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Critique Les Chambres rouges : un thriller psychologique haletant

Lucine Bastard-Rosset Lucine Bastard-Rosset15 janvier 2024Aucun commentaireIl vous reste 5 minutes à lire
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Pour son troisième long-métrage, le réalisateur montréalais Pascal Plante livre un thriller psychologique haletant. Les Chambres rouges déjoue les attentes qu’un spectateur porte sur un film de serial killer : ici, il ne sera pas question de découvrir la vie d’un meurtrier, mais celles de deux jeunes femmes obnubilées par cet homme. Qui sont-elles ? Un film qui saura vous mettre en tension et titiller votre intérêt.

Tout commence dans Les Chambres rouges sur ce gros plan du visage de Kelly-Anne endormie, enveloppée dans une lumière bleutée. Sans un bruit, elle se lève et marche jusqu’au tribunal judiciaire. Elle en gravit les marches, franchit les portiques de sécurité avant de se diriger vers le tableau d’affichage. Elle nous entraîne avec elle jusqu’à la salle du procès – chemin qui ponctuera l’ensemble du film -, là où sera jugé Ludovic Chevalier… S’ouvre alors à nous cet espace d’un blanc immaculé que parcourt pendant plusieurs minutes une caméra flottante. Les travellings compensés et zooms progressifs nous immergent dans cet environnement vierge, passant alternativement sur le visage de l’accusé, des témoins, avocats, jurés. En même temps, on découvre par la parole de la procureure générale les accusations et les horreurs perpétrées par Ludovic Chevalier. Les mots sont choisis avec soin, percutants, inconcevables. On tremble à l’idée d’en entendre plus…

Avec cette scène d’ouverture prenante et intense, Pascal Plante installe son décor et son style. En accentuant les détails sordides, il aguiche notre imagination, notre désir d’en savoir plus. Il nous entraîne avec lui et on ne pourra plus le lâcher… 

Fantasmer le sordide

Avec Les Chambres rouges, Pascal Plante nous tire vers le côté obscur. Il réveille en nous nos pulsions, nos désirs morbides, ceux nourris par une société qui fait d’Internet son moyen de perversion. On est fasciné par le sordide, excité à l’idée de voir et de consommer des images extrêmes. L’imaginaire de l’horreur attise nos sens, nous éveille et nous galvanise. Les plans sur les écrans se multiplient, on voit défiler des chiffres, des images, on voit des visages se tendre face à l’horreur.

©Nemesis Films inc

Pascal Plante part de ce présupposé pour aviver ces envies malsaines. On s’accroche inéluctablement à son thriller psychologique, cherchant à appréhender la protagoniste principale Kelly-Anne – magnifiquement interprétée par Juliette Gariépy qui reste insondable. Elle stimule notre fascination. On veut accéder à ses pensées : qui-est-elle ? Que veut-elle ? Jusqu’où est-elle prête à aller ? Ses comportements nous captivent et nous ébranlent. Son hybristophilie – “paraphilie dans laquelle un individu est sexuellement attiré par d’autres ayant commis un crime” – nous trouble. 

Et puis, il y a la figure du tueur en série, de laquelle tout part. Cet homme qui se tient devant nous mais qu’on ne peut déchiffrer prend alors toute son importance. On reste de l’autre côté de la vitre, de l’autre côté de l’écran, inévitablement hors de lui. Il se tient devant nous, on le visualise en train de tuer ces jeunes filles, en train de se filmer en direct pour le plaisir et divertissement d’un public spécifique, celui du deep web. On veut le toucher, il est si près, mais l’accès reste impossible, fantasmé. 

Un tribunal médiatique

Pascal Plante ancre son récit dans des problématiques contemporaines. Il questionne indirectement la place que prennent les médias dans nos vies. Internet est le lieu de tous les possibles, un espace virtuel sans limite. Sur le deep web se développent ces chambres rouges, les Red Rooms, où sont perpétrés en direct les pires crimes, viols, tortures. Autour d’elles se construit un réseau malveillant.   

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Mais il y a aussi toutes ces diffusions sur les chaînes d’info. La population entière suit avec intérêt l’évolution du jugement. Des émissions sont entièrement dédiées à ces crimes, elles deviennent le centre d’intérêt de tous. A l’instar de cette scène où on assiste à l’une d’elles. Le mythe du tueur en série grandit.

Un déversement d’angoisse

Les Chambres rouges fonctionne tel un étau en se refermant petit à petit sur Kelly-Anne. Emportée dans un tourbillon interminable, son état psychologique se dégrade. Il se répercute directement dans le choix des procédés cinématographiques. L’angoisse monte, accrue par l’esthétique de l’image qui, d’abord enveloppée d’une lueur bleue vire progressivement au rouge sang. Les plans se raccourcissent, la caméra s’ébranle et oscille. Pascal Plante matérialise ainsi l’effroi en intensifiant la tension. 

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Et puis, il y a la musique composée par Dominique Plante. Dès la séquence d’ouverture, elle nous immerge dans une ambiance malaisante et inquiétante. Le clavecin se mêle au synthétiseur et au piano, et sa sonorité singulière déstabilise. Les morceaux tendent vers une musique spectrale, faisant du son l’outil principal des compositions. Ils s’étirent, crissent, crient, grincent et s’insinuent dans nos entrailles pour mieux les remuer. 

Les Chambres rouges est un thriller psychologique angoissant d’un autre genre. Pascal Plante réussit avec brio à faire  du “tueur fictif de ce film un produit de son époque” tout en le laissant au second plan. Kelly-Anne nous entraîne dans sa démence et on n’en sort pas intact. 

Les Chambres rouges sort au cinéma le 17 janvier.

Avis

8.5 Fantasmer le sordide

Les Chambres rouges est un thriller psychologique haletant. La montée de l'angoisse et de la tension est palpable, matérialisée par l'esthétique des images et du son. Un film qui nous entraîne dans la démence de son personnage sans jamais nous lâcher. Pascal Plante sait maintenir notre intérêt et titiller nos fantasmes sordides.

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