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Accueil - Critique Cerberus / Goat : même la mort peut avoir de l’humour ?
Critique Cerberus / Goat : même la mort peut avoir de l'humour
© Camilla Greenwell
Spectacle

Critique Cerberus / Goat : même la mort peut avoir de l’humour ?

Lucine Bastard-Rosset Lucine Bastard-Rosset19 février 2024Aucun commentaireIl vous reste 5 minutes à lireUpdated:10 février 2026
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Cerberus / Goat, une double pièce sur la mort créée par le chorégraphe Ben Duke en collaboration avec le Ballet Rambert. Un diptyque fatal entre danse, théâtre et musique au Théâtre de la Ville. 

En 2017, Ben Duke se lance dans la création de son spectacle Goat suite à une commande du Ballet Rambert – compagnie de danse britannique fondée en 1926. En 2022, cette même troupe revient vers lui pour une seconde collaboration d’où surgira Cerbère. Malgré les cinq années qui les séparent, ces deux pièces de danse-théâtre entrent en écho l’une avec l’autre en abordant, entre autres, le thème de la mort. Cerberus et Goat forment le Death Trap, littéralement “piège mortel”, auquel il est impossible d’échapper. 

© Camilla Greenwell

De la vie à l’au-delà

Tout commence avec la naissance. Tout finit avec la mort. Le cycle de la vie déploie sa toile et nous piège, inéluctablement. Faire son deuil alors que l’autre est parti devient impossible. On donnerait tout pour pouvoir récupérer cette corde qui nous relie à lui, mais à l’autre extrémité il n’est plus, disparu. Entre la vie et la mort, tout ne tient qu’à un fil, et Cerbère décide pour nous. Quand le moment est venu, la corde se dénoue, il ouvre grand l’une de ses gueules et nous avale. 

© Camilla Greenwell

En s’appropriant le mythe d’Orphée aux Enfers, Ben Duke propose avec Cerberus sa vision du périple de la vie. Dans les couloirs de la mort progressent les danseurs vêtus de noir. Ils créent une ligne infinie qui avance, et avance et avance encore. Même si certains parviennent à la briser pendant quelques secondes, ils ne peuvent s’y soustraire totalement et rejoignent ce cycle infernal. Des mouvements en boucle sur une musique électro de Moderat, des individus au ralenti reliés par une corde sur une musique douce de Monteverdi : que la vie soit tumultueuse ou calme ne change rien, on finit toujours par mourir. 

Se purger des péchés humains

Après avoir affronté Cerbère et les Enfers, place à l’enfer sur Terre avec Goat. Pas besoin de franchir l’ultime porte pour sombrer dans un monde désespéré. Dans cette salle de concert on découvre une communauté qui ne croit plus en la vie. Une secte qui ferait tout pour se laver des péchés humains, même si il faut pour autant sacrifier son prochain. Place au Destin et à l’Élu, le scapegoat (bouc-émissaire), qui devra danser jusqu’à la mort. 

© Camilla Greenwell

Dans Goat les lignes droites sont remplacées par des cercles, une danse tribale infinie qui se répète, et se répète et se répète encore. Les danseurs sont emportés dans une chorégraphie rythmée une batterie endiablée et un chant étrange ponctué de cris. Et puis, il y a Nina Simone. Sa présence nous enveloppe avec Feeling Good, Ain’t Got No/I Got ou encore Feelings. Interprétée avec magnificence par la chanteuse Sheree DuBois, elle s’incarne sur scène, accompagnée par un trio de jazz (une batteur, une pianiste et un contrebassiste). Ensemble, ils mènent la danse, et les danseurs suivent cette voix hypnotique.

Un humour un peu trop british ?

Ben Duke a réuni tous les éléments nécessaires pour nous transporter dans son univers : une musique envoûtante, une troupe de haut vol, des histoires émouvantes… Pourtant, quelque chose nous empêche de franchir les portes de ses enfers et on reste devant, spectateur inactif d’un destin qui se déroule. En faisant le choix de briser le quatrième mur avec des personnage qui se commentent eux-mêmes et qui nous explique leur situation, Ben Duke empêche l’identification aux personnages et aux émotions et crée une distanciation.

Cet éloignement trouve sa principale source dans des personnages trop théâtraux et caricaturaux. Dans Cerberus il y a ces deux protagonistes encore vivants, dont l’un est une parodie de l’autre : il traduit son italien en anglais et répète exactement les mêmes mots et gestes. Dans Goat il y a cette femme, une présentatrice en direct d’Arte TV, qui s’insère maladroitement dans la secte le micro à la main face caméra.

© Camilla Greenwell

Un humour british s’empare ainsi des deux pièces créant du comique de situation et de répétition qui brisent l’émotion sans véritablement servir. Ben Duke casse lui-même le rythme de ses chorégraphies qui au lieu de nous emporter nous laissent insensible. Un parti pris qui fonctionne peut-être pour certains mais qui en laisse un grand nombre de côté. Et c’est bien dommage.

Ben Duke et le Ballet Rambert proposent une double pièce qui aurait pu résonner longtemps en nous mais qui se perd malheureusement dans sa propre création. Relevons le talent indéniable des danseurs et des musiciens au sommet de leur art, qui ravissent les yeux et les oreilles.

Cerberus / Goat de Ben Duke et du Ballet Rambert au Théâtre de la Ville jusqu’au 20 février prochain.

Avis

6 Un peu trop british

Avec sa double pièce Cerberus / Goat, Ben Duke nous emmène dans un univers sombre où la mort est partout. Un spectacle qui mêle habillement danse, théâtre et musique, mais qui se perd dans un humour british qui brise l'identification. Malgré les magnifiques interprétations musicales et dansées, il est dur de ressentir l'émotion de l'instant.

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