Ray Gunn est en gestation depuis plus de 30 ans ! En effet, le nouveau film du génial Brad Bird (Les Indestructibles, Ratatouille, Le Géant de Fer) voit enfin le jour après des années de développement. Cette aventure convoquant polar noir et science-fiction héritée des magazines pulp est non seulement une pure merveille, mais également un des plus grands films d’animation de ces dernières années.
Ray Gunn est le poids lourd de Skydance Animation cette année et l’ultime cadeau de Noël de 2026. Pourtant, difficile d’être extasié par les films d’animation produits par John Lasseter (l’ex-ponte de Pixar et papa de Toy Story) ces dernières années. Mais ne nous y trompons pas : il s’agit ici du nouveau film de Brad Bird, le papa des Indestructibles et Ratatouille ! De plus, Ray Gunn peut se targuer d’être un projet important pour celui qui a débuté dans Les Simpson, étant donné qu’il est en gestation depuis les années 90 !

© Skydance
Initialement prévu en 2D traditionnelle, le four tonitruant de Le Géant de Fer aura eu raison des ambitions de Bird, qui aura ensuite rejoint le studio à la lampe pour se refaire une santé. Ray Gunn a cela de miraculeux qu’il survient après deux décennies de montagnes russes pour son auteur : après avoir réussi haut la main le passage vers le live-action avec Mission Impossible Ghost Protocol, Brad Bird s’est cassé les dents au box-office avec le pourtant réussi Tomorrowland, l’obligeant à revenir sur Les Indestructibles 2 pour se refaire une santé.
SF rétro-noir
Amoureux depuis toujours des films noirs, Bird avait également essayé jadis de transposer le comic book The Spirit en film d’animation. Malheureusement, l’industrie ne semblait pas prête à flirter avec des sujets adultes (alors qu’au même moment la japanimation avançait vers son âge d’or). Pas de quoi stopper le cinéaste au final, car derrière cette volonté de tacler le genre, Brad Bird est arrivé à créer son propre projet original. Initialement conçu comme « Le Faucon Maltais rencontre Buck Rogers« , Ray Gunn voit la rencontre de deux univers dans la plus pure tradition des genres.
Sur une Terre rétrofuturiste, le détective Raymond « Ray » Gunn et son acolyte alien Eye-ra Kadok enchaînement les petits boulots pour payer les factures dans la ville de Metropia. Après un job raté, les deux bougres acceptent l’offre d’Arnold Dom : enquêter sur sa femme Venus Nova, une popstar dont la vie privée et les scandales défrayent la chronique. Suspectée d’adultère, Venus va se retrouver au centre d’une affaire bien plus ample, où les faux-semblants sont légions. Ainsi, Ray Gunn va évoluer dans des zones de gris constantes, jusque dans les hautes sphères de la mégalopole où la pègre et l’industrie de l’entertainment agissent sur le même plan.

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Un pur canevas de roman noir, que Brad Bird convoque sans volonté de pastiche ni de décalque. Comme dans Double Indemnity ou Chinatown, l’intrigue nous abreuve des ingrédients phares du genre pour en faire une parfaite diégèse : détective taciturne, femme fatale, séduction, faux-semblants, barons de la pègre… Tout est présent jusque dans son ambiance feutrée jazzy-noir divinement portée par la BO de Michael Giacchino.
Court-circuitage des codes de l’animation
Et là où Ray Gunn fait fort, tient dans sa symbiose avec une SF pulp ne faisant jamais office d’enrobage facile. L’amalgame aurait de quoi donner une belle turgescence à tout nerd qui se respecte, mais contrairement à un Treasure Planet (qui mêlait le swashbuckling et le space opera sans réelle connivence), chaque élément s’implémente ici de manière conceptuelle et narrative.
Ce sera donc un pur bonheur d’évoluer via cet univers où l’architecture Art Déco du New York des 40’s s’entremêle avec des voitures volantes sorties de dessins de Moebius, dans un ensemble cohérent qui n’annihile pas la sève de son récit. En effet, on connait le film noir pour son abord adulte, voire sulfureux du polar. Et c’est bien là que Ray Gunn signe ce qui est peut-être sa plus grande réussite (et sa qualité la moins évidente), en conjuguant meurtres, jeux de piste et tension sexuelle (oui !) dans une production de grande envergure qui ne démériterait pas avec le Pixar de la grande époque en termes de visuels.

