Clayface est un pari risqué autant qu’une proposition bienvenue au sein du monde des super-héros : un film d’horreur à petit budget consacré à un des ennemis cultes de Batman. Le résultat est perfectible, mais inspirant dans sa démarche pour DC Studios.
Alors que l’univers DC au cinéma cherche sa voie, Clayface débarque pour conclure une année en dents-de-scie. Après les œuvres de James Gunn (Superman, Creature Commandos, Peacemaker), on peut dire que la firme ne coche aucune réelle case. Après un Supergirl raté et une Saison 1 de Lanterns réussie, le studio piloté par Gunn et Safran dévoilent un projet encore plus humble dans la mouvance de Joker.
Good to be Bad
En effet, le film avec Joaquin Phoenix avait su montrer qu’un récit autonome centré sur un vilain pouvait être fait sans sacrifier sa singularité créative. De plus, Clayface est un tout autre projet, assumant globalement sa dimension comic book tout en s’affirmant comme un thriller versant dans l’horreur. Un pari audacieux et risqué, d’autant que le personnage de Matt Hagen ne jouit pas de la réputation planétaire du clown de Gotham.

© Warner Bros
Le scénario du film est d’ailleurs écrit par Mike Flanagan (The Haunting of Hill House, La Chute de la Maison Usher), lui-même fan du personnage : en particulier le double-épisode « Feat of Clay » consacré à ses origines dans la série animée Batman de 1992. Si bien que pour tout connaisseur, le long-métrage de James Watkins (Speak No Evil, La Dame en Noir) s’articulera sur des rails connus.
Les origines de Clayface
On découvre ainsi Matt Hagen (Tom Rhys Harries), un acteur à succès au pic de sa carrière. Malheureusement, ce dernier se retrouvera sévèrement défiguré après avoir couché avec la femme d’un mafieux. Perdant tous ses privilèges, Matt va contacter Caitlin Corr (Naomi Ackie), une scientifique en manque de subvention pour ses travaux de thérapie cellulaire. En s’injectant un composé dernier cri, Hagen retrouve son visage, mais son ADN désormais modifié lui confère la possibilité de rendre sa peau malléable…
La suite on la connait, tandis que pendant 1h45 le récit nous conte la descente aux enfers censée être une origin story pour Clayface. Et autant le dire tout de suite, le pari se révèle étonnamment tenu : pas une once de fan-service (ni l’ombre d’un Batman), le film se concentre avant tout sur son personnage et son postulat de revenge movie/thriller teinté de body horror.

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Le scénario reste dans les clous, avec en plus ses inspirations héritées de Darkman et La Mouche. Et si la narration demeure claire sans bout de gras, mais Clayface manque aussi de vraies respirations pour installer son ambiance. D’autant plus que la BO sans inspiration de Volker Bertelmann (Conclave) aplanie toute velléité d’atmosphère. De quoi tirer la proposition vers le tout venant des films de studio donc… mais heureusement le reste suit !
Série B qui ne lésine pas sur sa viscéralité
En effet, Clayface ne lésine jamais sur sa violence ni sa viscéralité. Et contrairement à l’abattage habituel au sein de l’écosystème horrifique, cette dimension reste employée avec parcimonie et de manière graduelle au service de l’évolution psychologique du protagoniste. Contrairement à Morbius, Kraven ou Venom, le métrage n’excuse jamais les choix de plus en plus contestables de son « héros », assumant le fait qu’on a affaire à un vilain broyé par les circonstances.
Une philosophie que l’on retrouve visuellement et thématiquement à plusieurs reprises, et ce dès la manière dont Gotham est représentée : des tapis rouges lumineux aux bas-fonds mal fréquentés de la ville, la chute sociale de Hagen donne de l’incarnation à cette ville sinistre (pas si éloignée de celle de The Batman), malgré les 30 millions de budget.

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Une limite qui handicape sans doute les possibilités offertes de Clayface (dont on découvre la forme finale comic accurate lors de quelques secondes), mais pas nécessairement l’exécution de ses capacités. Et sur ce point, le métrage se révèle ludique, même dans son sadisme inhérent au genre. Chute palpébrale, puis modification de membres ou encore élasticité de la peau : les effets de maquillages se veulent d’excellente facture, compensant quelques switchs de visages au montage limités par la non-ampleur du projet.
Perfectible mais pari tenu
Malgré cette limite, on retiendra une scène en night-club à la tonalité proche du grand-guignolesque (pas de doute on est chez Batman au fond), faisant office de véritable climax. Car dans son fond, le film parvient à donner corps (sans jeux de mot) aux capacités versatiles d’acting de Matt Hagen, tout en effleurant un star-system ingrat où quiconque est immédiatement remplaçable.
On pourra également regretter quelques lignes de dialogues sur-explicatives en terme d’intention, en particulier pour ce qui a trait à la relation romantico-professionnelle principale. Mais derrière cette narration, le casting parvient à faire exister leurs avatars, en particulier Tom Rhys Harries (la révélation du film) et Naomi Ackie. En résulte une proposition sympathique, non-dénuée de défauts, mais qui a le cœur au bon endroit autant qu’un vrai respect pour le matériau qu’il adapte.
Clayface est sorti au cinéma
avis
Derrière un scénario aux ramifications attendues, et un rythme permettant peu de respirations pour y installer une ambiance horrifique, Clayface réussit son pari via cette proposition lorgnant vers la série B respectueuse de son matériau de base et de ses impulsions créatives. Pas de quoi réinventer le genre, mais cela fait du bien de voir un film de ce genre dans l'écosystème du comic book movie !
