Avec Mudlarks, Philippe Charlot et Emmanuel Cassier imaginent la jeunesse de Charles Dickens dans un Londres. C’est à la fois fascinant et bouleversant.
La BD Mudlarks nous emmène dans le Londres victorien, bien avant qu’un certain Charles Dickens ne devienne l’un des plus grands écrivains anglais. Cette bande dessinée imagine les années fondatrices du futur auteur d’Oliver Twist en mêlant fiction et réalité historique. Entre pauvreté, travail des enfants et naissance d’une vocation littéraire, Mudlarks propose une plongée sensible dans un univers où chaque rencontre peut changer un destin.
Philippe Charlot et Emmanuel Cassier racontent la jeunesse de Dickens
Le scénariste Philippe Charlot aime explorer les destins humains à travers de grandes fresques historiques. Après plusieurs séries saluées par la critique, il s’intéresse ici aux jeunes années de Charles Dickens, dont l’enfance difficile inspirera plus tard plusieurs chefs-d’œuvre de la littérature.
Au dessin, Emmanuel « Manu » Cassier restitue avec précision les rues, les quais et les ateliers du Londres du XIXᵉ siècle. Son travail plonge immédiatement le lecteur dans une ville rude où la survie devient le quotidien de milliers d’enfants.

Mudlarks : une intrigue humaine au cœur du Londres victorien
La grande réussite de Mudlarks réside dans son approche profondément humaine. Le jeune Charles Dickens est d’abord contraint d’abandonner ses études après l’emprisonnement de son père. Puis, il découvre un monde dont il ignorait jusque-là toute la violence sociale.
Sa rencontre avec Oliver, un jeune mudlark qui survit en fouillant la vase de la Tamise, constitue le cœur émotionnel du récit. L’amitié entre ces deux garçons issus de milieux différents se construit naturellement. Elle nourrit une réflexion touchante sur la solidarité, la dignité et l’espoir.
L’album, édité par Bamboo (Lady Nazca, Leave them alone…) offre également une belle reconstitution de l’Angleterre victorienne. Les auteurs montrent avec beaucoup de justesse le travail des enfants. Mais également les inégalités sociales et les conditions de vie extrêmement difficiles sans jamais tomber dans le misérabilisme. Chaque scène enrichit progressivement le portrait du futur écrivain et permet de mieux comprendre l’origine de son engagement envers les plus démunis.
Les amateurs de fiction historique et de Charles Dickens apprécieront particulièrement cette manière d’imaginer la naissance d’une vocation littéraire à partir d’événements inspirés de la réalité.

Un graphisme immersif malgré une mise en scène parfois chargée
Visuellement, Mudlarks séduit d’abord par son ambiance. Emmanuel Cassier recrée un Londres sombre, humide et industriel où la brume, les docks et les ruelles participent pleinement à l’immersion.
Les décors possèdent une vraie richesse documentaire et donnent vie aux quartiers populaires de la capitale anglaise. Les couleurs accentuent cette atmosphère pesante tout en conservant une belle lisibilité des émotions portées par les personnages.
En revanche, certaines planches paraissent plus chargées. La mise en scène multiplie parfois les détails et les mouvements, ce qui ralentit légèrement la lecture. Cette impression reste ponctuelle et n’empêche jamais de suivre l’intrigue, mais elle atténue parfois la force émotionnelle de certaines séquences.
L’ensemble conserve malgré tout une vraie cohérence artistique. Le dessin accompagne efficacement cette chronique sociale et traduit parfaitement l’énergie de cette ville en perpétuel mouvement.

Pourquoi lire Mudlarks ?
Mudlarks met en avant une bande dessinée accessible, instructive et touchante. Philippe Charlot imagine avec intelligence les jeunes années de Charles Dickens et rappelle combien les expériences de l’enfance façonnent parfois les plus grands écrivains.
L’album séduira les lecteurs qui aiment les BD historiques, les récits initiatiques et les biographies romancées. Son regard sur le travail des enfants au XIXᵉ siècle conserve aujourd’hui une résonance particulière, tandis que son duo de héros apporte une émotion sincère.
Même si le découpage visuel manque parfois de fluidité, l’ensemble demeure agréable à lire grâce à son rythme dynamique et à son excellente reconstitution historique. Cette immersion dans les origines de Charles Dickens donne envie de (re) découvrir Oliver Twist ou David Copperfield avec un regard nouveau. Voire de pousser plus loin sa curiosité avec des adaptations cinéma comme Spirited, adapté de A Christmas Carol.
Philippe Charlot et Emmanuel Cassier – Mudlarks « Charles Dickens, apprenti écrivain », Éditions Bamboo, Collection Grand Angle, 64 pages, paru le 1er juillet 2026

Avis
Mudlarks imagine les jeunes années de Charles Dickens à travers une amitié bouleversante avec un enfant des rues. Cette BD historique mêle émotion, immersion et réflexion sociale dans un Londres victorien remarquablement reconstitué.
