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Critique Bellissima : chef d'oeuvre méconnu d'un maître
© Les Films du Camélia
Cinéma

Critique Bellissima : le chef d’œuvre méconnu d’un maitre

Rosalie Grand d'Esnon Rosalie Grand d'Esnon29 janvier 2024Aucun commentaireIl vous reste 4 minutes à lire
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Bellissima, long métrage de Luchino Visconti sorti en 1951, revient sur le grand écran dans une nouvelle version restaurée, présentée par les Films du Camélia. Une bonne excuse pour découvrir ou redécouvrir ce chef d’œuvre méconnu d’un des maitres du cinéma. 

Bellissima est un long métrage à part dans la filmographie de Visconti. C’est l’un de ses seuls films où il ne s’inspire pas de la littérature, de la musique ou du théâtre puisqu’avec Bellissima, Visconti explore la nouveauté du néoréalisme italien. En noir et blanc, la mise en scène du long métrage est plus dépouillée que le reste de la filmographie du maître. Dépouillée oui, mais méticuleusement travaillée : le noir et blanc est magnifique. C’est cette apparente simplicité qui en fait un film facile d’accès et surtout très agréable à regarder. 

L’histoire d’une enfant, belle comme un cœur

Maddalena, une infirmière arpentant les rues de Rome pour piquer ses patients, peine à joindre les deux bouts à la fin du mois. Lorsqu’elle apprend que le réalisateur Alessandro Blasetti lance un casting pour trouver la fillette qui sera le rôle principal de son prochain film, Maddalena y voit l’opportunité pour sa fille de devenir quelqu’un. Elle mettra alors tout en œuvre pour que sa petite réussisse. Bellissima raconte donc l’histoire d’une mère et de sa fille, la première étant aveuglée par la promesse d’un succès factice, l’autre, confrontée à la cruauté du monde réel.  

Critique Bellissima : chef d'oeuvre méconnu d'un maître
© Les Films du Camélia

Tina Apicella incarne la petite Maria, une enfant ballotée par les élans passionnés de sa mère. Une fillette mignonne comme un cœur, attendrissante dès ses premières scènes. Un visage rond, des yeux doux, un zozotement à faire craquer, Maria est une enfant pure. Une douceur qui détonne d’autant plus à côté du caractère volcanique de sa mère. 

Une Ode à une féminité passionnée

Dans cette intrigue centrée autour de figures féminines, le monde masculin en prend un sacré coup. Le long métrage brosse le portrait des hommes de cinéma comme des sans-cœur. En regardant en 2024 ce film, certains détails paraissent d’autant plus frappants. En effet, le comportement des hommes dans Bellissima est glaçant, ce qui est d’autant plus frustrant face à la sincérité de la fillette et celle de sa mère. Un regard contemporain sur ce film de 1951 fait de Maddalena une mère féministe. Elle se bat pour prouver à des hommes son point de vue, allant jusqu’à les défier sur leur propre territoire. 

Critique Bellissima : chef d'oeuvre méconnu d'un maître
© Les Films du Camélia

Le scénario du long métrage est à l’origine écrit par Cesare Zavattini, mais, Visconti ne manque pas de s’y impliquer et termine par le modifier largement. L’intrigue semble d’abord acide envers les concours de beauté de petites filles, puis se tourne vers une critique de la dureté de l’industrie du cinéma. Pourtant, Visconti oriente lentement le récit vers Maddalena. Portée par l’immense interprète qu’était Anna Magnani, Bellissima est en réalité une ode à cette femme. Le cinéaste a lui-même admis avoir une admiration et une tendresse infinie pour la comédienne, ce qui se ressent dans la mise en scène. 

Une mère louve

La caméra amène petit à petit la figure de la mère au centre. Maddalena souhaite désespérément que sa fille fasse du cinéma. Si elle ne confiera jamais verbalement l’origine de ce souhait, la mise en scène suffit à répondre à cette question, ou du moins elle le suggère. On laissera au spectateur le soin de se faire sa propre interprétation. Maddalena est une mère louve, oui, mais elle est aussi une femme qui n’a pas pu réaliser ses rêves.

Critique Bellissima : chef d'oeuvre méconnu d'un maître
© Les Films du Camélia

Anna Magnani crève l’écran, il n’y pas de meilleur mot. L’actrice déjà bien célèbre avant ce film devient l’incarnation du prolétariat à l’écran après la sortie de Bellissima. Maddalena écrase tout sur son passage, emplie chaque endroit de sa présence volcanique. Cette mère, aussi bouleversante que passionnée, on ne peut que l’aimer. Ses élans de paroles et de gestes sont touchants, c’est impossible de ne pas se laisser emporter. 

Aussi, pour le plaisir d’écouter de l’italien et de voir une magnifique mise en scène, Belissima est un sans-faute.  

Bellissima ressortira au cinéma le 31 janvier 2024

Avis

10.0 Magnifique

Bellissima est un des films qui mériterait d’être considéré comme un classique du cinéma. Simple, facile d’accès, c’est la promesse d’un bon moment passé au côté d’une actrice hors du commun et d’un des cinéastes les plus importants du cinéma européen.

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