Présenté en Séance spéciale du Festival de Cannes, Tangles est un film d’animation 2D en noir et blanc de la canadienne Leah Nelson. Basé sur le roman graphique biographique éponyme de Sarah Leavitt, cette chronique familiale contant le quotidien d’une jeune femme après que sa mère soit diagnostiquée de la maladie d’Alzheimer est une petite perle du genre. Attention, émotion !
L’animation n’est pas un genre, mais un médium. Ce faisant, tout genre peut y être investi, de la comédie légère au drame le plus dur. Cela tombe bien, Tangles de Leah Nelson vient le rappeler à tous avec un film prenant la forme d’une chronique familiale. Le récit provient de l’autrice et dessinatrice de BD Sarah Leavitt, qui se livrait de manière autobiographique sur sa relation avec sa propre mère progressivement atteinte de la maladie d’Alzheimer.

Le film Tangles suit donc ainsi ce postulat, débutant admirablement par une séquence encapsulant la part la plus lumineuse de cette relation primordiale : la jeune Sarah s’imagine des monstres pouvant surgir des murs dans sa chambre. C’est alors que sa super-héroïne de mère arrive muni d’une lampe torche pour éclairer l’obscurité anxiogène de la pièce. L’animation en noir et blanc, qui était déjà de belle facture avec son trait soigné, prend alors son envol créatif alors que la figure maternelle se transforme en Jedi muni de son sabre laser.
Le dessin comme exutoire
Tout passe par l’image, avant un bond temporel d’une vingtaine d’années : Sarah est désormais dessinatrice de couvertures au sein d’un journal du Maine. En plus de sa navigation professionnelle, Sarah s’engage dans une relation avec la sexy Donimo. La situation semble aller pour le mieux, mais une ombre va venir ternir la tableau : sa mère oublie peu à peu de prendre soin d’elle, comment faire la cuisine, ou différents détails de la vie courante.

Tangles est un film à combustion lente, narrée via des variations de ton complètement maîtrisées. C’est simple, dès son introduction, le récit se veut régulièrement drôle, intimiste et personnel. Pourtant, la mise en scène n’hésite pas à emprunter des chemins expressionnistes surprenants, alloués par les possibilités infinies de l’animation. Un équilibrisme complet, qui ne vient jamais annihiler la portée dramatique du sujet : au contraire elle la sublime !
Un exemple parmi tant d’autres vient de ces séquences hallucinées, où Sarah s’imagine sa mère l’esprit empêtré dans une gigantesque toile d’araignée, ou désarticulée telle une marionnette. Alzheimer est exploré, en particulier son impact collatéral, sans misérabilisme ou volonté didactique d’expliquer la maladie. Tout passe par l’image donc, à travers une fluidité crayonnée remarquable. De plus, ces instants hyperboliques viennent par exemple renforcer l’humour corrosif de Sarah.
Mise en scène expressionniste
La figure des fréquents trajets en avion est ainsi déployée comme un gag visuel (l’avion a l’endroit puis à l’envers ou tête en bas) épousant l’état émotionnel de l’héroïne (voix et énonciation parodique d’hôtesse de l’air en prime). De quoi donner à l’ensemble un caractère pop (la couleur est utilisée sporadiquement à es moments-clés, comme cette fabuleuse séquence du Día de los Muertos), via cette patine : entièrement dessiné à la main, Tangles aura bénéficié de 10 ans de développement et 3 ans de fabrication !

Tangles transcrit également une vraie incarnation concernant les dynamiques familiales de ses divers personnages, dont certains doublés par des talents immédiatement reconnaissables comme Bryan Cranston en père fan d’anthropologie ou Seth Rogen en beau-frère un peu gauche. L’histoire d’amour lesbienne centrale est également déroulée avec une justesse et une légèreté rare, sans jamais que l’homosexualité soit un sujet. C’est dans ce mélange de quotidienneté et de surréalisme que Tangles est un vrai tour de force.
Une universalité de propos et d’impact qui confinera au lacrymal dans ces derniers instants. Plus encore que son histoire, Tangles s’impose comme un acte de bravoure (voire de résistance) face à l’inexorable, une mise en abyme (une dessinatrice qui adapte le dessin d’une autre dessinatrice) et une preuve irréfutable que le cinéma d’animation n’a pas fini de nous proposer de petites perles émotionnelles. Un très bon film !
Tangles sortira au cinéma en 2026. Retrouvez tous nos articles du Festival de Cannes ici.
avis
Avec Tangles, Sarah Leavitt et Leah Nelson n'offrent aucun didactisme vis-à-vis d'Alzheimer. Non, cette petite perle d'animation 2D réussit le pari d'utiliser le rire et le chagrin à armes égales dans un récit intimiste et expressionniste confinant au lacrymal comme catharsis. Une chronique familiale sur le collatéral de l'inéluctable : un très bon film tout simplement !
