Carrie revient au lycée dans une toute nouvelle version pour Prime Video ! Le roman culte de Stephen King se dote d’une adaptation moderne chapeautée par le prodige Mike Flanagan (The Haunting of Hill House). Alors, que vaut cette Saison 1 ?
Quand on se penche un minimum sur le sujet, Carrie est une vraie borne pour plein de raisons. Tout d’abord, il s’agit du premier roman de Stephen King en 1974, autant qu’un film culte de Brian De Palma (adaptant donc le bouquin en 1976). En résulte une œuvre matricielle du genre fantastique, autant d’un point de vue littéraire que cinégénique ! Si bien que même un demi-siècle plus tard, et après des adaptations en musical ou un remake fade en 2013, Carrie revient en série TV.
Retour aux sources du King
De qui surfer sur la nouvelle vague de Stephen King-mania (Marche ou Crève, Running Man, Welcome to Derry…) dans une démarche mercantile de prime abord…. mais c’est oublier que Mike Flanagan chapeaute la série ! C’est simple, depuis une bonne décennie, le bougre peut se targuer d’être le meilleur représentant spirituel de King, que ce soit dans ses éclatantes réussites du petit écran (Sermons de Minuit, La Chute de la Maison Usher…), ou même ses exploits plus contrastés sur grand écran (Doctor Sleep, Life of Chuck).

Pour rappel, le roman originel conte l’histoire de Carrie White, une jeune ado aux pouvoirs surnaturels tiraillée entre son quotidien malmené au lycée, et une autorité familiale sectaire proche du fanatisme. Un récit immortalisé sur nos rétines dans le film de 1976, si bien qu’on pourrait se demander la légitimité d’une réadaptation. D’autant que Flanagan imagine un arc en 3 saisons !
Pour autant, le principal intéressé s’est lui aussi posé cette question du « pourquoi », et dès l’épisode pilote le spectateur devinera la réponse de manière instinctive. Inspiré par le cas Turpin en Californie (où 13 enfants vivant reclus sans jamais voir le monde extérieur ont été découverts par les autorités), Mike Flanagan fait de Carietta « Carrie » White une enfant ayant bercé dans la religion depuis la plus tendre enfance, recluse depuis toujours au sein de la maison familiale.
Témoin du théâtre sociétal
Alors que la figure paternelle meurt dans un accident de chantier, Carrie est dépeinte ici comme une figure virginale découvrant le monde, ses mœurs et sa propre identité. Une idée astucieuse donc, offrant au personnage le rôle de spectateur initial avant d’être pleinement protagoniste. Et qu’on ne s’y trompe pas, cette première saison (sur trois annoncées) parvient au cours de ses 8 épisodes à encapsuler toute la trame du roman en la revisitant de manière contemporaine.

Que ce soient les premiers pas dans un univers scolaire impitoyable, la séquence des menstruations sous la douche ou encore le désormais culte bal de fin d’année, Carrie Saison 1 revigore le matériau originel tout en offrant une vision inédite. Il ne faudra donc pas longtemps pour comprendre que ce qui intéresse Flanagan tient dans la peinture d’un milieu étudiant gangrené de toutes parts via divers maux : l’élément le plus éloquent tient dans le rôle largement approfondi de Chris (épatante Alison Thornton). Cette dernière reste la bully de Carrie, mais la série offre un regard beaucoup plus complet et nuancé à ce propos (sans être aussi jusqu’au-boutiste qu’un Adolescence), mettant en exergue ses actions avec ses propres insécurités, directement liées à un contexte familial lui-même pris en tenaille.
Dès lors, Flanagan parvient sans forceps à dérouler tout un récit où le cyberharcèlement devient un vrai sujet de société, alors que les réseaux sociaux contaminent la perception des enfants comme des adultes. Et au sein d’un marasme ambiant prenant des proportions allant crescendo, Carrie réussit à cartographier les divers débats sociaux et moraux qui animent l’Occident, quitte à renverser nos idées préconçues vis-à-vis de certains personnages.
Casting surnaturel
On pense notamment au retour de ces acteurs fétiches, Samantha Sloyan et Rahul Kohli. La première trouve ici un de ses meilleurs rôles en figure matriarcale ambivalente, tiraillée entre le fanatisme religieux et ses velléités protectrices maternelles. Le second confirme à nouveau son talent dans une partition plus humble, abordant la pédophilie intra-scolaire avec maturité. En résulte un casting à nouveau au diapason, jusque dans la révélation totale qu’est Summer H. Howell en Carrie !

La jeune actrice brille autant dans les scènes plus vulnérables que lors des instants de bravoure plus féroces (les deux derniers épisodes réalisés par Flanagan lui-même sont par ailleurs sacrément jouissifs à ce propos) : une performance de haute facture, qui n’éclipse aucunement les autres membres du casting. Néanmoins, c’est aussi dans cette manière de dilater la trame du roman que cette version de Carrie amoindrit certains pans de sa dramaturgie.
Réinvention réussie
Si Matthew Lillard trouve là un de ses meilleurs rôles en tant que proviseur, d’autres membres du cast secondaire peinent à briller en terme de parcours : on pense au personnage de Sue, faisant office d’alliée avant d’être rapidement mise sur le bas-côté, voire de la professeur Rita Desjardin (Amber Midthunder) dont le rôle étoffé cache au final une certaine passivité narrative. Même constat pour cette mère jouée par Katee Sackhoff, teasant une Saison 2 via une fin ouverte introduisant des personnages inédits.
Néanmoins, Carrie réussit haut la main son pari de réinvention contemporaine, via un numéro d’équilibrisme savamment tenu. Que ce soit un épisode young adult résolument féminin (réalisé par Kate Siegel) sans une once de fantastique, où l’irruption de la violence et du surnaturel (on a avait pas vu une sorcière aussi bien mise en scène depuis des années), cette Saison 1 prouve aux sceptiques que les réadaptations peuvent avoir du bon, si tant est qu’on se pose les bonnes questions !
La Saison 1 de Carrie sera disponible sur Prime Video le 7 octobre 2026
avis
Sans toucher l'acmé de ses précédentes séries, cette réinvention de Carrie par Mike Flanagan trouve en cette Saison 1 une réelle singularité. Outre son casting impeccable (et malgré des personnages secondaires parfois sous-exploités), le récit source de Stephen King offre un regard inquisiteur sur la jeunesse contemporaine et le cyberharcèlement, sans renier une dimension fantastique culminant dans ses très bons épisodes finaux. Une réussite tout simplement !
