenchantée, alors que Sarnoski s’affère (avec un certain plaisir sadique) à expurger tout romantisme de sa relecture du mythe. Alors que le personnage retrouve une dernière fois Petit Jean (Bill Skarsgård) tel Clint Eastwood dans Impitoyable, On l’appelait Robin des Bois déglamourise toute notion pré-conçue du spectateur vis-à-vis de son sujet : les meurtres sont sales, gutturaux, les phalanges et les tripes ensanglantées sont à l’écran, alors que toute notion d’héroïsme est absente.
La première heure du film est un petit modèle du genre en ce sens, culminant en une séquence de guet-apens sur fond de ferme en prises au flammes. Michael Sarnoski prouve encore une fois qu’il sait prendre son sujet via un angle singulier, tout en se centrant sur un parcours rédempteur. Il ne sera donc pas étonnant de voir le chemin que prend On l’appelait Robin des Bois dans sa seconde moitié, alors qu’un Hugh Jackman blessé est recueilli dans un prieuré tenu par Soeur Brigitte (Jodie Comer est superbe comme d’habitude).
Réflexion rédemptrice
Une manière d’immobiliser le vieux voleur, de stopper sa cavale, et de le confronter à son propre reflet. Le problème étant qu’arrivé ce cap, On l’appelait Robin des Bois s’évertuera à rester au milieu du guet dans sa démarche réflexive. Le rythme en pâtit donc drastiquement, alors que le personnage devine que l’arrivée du jeune Arthur (Noah Jupe) sur cette île est le présage d’une vengeance à son encontre.

Sarnoski pose sa caméra et étire alors inutilement son récit, seulement agrémenté des dialogues avec un mystérieux lépreux. C’est dans ces instants qu’On l’appelait Robin des Bois trouve ses quelques instants de grâce dans une seconde heure plus attendue et curieusement programmatique malgré l’audace stylistique de son début. On ressort ainsi de là avec l’impression que le réalisateur-scénariste enfonce les portes ouvertes de ce film prenant in fine des allures de confessionnal. Même le personnage de Jodie Comer s’avère plus fonctionnel à l’arrivée, malgré le talent de son interprète. Et même si On l’appelait Robin des Bois méritait sans nul doute une durée plus ramassée, difficile de ne pas être charmé par cette proposition hautement singulière.
On l’appelait Robin des Bois sortira au cinéma le 1er juillet 2026
avis
On l'appelait Robin des Bois prouve que Michael Sarnoski est un auteur capable de parti-pris audacieux, y compris pour ce qui est détricoter la figure du mythe. En résulte un film d'époque aussi âpre que beau, dont la violence est à la fois la thèse et l'anti-thèse de cette rédemption. Dommage que le résultat soit trop long et timoré dans sa seconde heure. Pas mal quand même !
