Critique Anna : Le retour du grand Besson ?

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Luc Besson revient avec Anna. Loin de ses chefs d’oeuvres d’antan à la Léon, ce nouveau film est un retour plutôt plaisant du réalisateur. Par ailleurs c’est probablement le meilleur Besson depuis le 5ème élément.

Luc Besson et la critique c’est tout une histoire. Voulant s’affranchir des carcans habituels du film de divertissement français classique, avec un style dont la subtilité est parfois des plus relative; il embrase les passions chez les cinéphiles à chaque nouvelle proposition. Il faut dire aussi qu’il n’aura pas livré d’oeuvre percutante depuis un certain moment : Ses Arthur et les minimoys étant peu mémorables, son Lucy extrêmement ambitieux mais très maladroit et son Valérian est un triste gâchis. Avec Anna le réalisateur revient à l’origine de son succès, l’inspiration de Nikita étant peu cachée, et il faut avouer que c’est plutôt efficace.

Critique Anna : Le retour du grand Besson ?
© Europacorp

En effet nous sommes devant une oeuvre plus maîtrisée que ses précédents films, et pourtant ce n’était pas forcément gagné. En effet, Luc engagea une ancienne mannequin rencontrée sur le tournage de son précédent film, pour être une tête d’affiche et casser des gueules; à première vue cela semblerait plus relever du fétichisme Bessonien que d’une proposition de cinéma. Et pourtant. Tout d’abord Sacha Luss est étonnamment très douée et se révèle d’ailleurs plus juste que d’autres de ses collègues. Son physique de mode, que l’on aurait pu croire être juste un fantasme du réalisateur, se voit parfaitement justifié dans le scénario : elle doit justement s’infiltrer dans le milieu du mannequinat. L’effort de cohérence est appréciable. L’actrice se donne à fond dans les scènes d’action dont les chorégraphies tout droit sorti d’un John Wick sont juste renversantes;  et se débrouille pas mal dans les scènes plus minimalistes, faisant ressortir correctement les états d’âme du personnage.

Anna, un film mature

Et c’est sur point que le film tire son épingle du jeu. Alors que tout oeuvre du genre se serait concentré sur une mission en particulier, ici l’histoire se focalise sur Anna et sa recherche désespérée de liberté. On dépasse la simple intrigue d’espionnage qui reste une toile de fond, pour faire exister les dilemmes moraux du personnage. Etant une tueuse non pas par conviction mais car elle essaie de s’en sortir comme elle le peut. On s’attarde sur les conséquences psychologiques de ses actions, embrassant une gravité bienvenue. On a devant nous une héroïne forte, douée mais fragile et pathétique, dans le sens noble du terme. Il sort donc du simple cliché de la femme badass, offrant toute l’originalité du récit.

Un récit qui se repose sur maintes twists et manipulations, que Besson fera ressortir avec un montage non linéaire, faisant des allers-retours dans le temps. Au début, le procédé est agaçant, puis devient un pattern récurrent tout à fait acceptable, qui fait intrinsèquement parti de l’oeuvre et joue constamment avec les points de vue. De plus, Besson s’affranchit de certaines clowneries habituelles pour offrir un film plus premier degré et sombre, ce qui n’est franchement pas déplaisant. Le tout soutenu par une excellente bande originale de son fidèle Eric Serra.

Critique Anna : Le retour du grand Besson ?
© Europacorp

Le film n’est pas pour autant dénué de défaut, le réalisateur tombant dans certaines maladresses. Le film semble quelquefois surchargé, pouvant par exemple parfaitement se passer de cette séquence d’introduction qui n’a réellement aucun rôle dans le scénario, de la course poursuite en voiture qui semble bien trop importante pour ce qu’elle raconte, ou encore des quelques plans flashbacks en noir et blanc bien ringards. Certains dialogues sont peu subtils dans leurs écritures, notamment au début; et la relation intime entre Anna et le personnage de Cillian Murphy ne fonctionne pas du tout, malgré qu’elle amène à une scène très amusante en fin de film.

Anna est donc un retour solide de Besson. Imparfait, le film semble tout de même embrasser une maturité que ses oeuvres précédentes n’avaient plus, et sait surprendre en sortant de certains stéréotypes. Bien que le fond ne soit jamais réellement transcendant, la forme reste très bien maîtrisée ce qui offre un divertissement des plus solides. Et ça c’est le Besson qu’on aime.

Anna est attendu le 10 juillet prochain dans nos salles.

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Emeric Bispo

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