Critique J’ai vu naître le monstre : bad buzz pour Twitter ?

Dans J’ai vu naître le monstre, le journaliste Samuel Laurent offre un témoignage aux airs d’avertissement sur les dérives de Twitter.

J’ai vu naître le monstre décortique les ressorts du réseau social numéro 1 des politiques et des journalistes. En racontant et en analysant l’évolution de son rapport personnel avec Twitter, Samuel Laurent nous alerte sur ce qu’est devenu ce qui ne devait être – à la base – qu’un merveilleux outil de communication. Et son récit est assez effrayant. Alors, Twitter va-t-il tuer la démocratie ? Ce livre offre une piste de réponse inquiétante…

« L’outil dont on imaginait qu’il allait permettre la fin des dictatures s’est transformé en une machine à diviser, à créer des camps et des oppositions, souvent plus virtuelles que réelles. »

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De la rencontre à la rupture

Ce qu’il y a d’intéressant dans ce récit, c’est qu’il nous permet de voir l’évolution du réseau social au cours des années, et la manière dont certains de ses ressorts se sont changés en véritables pièges. Mais c’est aussi le témoignage d’un désenchantement. Car si Samuel Laurent a d’abord été « un utilisateur enthousiaste », rapidement devenu accro du réseau à l’oiseau bleu, l’idylle n’aura duré qu’un temps…

C’est lorsqu’il a décidé d’intégrer Twitter dans son travail en partant à la chasse aux intox que les choses ont commencé à mal tourner. Harcèlement après harcèlement, il en est alors devenu la victime, jusqu’à rendre la rupture inévitable. « Les trolls ont fini par avoir ma peau. » confesse-t-il. Un parcours qui permet de mettre en évidence toute la violence en action dans ce lieu où naissent désormais toutes les polémiques.

« L’intox coule à flots, partout, tout le temps. Vérifier une info prend mille fois le temps qu’il faut pour la partager, cent fois celui de s’indigner, et pourtant, un partage associé à un « si c’est vrai, c’est très grave » permet de véhiculer une émotion avec une amplitude que n’atteindra jamais le pensum rectificatif destiné à expliquer que non, ce n’est pas vrai. »

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Twitter, dictature de l’émotion

Pour qui a déjà fait l’expérience de ce réseau, ce n’est pas une surprise : Twitter est le plus grand terrain de jeu de l’intox, l’indignation et le harcèlement, au détriment de la réalité, de la complexité des faits, et de la réflexion. Et la visibilité y est la même pour tout le monde. Ce qui est d’autant plus inquiétant que son influence ne cesse de croître dans les médias, tous secteurs confondus. Et que c’est donc là que circule aussi le plus l’info, la vraie, si tant est qu’on arrive à la débusquer, noyée au beau milieu de tout le reste… RT si c’est triste.

L’auteur s’appuie sur des exemples concrets pour illustrer comment les faux-comptes sont utilisés pour donner l’illusion de mouvements massifs et encourager ainsi l’indignation généralisée ; comment les vidéos, images et propos sont souvent sortis de leur contexte pour susciter une émotion coûte que coûte ; ou encore comment le retweet est devenu un puissant outil de harcèlement. Pas si innocent qu’il en a l’air, le petit oiseau…

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Pour le meilleur et pour le pire

Il est intéressant de comprendre les mécanismes en œuvre sur un réseau social comme celui-là, et ses effets pervers desquels il est facile de se rendre complice sans même en avoir conscience. Il s’agit même d’une éducation nécessaire pour l’utiliser avec intelligence et discernement. Et cette visite guidée sans langue de bois, dans les coulisses de Twitter nous invite à devenir des utilisateurs conscients.

Car si y apparaissent de temps en temps des hashtags comme #MeToo ou #BlackLivesMatter qui permettent de donner l’impulsion à des mouvements de libération de la parole sur des thèmes sociétaux importants, ce même outil formidable d’avancée sociale lorsque l’on s’attaque à une cause peut aussi se révéler une arme de destruction massive lorsque l’adversaire est un individu. Ainsi de l’indignation individuelle au harcèlement collectif il n’y a qu’un pas, que Twitter franchit souvent allègrement…

« Sur un réseau social, la meute, la foule, n’a jamais conscience qu’elle en est une. Chacun pratique sa propre indignation individuelle, sans prendre en compte le caractère collectif qu’elle fini par revêtir. »

J’ai vu naître le monstre, de Samuel Laurent, est paru le 11 février 2021 aux Éditions Les Arènes.

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