Si Zach Cregger (Barbare, Évanouis) réalise une prouesse cinématographique avec Resident Evil, il n’en demeure pas moins que le réalisateur semble réaliser un véritable film d’auteur. Trigger warning cependant sur tout ce qui va concerner le parcours d’une gestation et ses risques. Et attention : ça va spoiler très vénère.
Pour re contextualiser, le film suit donc Bryan qui semble être en situation de crise avec sa compagne, tout juste enceinte. Celui-ci la rassure, en indiquant de ne pas paniquer, qu’il sait ce qu’il est en train de faire. Mais ne serait-ce pas en réalité Zach Cregger qui tente de rassurer le spectateur, habitué aux nombreux ratés de la licence ? Car à partir de ce postulat, le film semble proposer un niveau de lecture différent de son premier mais surtout, le réalisateur semble réaliser toute sa psychanalyse sur 1h34. Car Resident Evil parait alors traiter du traumatisme de donner la vie, de devenir parent et du fait de ne pas traiter ses névroses au risque de devenir un monstre.

©Metropolitan Films
Mise en bouche exemplaire
Pour commencer, Bryan est un anti-héros. Dès les premières minutes du film, il ne fait que demander de l’aide et s’étonne que personne ne lui réponde, tandis que sa propre compagne fait de même sans avoir de réponse de sa part. Il semble d’ores et déjà y avoir un effet miroir à constater entre les deux situations. Et il est d’ailleurs plus intéressé par l’argent que par sa compagne qui l’attend chez lui alors qu’ils ont un dilemme à régler au sein de leur couple. C’est un homme qui fuit ses problèmes et qui s’isole au travail, bien que le film semble aussi mentionner le fait d’être écrasé par une économie gérée par des géants de l’industrie. Et de fait, d’avoir une classe ouvrière (à laquelle appartient Bryan) qui dépend complètement de celle-ci, quitte à devoir sacrifier sa vie personnelle et sa santé mentale. Dans ce cas, Umbrella Corporation, une société pharmaceutique qui a une tendance capitaliste plutôt altruiste auprès des concitoyens de Raccoon City et ses environs. Et qui pourrait en faire donc l’une des raisons principales à l’abandon complet de ses habitants, comme Bryan. pas compris

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Resident Evil raconte l’histoire d’un homme qui a un accident de la route. Il percute une femme et va retrouver son corps figé dans la forêt, en état de choc. La situation pourrait être l’illustration de la relation entre Bryan et Michelle et du bébé qu’ils attendent. Elle est tombée enceinte parce qu’il lui est « rentré dedans » (pardonnez l’expression), ce qui a provoqué un « accident ». « L’accident » provoque la tétanie du protagoniste, voire l’implosion du couple. De plus, la femme zombie est retrouvée dans une position qui pourrait rappeler un accouchement (ce qui peut faire écho au reste du film). Par la suite, Bryan dit vouloir aider la jeune femme, mais ne fait que fuir ses responsabilités – sans jamais s’en rendre compte – étant donné qu’il la confie à la police au lieu de lui venir en aide lui-même.

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S’ensuit une scène de voiture, avec notre protagoniste qui ne fait que se plaindre -sur la météo par exemple- au lieu de se confronter à l’accident qu’il vient de vivre. Celle-ci pourrait être l’illustration d’une forme de détachement et de déni du personnage. Cependant, malgré la distance qu’il tente d’installer avec la femme Zombie, cette dernière le hante, littéralement. Et Bryan décide finalement de prendre la fuite, car il a peur.

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Point de sauvegarde
Bryan se réfugie dans une ferme, composée d’une grange et d’une maison. Cet environnement pourrait être une métaphore de la maison / cellule familiale et peut-être même de l’enfance. De plus, on y retrouve plusieurs objets venus du jeu vidéo et ce, spécifiquement dans cette séquence, qui au-delà d’un clin d’œil pourraient avoir plus de significations qu’il n’y paraît.

