Critique La Mifa : l’existence passée en revue

La Mifa raconte la vie d’une famille de saltimbanques dont le quotidien va être bouleversé par l’arrivée en tant que meneuse de revue d’un jeune transformiste.

« À la vie à la mort, pour l’amour du show ! », telle est la devise de « La Mifa » dont le cabaret parisien vit ses heures les plus sombres depuis la déportation de son ancienne meneuse de revue. Pour la remplacer, Anastasia, la Directrice, crée la surprise en recrutant Ange, un transformiste. Tous vont alors compter sur lui pour retrouver le chemin de la lumière, sans se douter que son arrivée va les confronter à leurs peurs, à leurs désirs enfouis, à leurs frustrations, à leur passé…

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Quand les masques tombent

L’arrivée de cette nouvelle meneuse de revue qui veut s’affranchir de son quotidien est un véritable espoir pour le cabaret donc, mais aussi pour Marcel, 15 ans, en pleine crise d’identité. Ce dernier veut devenir la femme qu’il se sent être depuis toujours et voit en cet Ange – qui se transforme en Solange sous les projecteurs – un modèle d’inspiration. Mais pas sûr que son père l’entende de cette oreille…

La sulfureuse Anastasia quant à elle est une femme intrigante, dont on pressent vite qu’elle s’abrite derrière beaucoup de non dits. Et puis il y a ce violoniste muet, Maestro, dont personne ne sait vraiment grand chose et qui, à l’abri des regards, se rêve l’un d’eux. Ainsi, les histoires des uns et des autres vont se raconter tour à tour – et non sans tensions – dans cette atmosphère propice aux confidences.

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Une pièce très esthétique

Nous avons immédiatement été captivés par l’élégance et la poésie de la mise en scène ; par l’ambiance feutrée et chaleureuse qui crée un véritable sentiment de confort. Ce n’est pas tant une pièce que l’on regarde qu’une pièce dans laquelle on se blottit. Et comme ci cela ne suffisait pas, les jeux de lumière et les notes de violon qui s’entremêlent régulièrement au récit viennent ajoutent un charme supplémentaire.

Une atmosphère tamisée donc, mais non moins colorée par les personnalités pleines de vie, de talents et d’énergie qui habitent la scène. Colorée également par quelques jolies trouvailles qui sont comme des instants suspendus. Ainsi, le passage chorégraphié – mise en abyme de la revue – est un pur moment de bonheur. On en aurait volontiers redemandé ! Très réussie aussi la chanson à travers laquelle Anastasia confie d’une voix envoûtante la jalousie qui la ronge.

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© Christian David

Un Ange tombé du ciel !

Si les comédiens sont tous assez convaincants, la prestation de Laurent André nous a littéralement éblouis. Dans son costume de paillettes, Solange semble un personnage fait sur-mesure pour cet artiste touchant de sincérité et complètement solaire qui emplit l’espace d’une énergie délicieusement contagieuse. On s’attache à ce personnage atypique et inspirant qui met de la lumière partout où il passe.

À noter également la présence solide et charismatique de Pol White dans le rôle du gérant, en proie à l’alcool et aux dettes. Finalement, chacun des personnages amène à cette Mifa – de par sa personnalité et son histoire – une énergie qui lui est propre et qui vient nourrir la dynamique du groupe. Un casting plutôt réussi donc ! Dommage que quelques erreurs de texte soient venues ça et là troubler notre attention.

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Un potentiel pas totalement exploité

Riche en bons sentiments – qui mériteraient parfois d’être amenés plus subtilement – La Mifa aborde des thèmes existentiels : assumer la part de masculinité et de féminité que nous avons tous en nous ; apprendre à accepter et à dompter ses peurs ; aller de l’avant au lieu de rester emprisonné dans le passé ; oser s’affranchir d’une existence qui ne nous correspond pas… Le cheminement de cette famille atypique se veut inspirant et plein d’espoir.

Si l’ensemble est agréable et de qualité, on regrette tout de même un certain manque de liant et une fin trop précipitée qui arrive comme un cheveu sur la soupe. De plus, le contexte historique, posé au début, n’est quasiment pas exploité, ce qui le rend finalement assez superflu. La pièce gagnerait également à prendre davantage son temps pour permettre aux graines d’émotions distillées çà et là de germer. Quelques bémols qui ne gâchent toutefois rien du plaisir que l’on prend à passer un peu de temps aux côtés de cette Mifa.

La Mifa, de Fanny Streissel, mis en scène par mis en scène par Fanny Streissel et Laurent André, avec Laurent André, Gilles Gnamlin, Morgane Gander, Christophe Som, Laëtitia Carrere & Pol White, se joue les jeudis, vendredis et samedis à 19h au Studio Hébertot.

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