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De quoi outrepasser les limites d’une classification tous public pour délivrer un film étonnamment mature dans ses thématiques et son langage cinématographique : Brad Bird surprend là où on ne l’attendait pas ! L’humour est parfaitement dosé, jouant allègrement avec les codes stylistiques qu’il invoque (on pense par exemple à ce sous-fifre teigneux à la gâchette facile), et le réalisateur va aussi extrêmement loin en terme de mise en scène pour proposer ni plus ni moins que les scènes d’action les plus ahurissantes de sa carrière !
Une leçon de cinéma et d’écriture
L’introduction sous forme de pugilat face à une alien à multiples bras donne déjà le ton, mais comme pour ses précédentes productions Bird utilise « toutes les pièces du bison » : une analogie renvoyant aux amérindiens qui dépeçaient l’animal pour en utiliser chaque partie dans le but de confectionner divers instruments ou ornements…. et un mantra que le réalisateur applique encore une fois dans Ray Gunn ! L’exemple le plus parlant tient dans ce pistolet laser (un « ray gun » en anglais, ça ne s’invente pas) capable d’atomiser quiconque pour le recueillir dans la chambre de l’arme, pour ensuite reconstituer l’individu via une nouvelle pression sur la gâchette. Dans le même ordre d’idées, le chara design est un travail d’artiste et d’artisan en ce qui concerne Eye-ra, dont le caractère cyclopéen fait office d’appareil photo via son iris en forme d’objectif et son cou utilisé comme une longue vue.

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Une idée stylée de prime abord, mais lorsque le film introduit l’idée que le dispositif peut dysfonctionner si on malmène le pistolet, nul doute qu’il s’agit d’un génial fusil de Tchekhov autant que l’amorce de diverses séquences truculentes à souhait. Le clou du spectacle s’articulera dans un combat au sein d’un ascenseur à haute vélocité, dont le montage est une leçon absolue de cinéma. Des morceaux de bravoure il y en a dans Ray Gunn, et si les courses-poursuites à travers la ville sont déjà un exploit, la réalisation brille également pour mettre en scène les meilleurs dialogues de la filmographie de son auteur.
Ray Gunn au panthéon de Brad Bird
Brad Bird digère le film noir et nous abreuve de plusieurs plans-séquences pour simplement laisser les personnages exister et respirer, au même titre que le spleen et le ton langoureux qu’investit ses protagonistes. Un exemple parmi d’autres tient dans une scène de jazz-bar où Ray Gunn et Venus se retrouvent, se séduisent et laissent les sentiments faire irruption sous la pluie battante (un modèle de romantisme quasi inédit et improbable pour de l’animation 3D à 150 millions). Les personnages sont à nouveau dix coudées au-dessus de la caractérisation habituelle dans le cinéma d’animation, si bien qu’il parait désormais impensable de ne pas profiter du travail pharaonique que Sam Rockwell, Tom Waits et (surtout) Scarlett Johansson apportent pour donner une vraie incarnation à leurs avatars de polygones.

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Ray Gunn est donc une éclatante réussite en terme de mise en scène, de créativité et de jonglage de tonalités, qui in fine se paye le luxe d’intégrer un vrai propos. Outre un racisme ambiant (la xénophobie alien est prégnante tout au long de l’intrigue sans être martelée au forceps ni amoindrir la portée de sa dénonciation), le métrage tire à boulets rouges sur toute une industrie phagocytant la sève artistique au profit de la facilité et de l’appât du gain.
Le Géant de Fer traitait aussi la notion de différence et la nécessité du dialogue. Ratatouille ou bien Les Indestructibles interpellaient également vis-à-vis d’une singularité se perdant dans une société ou tout n’est qu’apparences. Et dans Tomorrowland, la poursuite d’un avenir meilleur était littéralement le sujet du film. Avec Ray Gunn, Brad Bird conclue son nouveau chef-d’œuvre avec ces mêmes questionnements : de là à dire qu’il s’agit d’un magnum opus d’un des meilleurs réalisateurs contemporains, il n’y a qu’un pas !
Ray Gunn sortira sur Netflix le 18 décembre 2026
avis
Avec Ray Gunn, le papa des Indestructibles et du Géant de Fer signe un de ses meilleurs films, dans ce nouveau chef-d’œuvre jazzy rétrofuturiste élevant le cinéma d'animation 3D grand public à travers la sève adulte du film noir. Brad Bird construit ainsi un univers pulp aux personnages mémorables pour mieux laisser infuser des thématiques à la portée plus sombre, questionnant un peu plus le spectateur vis-à-vis d'un futur incertain dans cette symbiose du cinéma d'antan avec les techniques contemporaines. Un des meilleurs films d'animation américain de mémoire récente tout simplement !