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Tout d’abord les sprays de premier secours dans la grange, qui pourrait être une safe room, telle une cabane dans laquelle on se réfugie lorsqu’on est enfant (à noter que Zach Cregger a 15 ans à la sortie du premier jeu). Comme si l’isolation était un moyen de guérir. Quelques minutes plus tard, l’iconique machine à écrire – qui permet de sauvegarder sa progression dans le jeu – fait son apparition également et d’ailleurs au même niveau que la chambre parentale. Pièce dans laquelle va se produire l’insurmontable. Enfin, dernier item iconique de la saga, le téléphone et sa sonnerie. Si les premiers objets sortaient des premiers volets de la saga vidéoludique et donc de la jeunesse, le téléphone apparaît seulement dans Resident Evil 7 (lorsque Zach Cregger a donc 36 ans) et est l’élément qui lie le personnage à sa compagne. Cela pourrait faire écho aux différentes étapes de vie du réalisateur. L’enfance avec les éléments des premiers jeux. Puis l’âge adulte, avec le téléphone, le lien vers sa partenaire de vie.

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Bryan se fait attaquer par deux individus, qui une fois abattus, s’assemblent. Cette scène pourrait illustrer deux phénomènes. Le premier, psychanalytique assez répandu, est celui du malaise ou de l’angoisse face à la sexualité des parents. Mais aussi et surtout, une possible métaphore d’un rapport charnel. Organique. Et violent. Qui transmet littéralement la vie. Et cela pourrait aussi être la vision qu’à Zach Cregger, ou bien seulement son personnage, du fait de devenir père. Il a peur de mettre au monde un monstre. Et d’ailleurs, la séquence toute entière se déroule avec en arrière-plan Michelle qui tente de joindre Bryan, trop traumatisé par la situation pour décrocher. Situation qu’il a sauvegardé dans son esprit, (cf. machine à écrire). Une fois encore, au lieu de lui parler, il décide de prendre la fuite. Poursuivi par un monstre créé chez ses parents. En prenant du recul et sous cet axe d’analyse, Zach Cregger semble retourner chez ses parents pour explorer soit ses traumatismes, soit l’idée qu’on se fait de la cellule familiale, soit le traumatisme lié à une fausse couche et ses origines.

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Au cœur des ténèbres
Traqué par les démons de son passé, Bryan se retrouve finalement obligé de traverser un tunnel dans le noir. Malgré les obstacles, il veut absolument aller tout droit, sans jamais se retourner, étant donné qu’il est hanté par quelque chose. Mais malgré la fuite, il se retrouve une première fois confronté à son pire cauchemar, un enfant, qui semble d’ailleurs attaché à un toilette par ses tentacules (une figure qui pourrait représenter la fausse couche). Il se fera d’ailleurs mordre par l’enfant. Une blessure qui ne semble pas anodine, puisqu’elle rappellera la progression de la contamination de cet épisode traumatique dans sa psyché tout au long du film. Bryan décide de supprimer le problème et de prendre les armes pour le combattre. Sauf qu’une fois encore, il l’affronte sans vraiment s’y confronter. D’ailleurs, même après avoir supprimé la menace, il continue de se dire qu’il aime les enfants. Que ce qu’il vient de vivre n’est pas réel. C’est un personnage qui semble refuser d’affronter la réalité, sa réalité et ses traumatismes.

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Cependant, ce n’est pas le seul personnage à ne pas affronter ses démons. Une fois à Raccoon City, alors qu’une policière se fait poursuivre par une horde de zombies – après avoir sauvé Bryan à la sortie du tunnel- il décide de prendre les armes pour venir au secours de la jeune femme. Alors qu’à l’opposé, l’employé d’Umbrella la considère déjà comme morte puis exige de Bryan qu’il sorte et aille lui récupérer un item. Ce personnage est un autre homme qui semble refuser de prendre des initiatives et d’assumer ses responsabilités : il se fera d’ailleurs dévorer par le parasite, possible métaphore des enfants et de la cellule familiale qui bouffe les corps et les personnages.

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La lumière au bout du tunnel
Bryan va alors une fois encore, prendre la fuite en s’isolant à nouveau dans le noir complet, cette fois-ci dans les égouts. A l’image du tunnel, les souterrains semblent être une représentation de la psyché du personnage, ou de ses cauchemars. Il se retrouve alors devant une figure masculine en pleine gestation. Et qui accouche de sortes de rats mutants qu’il décide de tuer. Encore une fois, il répond par la violence à ses visions cauchemardesques. Une violence qui n’est jamais suffisante puisque les choses mutent et reviennent à la vie sous une autre forme. Comme les traumatismes, qui refusent littéralement de mourir, qui reviennent toujours à la vie.

