Dans Le Lièvre, premier long-métrage de Gonzague Legout, Ian court. Il s’est lancé dans une étrange course qui condamne ses participants à courir. Alors il continue, pour sa famille, pour lui, pour fuir son passé. Il court pour vivre, parce que dans cette course, s’arrêter, c’est mourir.
Avec Le Lièvre, Gonzague Legout signe un premier film intriguant, intense, haletant. Oscillant entre plusieurs genres, le résultat en est un long-métrage qui réussit à nous toucher par le portrait d’une humanité fragilisée.
De la science-fiction… ?
Courir pour vivre ou s’arrêter et mourir. Cette histoire on la connaît, que ça soit avec Running Man d’Edgar Wright ou l’adaptation de Marche ou Crève de Stephen King réalisée par Francis Lawrence en 2025. Ces trois films ont en commun un héros à bout, appâté par la promesse d’un gain indécent et surtout, celle que tout ira mieux. La situation est chaque fois catastrophique et c’est chaque fois un évènement un peu louche qui se présente comme étant la porte de sortie. Au fond, on peut se demander si ce n’est pas aussi une métaphore de nos propres vies. On court sans cesse après le temps dans l’espoir que les choses s’arrangent. Et c’est peut-être par cette dimension d’identification que Le Lièvre de Gonzague Legout réussit à se démarquer.

C’est un poncif des récits dystopiques, le pouvoir en place opprime les plus pauvres et les contraints à se mettre en danger pour sauver leur propre vie. On s’accordera pour dire que c’est ironique au vu de la situation actuelle. Dans Running Man, la société est clairement futuriste, dans Marche où Crève, on est aux États-Unis dans un XXème siècle imaginaire, et surtout, il y a la dimension de collectivité, ils sont plusieurs à marcher. La force du film de Gonzague Legout c’est de réussir à nous faire sentir que tout est proche de nous, trop proche. Dans Le Lièvre, Ian (Dali Benssalah) est seul, face à ses démons. Il court sans savoir qui sont ses opposants, sans ligne d’arrivée définie. Et surtout, le monde dans lequel il vit ressemble terriblement au nôtre.
Une famille hantée par le passé
En athlétisme, un lièvre est celui qui court devant les autres. Il ouvre le chemin, diminue la résistance d’air pour ceux qui le suivent. Ian est celui qui ouvre la voix au succès pour un autre coureur. Il est celui qui abandonne. Et c’est exactement ce qui nous le rend sympathique. D’emblée, Le Lièvre présente son protagoniste comme celui qui est voué à rester dans l’ombre. Alors on espère pour lui. En cela, le dispositif fonctionne à merveille et permet la mise en place du sorte de dystopie « discrète ». On a un héros qui ressemble à Monsieur tout le monde, mais en proie à de terribles démons. De fait, on a presque envie de dire que là où c’est classiquement une société autoritaire qui va restreindre les libertés, ici, c’est son passé qui prive Ian de libre-arbitre. Et ça, n’importe qui peut le comprendre.

Aux côtés d’Ian, on a sa sœur, Anne (Naïlia Harzoune). Infirmière déprimée, elle est surchargée de travail dans un hôpital qui manque clairement de moyens. Une manière pour le film de Gonzague Legout de faire un clin d’œil à la réalité. Et enfin, leur maman Marthe (Sandrine Bonnaire), devenue sourde sous les coups de son mari, elle croule sous les dettes. Ces trois personnages ont une vie difficile, semée d’embûches, leur trio a fui un père tyrannique et cherche depuis à maintenir la tête hors de l’eau. Aussi, si l’histoire du film Le Lièvre tend à prendre des allures de science-fiction (Ian est en permanence contrôlé par un bracelet pour vérifier qu’il court, ce même bracelet qui est aussi son bourreau), ses personnages la rendent profondément réelle et touchante.
Un petit goût de trop peu ?
Cependant, sous son apparente simplicité, Le Lièvre ne prend pas le temps d’éclaircir certains composants de son histoire. En effet, on regrette que certains personnages ne soient pas plus présents, plus racontés. On pense notamment à Emerdt (Simon Abkarian). Si ce dernier se dévoile comme il faut, petit à petit, on finit par vouloir plus. Certes, son personnage est mystérieux, il reste en retrait, parle peu. Mais on termine le film sur un petit goût de trop peu. L’apparente simplicité de l’histoire devient, de fait, ce qui fait aussi défaut au film. La suggestion est évidemment un atout, on comprend par nous-même et il y a quelque chose de génial à parvenir nous-mêmes à certaines conclusions. Mais elle est aussi ce qui nous fait ronger notre frein.

Finalement, on peut se demander si ce n’est pas un peu aussi tout le propos du film Le Lièvre. La course se base sur l’envie des gens de vouloir toujours plus, mais, nous aussi, en tant que spectateur, on veut toujours plus. Et c’est là qu’entre en jeu une forme de curiosité morbide. Durant la course, il y a des paris, qui va vivre, qui va mourir. La caméra nous accroche à Ian, on le voit courir, tout le temps, il souffre, il regrette. Et on en vient à se demander s’il ne va pas craquer lui-aussi. Avoir intégré le dark net (c’est via cette plateforme que les spectateurs fictifs vont parier) dans l’histoire ancre encore un peu plus les choses dans une réalité qui serait juste légèrement parallèle à la nôtre. Tout se passe comme si c’était notre monde, notre réalité, mais un tout petit paramètre laisse cette réalité nous distancer.
Avec Le Lièvre, Gonzague Legout signe un premier long-métrage haletant, intriguant, inqualifiable. Oscillant vers la science-fiction sans pour autant y verser complètement, Le lièvre est un film qui parle de la fuite mais surtout de notre humanité.
Le Lièvre sort en salles le 2 décembre 2026.
Avis
Le Lièvre est exactement le genre de film qui déjoue les attentes qu’on avait en entrant dans la salle. Long-métrage touchant, à la fois drame, thriller et film de science-fiction, Le Lièvre ne parvient pas totalement à se laisser saisir.
