Supergirl a aussi droit à son moment de gloire. En dépit d’adaptations filmées médiocres, voire mauvaises, le dernier comics lui étant consacré la fait briller au firmament des super-héros.
Le comics Supergirl – Woman of tomorrow, dont est adapté le film Supergirl de Craig Gillespie, est une véritable pépite. À la narration, Tom King (Rorschach), réinvente ce personnage culte de l’univers Superman, introduit en 1959 par Jerry Siegel et Joe Shuster. En déshérence, la jeune Kara Zor-El (de son vrai nom), fête son 21e anniversaire en se soulant pour oublier le désastre qu’est sa vie. Son peuple a été exterminé et son jeune cousin, Kal-El (alias Superman), n’a plus besoin d’elle sur Terre. Mais, le lendemain, en état d’ébriété, une certaine Ruthye la recueille. Cette jeune extraterrestre veut l’embarquer dans une épopée intergalactique, pour venger son père assassiné par le truand le plus redouté de l’espace, Krem.
Super space opera
Supergirl – Woman of tomorrow s’aventure sur un mélange des genres, au sens propre, assez fantaisiste. Au croisement de la science-fiction et de la fantasy, ce comics tire le meilleur des deux univers. L’histoire est racontée comme un souvenir de jeunesse lointain de Ruthye, désormais multi-centenaire. Dans ce récit narré comme un conte, le mercenaire Krem, décidément voyageur, balade les deux jeunes femmes à travers les confins les plus impitoyables de l’univers. Un peu comme un road movie, de vaisseau spatial en cargo intergalactique, une amitié va se nouer au gré de cette fuite en avant perpétuelle. Et elle va bousculer les certitudes des deux héroïnes. Pour Ruthye, la vengeance est-elle une fin en soi? Tandis que Supergirl finira-t-elle par céder à la violence, face à toute la barbarie de l’univers ?

Cet opus marque une nouvelle maturité dans l’histoire de l’héroïne de DC Comics. Et pour cela, il s’agit certainement de la meilleure porte d’entrée dans l’univers Supergirl. Prenant place dans ses toutes jeunes années, il déploie un récit initiatique féministe. Étoffer la mythologie des super-héroïnes, permet de donner des modèles féminins forts à toutes les jeunes terriennes. Ainsi, malgré le spectre de Superman qui plane sur son existence, Supergirl trace sa propre voie. Elle se montre tout aussi au service du bien et de la protection de son prochain que son cousin, mais de manière plus subtile et raffinée. Supergirl – Woman of tomorrow est à lire entre les lignes. Et que de lignes… Cette narration sous la forme de voix off est hélas assez lourde et parfois, franchement ennuyeuse.
Style stratosphérique
En revanche, la fusion du dessin de Bilquis Evely (Helen de Wyndhorn) et de la couleur de Matheus Lopes (The seasons), a donné naissance à un style graphique extraordinaire. Si le découpage des planches et le cadrage des cases laissent souvent à désirer, c’est parce que cette rencontre ne s’exalte que quand on lui accorde de l’espace. Le livre, extrêmement généreux en pages entières, laisse s’exprimer le meilleur de la collaboration des deux artistes. Nous leur excusons ainsi les scènes de combat particulièrement brouillonnes, pour nous plonger à corps perdu dans cet univers à l’orée du rêve.

Cela faisait longtemps qu’un comics n’avait plus proposé un style graphique aussi ambitieux et technique. Le trait sec et anguleux de Bilquis Evely, sait pourtant s’arquer, s’arrondir et devenir aérien, au creux d’une vague ou d’un ciel étoilé. Fourmillant de détails, de la chevelure de Supergirl aux textures des décors explorés, il laisse une brèche grande ouverte à Matheus Lopes pour y lover ses couleurs et ses 1001 nuances. Cette explosion chromatique raffinée multiplie les combinaisons audacieuses, sans jamais virer au criard. Ainsi, le travail croisé des deux artistes atteint son apogée dans le regard et les expressions corporelles; Supergirl est hypnotique. On ne ressort plus de ses yeux bleu mélancoliques et tout, dans chacune de ses postures, a été savamment étudié pour en faire dégager une émotion, un ressenti.
Supergirl – une femme d’aujourd’hui
Il est alors tout à fait regrettable que ce récit, sous la forme d’une narration poussive, se perde en tergiversations et instaure une distance entre l’action et le lecteur. Elle ensevelit le cœur du propos du comics, qui promet non moins de redécouvrir Supergirl, car le personnage a énormément gagné en profondeur. Plus mature et sombre que dans ses précédentes aventures, elle incarne un nouvel idéal de modèle féminin. Et, de surcroît, cet opus constitue, graphiquement, l’une des plus grosses claques de ces dernières années. Le travail visuel prend ainsi rapidement le pas sur le scénario; nous promettant de nous délecter de chaque page, et de revenir en arrière à loisir, parcourant encore et encore cette odyssée de l’espace en quête de ses moindres détails.
Supergirl – Woman of tomorrow est sorti en 2025 aux Éditions Urban Comics.
Avis
En dépit d'une narration parfois laborieuse, ce Super - Woman of tomorrow présente une héroïne plus profonde, mature et sombre. En outre, l’ouvrage impressionne par sa puissance graphique, qui domine le scénario et invite à savourer chaque page.