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S’ensuit la séquence de la rue avec les Zombies qui sautent des toits. En suivant le même axe d’analyse, on pourrait filer la métaphore et y voir l’image de son entourage qui lui tombe dessus, en masse. Qui s’écrase devant lui, qui cède, qui ne proteste pas, qui ne se relève pas face à Bryan. Ils semblent d’ailleurs lui donner raison lorsqu’il murmure « Vous pouvez mourir », signe d’une violence manifeste, désormais latente chez lui, mais cette fois-ci verbale, face à son entourage.

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Ascension médicale
Le film boucle avec l’hôpital. Où Bryan décide enfin de commencer à parler à Michelle, sa compagne. Il est dans un milieu hospitalier et commence enfin à s’ouvrir et à craquer, sous les yeux des scientifiques de Umbrella, qui pourraient finalement représenter une sorte d’assistance médicale. Bryan semble enfin commencer une thérapie. Notamment suite au fait que tout le monde lui serait tombé dessus (cf. la scène de la rue). Mais on ne sait toujours pas s’il dit ce qu’il pense, ou bien ce qu’il pense que sa compagne a besoin d’entendre à propos du fait d’avoir une famille et de devenir père. Et d’ailleurs, malgré les conseils qui lui sont recommandés, à savoir de prendre les escaliers (qui pourraient représenter la voie de la thérapie) et malgré l’avertissement sur le fait de prendre l’ascenseur, Bryan décide finalement de ne pas écouter ce qu’on lui a conseillé. C’est un personnage qui ne veut pas faire d’efforts, qui ne préfère pas faire face au challenge mais plutôt d’aller trop vite au risque de s’exposer au danger.

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De fait, il se retrouve une fois de plus confronté à plusieurs créatures. Celle qui le traque, cette boule de cauchemar qui ne fait que grossir à mesure que le personnage avance (ses traumatismes grandissants) mais aussi une sorte de zombie vomissant, qui pourrait rappeler les nausées pendant la grossesse. Une vision encore une fois, cauchemardesque (ou traumatique) de tout le processus de gestation. S’ensuit la séquence dans la nurserie, où on a littéralement l’éclosion d’une créature aux allures d’un nouveau né monstrueux. Probablement vision qu’il a de la chose et accessoirement son pire cauchemar. Il va donc non seulement répliquer par la violence, une fois encore, mais encore et toujours, fuir, avec une nouvelle fois, une horde de zombies à ses trousses, comme si le monde lui tombait à nouveau dessus. A noter que les zombies / hordes semblent très précisément placés au travers du métrage, sans jamais que cela ne soit gratuit ou bien fait par hasard.

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Tandis que Bryan se retrouve coincé au bord d’un précipice entre les deux tours du laboratoire, il s’en sort finalement de justesse et ce « grâce aux jeux vidéos » comme le dit le personnage, ou bien le réalisateur, on ne sait pas. Cela pourrait littéralement être une allusion à Resident Evil, ce jeu ou bien ce film, qui a permis à Zach Cregger d’explorer ses traumatismes. Et qu’il a visé juste. En utilisant cette horde qui lui est tombé dessus pour écraser et essayer de se débarrasser de ses traumatismes, toujours incarné par cette boule humaine monstrueuse.

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Au sein d’Umbrella
Bryan réussit finalement à rejoindre les médecins. Il est néanmoins très affecté et blessé, étant donné qu’il est lui aussi infecté par le parasite et se transforme petit à petit lui aussi en monstre. Il ne fait alors que demander de l’aide, conscient de ce qui lui arrive. Mais il est trop tard. Il n’a pas agit à temps et il est complètement infecté, sans retour arrière possible. Bryan reproduit donc des schémsa violents et destructeurs qu’il a fait tout au long de son parcours et dévore désormais littéralement les gens qui essaient de l’aider.

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Moral de l’histoire : l’antivirus (le médicament) qu’il transporte ne sert à rien. Il aurait dû faire une psychanalyse, comme le montre l’ultime plan du film, qui au lieu de s’éloigner comme on peut avoir l’habitude de voir au cinéma sur un plan final, se finit par un travelling-avant, qui rentre dans son œil, dans son âme, dans ses entrailles. Une citation directe au matériau d’origine, rappelant l’iconique plan d’introduction du premier jeu Resident Evil. Un très bel hommage, rempli de sens, qui permet de conclure toute l’interprétation proposée du long-métrage. La boucle est bouclée.
