Avec Oklahoma Honey (The Rivals of Amziah King), Matthew McConaughey est à l’affiche d’un drôle de western rural, chaleureux et musical, même si le film tente un revirement narratif intriguant mais pas forcément nécessaire.
Dans l’Oklahoma, Amziah King (Matthew McConaughey), apiculteur, musicien et leader désabusé d’une petite communauté de rednecks attachants, retrouve Kateri (Angelina LookingGlass), son ancienne fille adoptive, qu’il décide de reprendre sous son aile. Malgré ses airs de thriller trempé dans le glucose, Oklahoma Honey s’intéresse surtout à cette bande de joyeux drilles qui récolte du miel autant qu’elle joue du bluegrass (un genre de musique issu de la country) avec McConaughey, respirant le Texas par tous les pores de sa peau. Un peu vain, mais très sympathique, au fond.

Deuxième long métrage d’Andrew Patterson (également scénariste sous le pseudonyme James Montague) après The Vast of Night, Oklahoma Honey est produit par Black Bear Pictures et Heyday Films, notamment avec David Heyman et Teddy Schwarzman qui s’étaient vus oscarisés pour Once Upon a Time in Hollywood. Patterson retrouve ici son goût pour les communautés un peu coupées du monde et les récits qui prennent leur temps, pour un film indépendant chaleureux dont le charme opère, même si on sent le film un peu désarticulé…
Le miel puis le fiel (attention, spoilers)
La première heure de Oklahoma Honey ressemble presque à un grand tuto hippie sur l’apiculture et la country pour Parisiens, avec ses bœufs musicaux entre rednecks gentiment barrés et ses longues parenthèses mystico-naturaliste. Certaines séquences semblent alors franchement dispensables, d’autres très drôles, et quelques-unes touchent juste sans en faire des caisses tandis que McConaughey s’en donne à cœur joie dans le rôle du Texan mélomane au bon coeur, jusqu’à se retrouver avec un essaim d’abeilles posé sur la main. De quoi lui aller comme un gant.
Puis le film opère un virage drastique, ou dramatique c’est selon, avec la mort d’Amziah et bascule vers le thriller provincial en mettant Kateri au premier plan. C’est là qu’Angelina LookingGlass impressionne en portant sur ses jeunes épaules toute la seconde moitié du film où jamais elle ne sur-jouera le deuil ni la colère, pour laisser plutôt les émotions la traverser, avec une justesse folle. Face à elle, Kurt Russell se la joue menace plus classique en mode western neo-noir pour aller de paire avec une ambiance plus sombre. Un ensemble déconnecté où rime l’absurde et la tragédie comme dans les films des frères Coen. Parce qu’au fond… on ne vole pas le pick-up d’un homme !

Pourtant, si l’aspect scindé du film laisse dubitatif, la mise en scène accompagne parfaitement cette cassure. Tout ce qui entourait la présence chaleureuse de McConaughey baignait dans des teintes chaudes, presque couleur miel, avec des ralentis, des respirations musicales et quelques plans de coupe magnifiques qui font penser à Terrence Malick. Mais quand le récit s’assombrit, l’image refroidit à son tour et les bleus prennent le dessus, la rivière devient un décor presque funèbre et les mêmes effets de style changent du tout au tout. De belles intentions, qui trouvent leur paroxysme lorsque Patterson filme les abeilles (personnage tertiaire mais pourtant primordial) en macro et avec un soin presque amoureux, au point que certaines images restent davantage en tête que l’intrigue elle-même.
Ainsi, Oklahoma Honey a du charme, du cœur et de vraies fulgurances, mais ses deux moitiés ne se fondent jamais totalement et offrent un film doucereux, dont on ressort avec l’impression d’avoir beaucoup butiné pour pas grand-chose.
Oklahoma Honey est sorti le 19 août au cinéma.
Avis
Oklahoma Honey butine entre chronique intimiste chaleureuse et thriller apicole, avec beaucoup de charme, même si le film finit par se disperser un peu trop en chemin.
