Critique Resident Evil Infinite Darkness : 1h30 plus tard

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On en a gros, Resident Evil Infinite Darkness n’est pas une série. Certes, l’étiquette vous assure le contraire, comme le plus crémeux des Port-Salut, cela étant, il s’agit ni plus de moins d’1h30 de métrage moulé dans 4 épisodes ; ce qui aurait donc parfaitement pu tenir dans un seul et unique OAV… disons dans le style de Degeneration, Damnation ou encore le récent Vendetta, on dit ça, on dit rien.

Réalisé par Hiroyuki Kobayashi, Resident Evil Infinite Darkness est une noix de beurre que Netflix tentait tant bien que mal de faire passer pour une motte. Il est finalement un OAV Resident Evil de plus. La pseudo série de Capcom est une mauvaise blague, du genre de celle de la saison 1 de Castlevania côté de Konami. Espérons que ce pénible lancement trouvera rédemption dans d’autres saisons plus inspirées et copieuses à l’instar des aventures de Trevor Belmont (notre critique de la saison 4).

Brassica rapa subsp. rapa

Avouons au moins qu’Infinite Darkness nous facilite bien la tâche côté présentation. Pour quelqu’un ayant vu Degeneration, attendez vous à la même chose toujours scénaristiquement intercalé entre le quatrième et le cinquième opus, le tout cette fois-ci saupoudré d’un poil d’esthétique de Resident Evil 2 (notre critique) question de surfer sur la popularité – méritée – du remake de 2019. D’ailleurs, c’est assez drôle de constater que l’absence de certains personnages finit toujours par trouver écho dans de nouvelles figures. En VF par exemple, on reconnaîtra Redfield dans ce soldat traumatisé, mais également le visage d’Ada Wong dans celui de Shen May.

Critique Resident Evil Infinite Darkness : 1h30 plus tard
©Netflix

Même la structure ne peut pas s’empêcher de nous hurler au visage ses appartenances : labo souterrain + grosse bestiole bastério-équitable, le tout pour un final assurant très mollement le spectacle. Au titre des poncifs d’ailleurs, on pourrait tout aussi bien noter l’ensemble du scénario ; et on vous dit cela alors que l’on est les premiers à défendre l’horreur bis des jeux Resident EvilBiohazard pour faire plaisir à ce cher Mikami. On envoie volontiers bouler ceux qui n’ont à la bouche que The Last of Us quand bien même Resident Evil est une série B, dans l’esprit bien plus proche de la bande à Picsou que du sérieux psychologique du jeu de Naughty Dog. On aime ce goût de nanar saupoudré de SF.

Malgré toute notre mauvaise foi pour le défendre, avouons qu’ici la soupe est tout de même bien trop proche des précédentes itérations, se refusant à toute déviation. On a presque cru au virage film d’espionnage à la fin de l’épisode 2, mais au final, rien, nada, que tchi, peau de zob, bonjour, au revoir.

©Netflix

On est souvent bien plus proche du navet que du nanar. L’écriture misérable ne trouve que trop peu de secours dans l’originalité des situations ou leur mise en scène. Encore et toujours, ça manque de piment pour relever un déroulé convenu, à quelques rares exceptions et incohérences. Ça manque de grand guignolesque à la Resident Evil 6 – comme Damnation en fait -, sans pour autant atteindre la « simplicité » efficace et plaisante d’un RE2. Il serait bon que Capcom arrive à se positionner : assumer leur écriture et partir sur des films plus “fun” ou sérieusement faire monter en gamme les histoires qu’il nous raconte dans le RE Verse – surtout que niveau lore, c’est ici très maigre.

RE Engine Infinite Darkness

Même notre réconfort habituel, le storyboarding, a ici du mal à pleinement assurer le spectacle. Si l’épisode 2 est plutôt bon – à l’exception de toute cette séquence en simili Irak – le reste ne vole pas aussi haut que souhaité. Pourtant on sent qu’ils font tout pour que le moindre truc pète la classe. Rien que dans l’allure des personnages, leurs accoutrements, leurs démarches et les mille plissures qui parcourent leur vêtement de cuir, tout essaie de tuer la classe – de façon finalement très adolescente.

D’ailleurs, on voit tout suite où ont été consentis les efforts tant le rendu peut parfois chavirer d’un plan à l’autre. Toutes les scènes en “Irak-istan” sont d’ailleurs particulièrement laides, avec des personnages semblant accélérés et rigidifiés, le tout couvert de jeux d’ombres dignes d’une PS3 un lendemain de cuite. 

Critique Resident Evil Infinite Darkness : 1h30 plus tard
©Netflix

D’un autre part, il n’est pas rare de se retrouver avec un personnage trop détaillé par rapport aux décors, comme deux rendus différents assemblés de façon très disgracieuse, désunis. Lors de la dernière scène, c’est aussi l’animation du Leon qui fait défaut, le faisant légèrement tressauter lorsqu’il s’éloigne – regardez bien ses épaules, il est équipé de son meilleur balai à fion. Parfois, plus que des “défauts”, ce sont des plans entiers que l’on retrouve baignés dans le flou, rien que ça. C’est presque un jeu en soi de chercher chaque imperfection tant la série en dégorge pour qui sait être attentif. En fait, dites vous que Resident Evil Infinite Darkness ressemble à une cinématique de jeu vidéo, du style Justice League… en moins moche quand même.

Resident Evil Infinite cambriole

Parfois, on se demande pourquoi la “série” s’attarde autant sur ses extérieurs de jour quand c’est justement là où le rendu est le plus crasseux. Les scènes d’intérieur au contraire sont bien au-dessus, d’autant quand elles jouent sur la profondeur de champs et des cadrages serrés, avec souvent de grosses portions d’image occupées par les personnages. Pourquoi ne pas plus s’appuyer sur ce qui fonctionne plutôt qu’exposer les failles de l’animation ? Pourquoi ne pas également plus profiter de cette caméra libre ? Infinite Darkness est rempli d’idées visuelles avortées, empêtrées dans une réalisation qui ne décolle jamais vraiment. Y’a des trucs sympatiques, mais définitivement pas assez pour légitimer le métrage.

Comme cette première attaque de zombies dans la maison blanche. Le zombie projeté au plafond, puis la très rapide contre plongée sur le lustre qui tombe et le zombie qui avec ses jambes arrachées se dandine tel un serpent à sonnette. C’est sympa ça, mais ça fait surtout figure d’exception dans un film qui n’imprime presque jamais la rétine en jouant sans cesse les pisse-froids.

©Netflix

Entre-temps – comprenez entre Vendetta et Infinite Darkness – est passé un certain Lupin III: the Third. Une itération certes assez creuse de l’univers de Monkey Punch, mais qui avait au moins le mérite d’une virtuosité et d’une inventivité très japonaise, que l’on ne retrouve qu’à de trop rares occasions dans Infinite Darkness, alors que c’était pourtant notre rare voire seule attente. Et ne parlons même pas de la grâce de l’animation, Lupin et son cartoon sont évidemment plus réjouissant que le réalisme complexe mais poussiéreux des OAV de Capcom. En fait voilà, on a trouvé notre conclusion : regardez plutôt Lupin III: The Third.

Resident Evil Infinite Darkness est disponible depuis le 8 juillet 2021 sur Netflix.

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