Test PC building simulator : PC Fantasy

Vous aimez les gros engins ? Les bolides de compétition, ceux de couleur vive et criarde ? Ces monstres sur châssis dont le prix vous paraît stupidement élevé ? Et bien cette critique est faite pour vous, fans de tuning et de moyens de compenser. Aujourd’hui on s’attaque à PC Building Simulator, à ne pas confondre avec Car Mechanic Simulator, titre étonnement proche mais dédié lui, aux 4 roues.

PC Building Simulator donc, développé par Claudiu Kiss et The irregular Corporation, et édité par cette même entité, vous propose, comme l’indique sobrement son intitulé, de monter des PC, et même plus, de simuler le tout au travers de l’interface du vôtre ! Incroyable.

PC Building Fantasy

Dans l’idée comme dans le nom, PC Building Simulator est donc un simulateur – jusqu’ici tout se tient. Il y sera question de monter des bécanes, mais plus généralement de remplacer des pièces ou upgrader/améliorer du matériel existant. Les gestes : manipuler les pièces, visser des trucs, plugger des machins dans des bidules et autres maniements du genre ; ont été totalement automatisés. Ce qui fait sens, ça parait assez complexe à mettre en ludisme, d’autant que le résultat aurait de grandes chances d’être plus pénible qu’autre chose. En fait, c’est assez simple, il n’y a pas d’échec possible. Impossible de mal faire, ou de simplement oublier un câble ; au mieux vous pourrez griller un processeur en oubliant la pâte thermique, pas plus.

© Claudiu Kiss © The irregular Corporation

Cela dit, et même en ayant drastiquement dépouillé le gameplay de “montage”, celui-ci reste pénible. Ce n’est certainement pas pour rien que le jeu propose des outils pour automatiser le câblage ou visser en un clic plutôt qu’en maintenant. Là où le bât blesse, c’est quand ces mêmes “épargneurs d’ennui” sont derrière de conséquents paywalls in-game ou absents du mode “créatif”. Un mode bac à sable, sans limite de frais, avec tout de disponible. Un mode assez anecdotique au final, puisqu’il s’agit de machines virtuelles… in-game. Vous n’allez pas faire tourner Cyberpunk 2077 là-dessus, à notre plus grand dam. Passer ce moment grotesque où vous fourrez tous les composants les plus chers dans le boîtier le plus outrageusement vaste, le potentiel d’amusement d’un tel mode est nul.

Cable Fantasy

Nous n’en avons pas terminé avec les aspects pénibles. Si l’absence de “cable management” est regrettable – mais explicable -, ce qui vient remplacer cela dans le jeu est un sacré raté. Il existe différents types de câbles, chacun disponible en plusieurs coloris… et c’est alors que les choses se gâtent. 

Il ne sera pas rare de voir des commandes demandant des changements de couleur de câbles, question de booster votre notation pour obtenir de meilleurs contrats. Si l’idée est bonne, obligeant le joueur à bien lire les commandes pour cerner des objectifs bonus permettant d’atteindre le mieux que mieux, il en reste que son implémentation devient vite un sérieux frein au fun.

Presque une commande sur trois a comme objectif bonus des remplacements de câbles colorés. Il faut alors débrancher les câbles – en maintenant votre clic sur la zone en surbrillance – puis pour chaque partie, rebrancher avec le bon type câble du bon coloris. Sachant que chaque changement de type oblige à passer par un menu de sélection… 

© Claudiu Kiss © The irregular Corporation

Ce n’est pas challengeant, ne demande de réflexion particulière, ni ne reflète la réalité, c’est là question d’être casse-pieds ; question d’en partie délayer la progression en obligeant à régulièrement acheter de nouveaux câbles. Farmer pour dilapider de l’argent dans des câbles roses, jaunes, bleus, violets… c’est surtout avoir l’impression de faire du surplace dans un jeu à la progression déjà apathique, où les contrats intéressants peinent à se montrer.

Pourquoi s’être économisé de tant de complexité sur le montage en général, pour au final venir alourdir le tout avec une surcouche de menuing aux portes de l’insupportable ? L’interface déjà pénible à utiliser à la base, n’arrange pas le constat avec ces manipulations supplémentaires qui n’apportent concrètement rien au jeu.

On se croirait sur Windows…

L’interface est dans l’ensemble un vrai gros souci de ce PC Building Simulator, surtout qu’avec votre nombre de pièces et de références croissant, la navigation ne va faire qu’empirer. Il n’existe littéralement AUCUN raccourci clavier pour utiliser la pâte thermique, changer de style de câble ou autres petite choses de ce genre. Pour un jeu qui s’appuie autant sur celle-ci, il manque un vrai gros travail d’ergonomie. Monter un PC est déjà inintéressant et très vite gonflant, alors si en plus l’interface ne va pas dans votre sens…

© Claudiu Kiss © The irregular Corporation

Il y a bien quelques choses à sauver, comme ces filtres bienvenus dans le faux store en ligne, ou toute cette fausse interface d’OS et de BIOS. Ce genre de choses sert bien l’ambiance du jeu, ce côté RP, assez important dans ce type de production. Malgré cela, le constat sur la partie montage à proprement parler est désastreux, d’autant que le pan plus gestion du jeu ne l’accompagne pas comme il le faudrait.

PC Builder Tycoon

La structure du jeu est assez simple. Chaque jour, vous recevez des emails, qui sont des commandes que vous pouvez accepter ou refuser. Une journée se termine lorsque vous décidez qu’elle se termine. Sur cet aspect, vous n’avez donc aucune pression temporelle, et c’est peut-être là le premier gros souci.

