Critique Une histoire d’amour : quand Michalik s’essaye au mélodrame

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Une histoire d’amour est une comédie dramatique et romantique légère qui nous emmène loin des fresques historiques habituelles de l’auteur à succès.

Après Le Porteur d’histoire, Le cercle des illusionnistes, Edmond et Intra Muros, c’est avec Une histoire d’amour qu’Alexis Michalik nous démontre une nouvelle fois son talent et son habileté à raconter des histoires. Récompensée du Molière 2020 de la mise en scène d’un spectacle de théâtre privé, cette création très contemporaine et personnelle nous parle d’amour évidemment, de résilience aussi. Mais elle nous parle surtout de nous. Pas le coup de cœur espéré, mais néanmoins un très bon moment de théâtre.

C’est sur ‘Et pourtant’ de Charles Aznavour que démarrent les festivités. Et la bande-son n’a ainsi de cesse de nous séduire à coups de ‘Don’t go breaking my heart’ d’Elton John, ‘When we were young’ d’Adèle, ‘My girl’ de The Temptations, ou encore une sublime version de ‘Can’t help falling in love’ de Haley Reinhart. Des classiques du genre, certes, mais qui fonctionnent très bien. Pas de doute en tout cas, nous sommes bien dans une tragi-comédie romantique !

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© François Fonty

Les histoires d’amour finissent mal…

Il y a d’un côté Justine, sa positivité, son optimisme, son désir d’enfant. Et de l’autre il y a Katia, ses douleurs passées, ses craintes, et son envie tout de même de croire à ce conte de fées. Leur amour est beau, puissant, on jurerait qu’il est parti pour résister à l’éternité. Justine semble la plus passionnée des deux et convainc Katia d’y croire et de recourir à l’insémination artificielle. Mais tandis que le ventre de cette-dernière s’arrondit de plus en plus sous nos yeux – symbolisant astucieusement le temps qui file – leur relation quant à elle s’effiloche.

« Pour moi c’est un début d’histoire, pour toi c’est une expérience. »

Et c’est finalement Justine qui s’en va un beau jour et met fin à la magie, comme cela arrive parfois, en dépit des espoirs et des promesses qui ressemblaient pourtant à des bases solides ; sans que personne ne soit finalement coupable de rien si ce n’est d’être un pantin entre les mains d’un sentiment aussi insaisissable et incontrôlable que l’amour.

Nous sommes alors projetés 12 ans plus tard. Katia, qui vit seule avec sa fille Jeanne, apprend qu’elle va bientôt mourir. Elle se tourne alors vers son frère, un écrivain cynique, alcoolique et tout en maladresses (comme ne le sont pas tous les écrivains !), qui ne s’envisage absolument pas jouer le rôle du parent de substitution…

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© François Fonty

Une histoire d’amour peut en cacher une autre

C’est un sentiment exploré ici sous bien des facettes : qu’il soit passionnel, filial, fraternel ; qu’il soit tendre, nostalgique, empli d’espoir, compassionnel, ou encore empreint d’une douce folie… L’amour est partout, il dégouline aux côtés de la peur, des drames enfouis, du manque, de la rancœur, de la déception… Et il y a beaucoup de réalisme dans tout ça, beaucoup d’espaces dans lesquels trouver une place pour soi et pour sa propre histoire. (On s’interroge tout de même sur la pertinence des WC, comme élément de mise en scène…)

Les dialogues sont vifs, pétillants, savoureux ; les changements de tenues et de décors (sur roulettes) se font à vue de manière assumée et formidablement précise, et les scènes s’enchaînent avec virtuosité. Le fameux style Michalik, finement chorégraphié, qui fonctionne toujours aussi bien et rend le spectacle incroyablement fluide et admirable. On se serait toutefois passé des pas de danse et des projections vidéo qui, s’ils sont devenu assez systématiques au théâtre, n’apportent ici aucune valeur ajoutée à l’histoire ni à sa mise en scène.

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© François Fonty

Un tourbillon d’émotions insaisissables

Tout va très vite. Trop vite parfois, et c’est sans doute le reproche que l’on pourrait faire à cette pièce qui mériterait de prendre davantage son temps pour laisser aux graines d’émotion semées çà et là celui de germer et de nous atteindre. D’autant que celle-ci est quasi-systématiquement court-circuité par un humour très présent, notamment à travers le personnage du frère de Katia.

À défaut, nous sommes séduits c’est certain, mais pas bouleversés comme nous aurions aimé l’être. Ni surpris d’ailleurs, que ce soit par le texte qui manque un peu d’audace, d’originalité, ou par les rebondissements qui s’enchainent de manière tout aussi prévisible. On retiendra tout de même la scène où le frère et la fille de Katia se rencontrent véritablement l’un l’autre, se découvrent, et où l’on sent l’attachement naître entre eux. Un moment à la fois drôle, tendre, touchant.

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© François Fonty

On aime… quand même

Bon, nous sommes exigeants parce que c’est du Michalik et que l’on s’attendait donc à ce que tout soit mieux que bien ! Mais nous nous sommes régalés d’un bout à l’autre, soyons honnêtes. Car malgré ces quelques défauts qui l’éloignent du chef d’œuvre espéré, cette pièce est une réussite, et les comédiens sont tous excellents dans leurs rôles respectifs.

C’est juste que… on aurait voulu des frémissements, le cœur qui se serre, les yeux qui pétillent ! On aurait voulu des mots fins, des formules qui nous percutent, qui nous remuent. En fait, aurait voulu que cette histoire d’amour là soit de celles qui nous marquent un peu plus que les autres. Pas une parmi d’autres.

Une histoire d’amour, écrit et mis en scène par Alexis Michalik, avec en alternance Clément Aubert, Pauline Bression, Juliette Delacroix et Marica Soyer ou Stéphanie CaillolAlexia Giordano, Paul Lapierre et Julia Le Faou ; et en alternance Victoire Brunelle-Rémy, Lior Chabbat, Lila Fernandez, Elisa de Lambert et Léontine d’Oncieu, se joue jusqu’au 30 novembre 2021, du mardi au samedi à 21h et le dimanche à 15h, au Théâtre La Scala.

Puis en tournée à partir de janvier 2023.

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8.5 Un joli moment
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