Cette absence de temporalité s’insinue partout. Déjà, le choix d’accepter ou non un contrat est caduc puisque vous aurez tout le temps de le remplir. Pareillement, il n’y a pas vraiment moyen de se spécialiser dans certains types de travaux, donc pas de décision à prendre en fonction. S’il existe bien des contrats devant être remplis dans un temps imparti, ils ne diffèrent en rien dans leur exécution. C’est présent mais inutile, sans que cela ait été considéré mécaniquement, comme trop de choses dans le jeu.

© Claudiu Kiss © The irregular Corporation

Plus généralement, il n’y a pas de gestion de votre agenda, vous pouvez prendre une commande et la renvoyer au client 10 ans plus tard, pas de soucis. En ne vous imposant rien, le jeu perd aussi beaucoup de son sel.

Ce problème sur la gestion du temps se retrouve également au cœur de la progression du jeu. Nous démarrons la partie en 2018 avec comme unique génération de cartes graphiques des GTX 900, une génération sortie en 2014. Les nouveaux équipements ne se débloquent pas naturellement avec le temps qui passe, mais en passant de niveau avec l’XP des contrats. Le temps du jeu n’est pas raccord avec la réalité du marché du hardware. Tout cela vient sérieusement entamer le côté RP (rôle play) de la chose, très important dans une simulation ou même un tycoon. Puisque c’est précisément cette volonté de RP, d’appropriation, qui fait tenir ce genre de jeux, sans contexte narratif et ici, sans grande profondeur mécanique. 

© Claudiu Kiss © The irregular Corporation

Quitte à parler de trucs bidons – parce qu’on en est là -, même les configurations recommandées ne sont pas les vraies. Quel intérêt de prendre de vrais jeux alors ? Et pourquoi quand un contrat me demande de réparer un PC de bureautique le-dit PC est équipé d’un GTX 980 ? Pourquoi toutes les configurations sont aussi incohérentes ? C’est rempli de ce genre d’aberrations qui cassent le délire.

Il y a une réelle absence de game design, de balisage, de choix. PC Building Simulator ne va nulle part. Le jeu n’est qu’une somme d’éléments creux qui s’additionnent sans venir créer une boucle de mécaniques efficaces et complémentaires. Certes, on peut construire des PC, mais ce simple état de fait ne fait pas tenir un jeu, surtout quand le contexte empile les incohérences.

Ventiler

Pour poursuivre sur cette idée que le jeu ne va nulle part et ne synthétise jamais une expérience de jeu intéressante, il y a la médiocrité du challenge. Plus qu’un jeu facile, PC Building Simulator est un jeu vide.

Les budgets des contrats sont toujours outrageusement larges, n’obligeant pas à sélectionner soigneusement le matériel ; le catalogue est très statique, sans stock ou fluctuation de prix ; il n’existe qu’un seul indice de performance… Le jeu submerge le joueur de contrats de remplacement de ram, de changement de disque dur, d’améliorations de pc bêtes et méchantes qui ne nécessitent que d’acheter tout ce qu’il y a de plus cher dans la boutique. 

© Claudiu Kiss © The irregular Corporation

Ni challenge, ni cohérence de fond. Jamais vous n’aurez à vous pencher plus de deux secondes sur la comptabilité, l’optimisation d’une configuration, la nomenclature des processeurs… D’ailleurs, impossible de construire un PC sans carte graphique, c’est vous dire le niveau de la simulation. Il y a tellement de choses qui ne vont pas, qu’il nous est proprement impossible de toutes les aborder.

On arrête les frais

Même Game Dev Tycoon qui lui n’avait pas eu le droit de citer de vraies marques, avait soigneusement arrangé sa progression pour que marche sa Power Fantasy : être développeur de jeu vidéo, par extension un studio de jeux vidéo. Malgré sa pauvreté mécanique et toutes ses limitations, il réussissait à synthétiser cette sorte « d’immersion » qui nous fait nous attacher à ce qu’on fait. On se fait notre film parce que les développeurs arrangent un contexte qui nous y pousse, parce qu’ils émulent – virtuellement – le fantasme. Et c’est amusant en fait. Game Dev Tycoon est un jeu amusant, mécaniquement pauvre, très réducteur quant à la réalité du développement, mais amusant. Franchement, c’est cool comme jeu… bref.

© Claudiu Kiss © The irregular Corporation

Ici, tout est d’une molesse folle. Nous ne prenons aucune décision, ne choisissons aucune route. Vous vous imaginiez poursuivre l’évolution du hardware de 2010 à 2020 le tout dans la peau d’un réparateur informatique ? Devenir le meilleur PC builder que cette terre n’ait jamais porté. Et bien ici, y’a rien de ça, de la mauvaise simu, complètement creuse, agencée sur un mauvais tycoon, complètement creux, le tout couplé à une progression incapable de se renouveler à une allure raisonnable.

Rien de ce qui fait le hardware PC, son existence tangible, le montage d’une tour, bref son folklore, n’est dans PC Building Simulator correctement retranscrit. C’est un jeu ronflant, qui porte très mal son nom et ne tient pas les promesses qu’il esquisse. Plus concentré à assurer la promotion des acteurs du milieu qu’à délivrer une bonne expérience de jeu vidéo. Western Digital ? Cette marque n’existe pas d’après PC Building Simulator. C’est sûr que flinguer l’équilibrage et la représentativité pour des questions de partenariat, c’est du grand art… C’est un très mauvais jeu.

PC Building Simulator est disponible depuis le 29 janvier 2019 sur PC et depuis le 13 août 2019 sur Playstation 4, Xbox One et Nintendo Switch.

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