Critique 12 hommes en colère : 12 voix, un seul verdict

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12 hommes en colère est un huis-clos psychologique dans lequel 12 jurés doivent décider de la vie ou de la mort d’une jeune homme inculpé de meurtre.

12 hommes en colère est une pièce qui a déjà largement eu le temps de faire ses preuves et a même été élue Meilleure pièce de théâtre des Globes de Cristal 2018. Mais mieux vaut tard que jamais, dit-on ! C’est donc à l’amorce des 30 dernières représentations de la 3ème saison que nous avons enfin découvert cette adaptation du célèbre film de Sydney Lumet, lui-même adapté de l’œuvre du dramaturge américain Reginald Rose. Et nous sommes heureux de ne pas être passés à côté de ce moment de théâtre aussi captivant qu’intelligent.

12 hommes en costumes cravates, aux âges, vies et parcours différents, sont réunis pour décider de l’avenir d’un jeune garçon de 16 ans, jugé pour avoir tué son père. Pour 11 d’entre eux, c’est l’évidence : le jeune homme est coupable et mérite la chaise électrique. Mais l’un des jurés n’est pas du même avis et compte bien défendre son point de vue. Or, tant qu’il n’y a pas unanimité, il n’y a pas de jugement. La soirée promet d’être longue…

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© Laurencine Lot

Onze contre un

Les personnalités émergent peu à peu au sein de ce huis-clos intense et captivant où 11 hommes vont d’abord tenter de convaincre celui d’entre eux qui a voté « non-coupable« . Seul contre tous, ce-dernier ne se laisse pas pour autant intimider par la pression de ceux pour qui la culpabilité est indiscutable et/ou qui prennent leur responsabilité à la légère. Et on comprend vite que parvenir à un consensus ne sera pas chose simple !

Pourtant, au fil des échanges rythmés dans lesquels s’invitent jugements de valeurs, provocations et intimidations, ils se mettent les uns les autres face à leurs contradictions. Et l’on devine alors que la situation va progressivement s’inverser jusqu’à un verdict final qui ne fait plus trop de doute. Ce qui n’est en aucun cas gênant puisque l’intrigue de cette pièce ne repose pas sur son dénouement mais sur le cheminement vers celui-ci. En effet, c’est la manière dont chacun des jurés progresse dans ses réflexions, son raisonnement, sa vision des choses, qui nous tient en haleine d’un bout à l’autre.

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© Laurencine Lot

Une mise en scène épurée et efficace

La mise en scène de Charles Tordjman est très sobre, le décor dépouillé et assez froid, mais ce ne sont pas là des défauts, au contraire. Voilà plutôt une manière habile de focaliser notre attention sur l’essentiel, tout en rendant palpable la sensation d’enfermement dans laquelle ces hommes se retrouvent, coupés du reste du monde et de leurs existences respectives tant qu’ils ne seront pas parvenus à cette fameuse unanimité.

Une atmosphère pesante accentuée par l’arrivée de l’orage, comme un écho à ce qui se déroule entre ces murs. D’ailleurs, seule une étroite fenêtre leur permet un regard sur l’extérieur. Car c’est bel et bien en eux qu’ils doivent individuellement puiser de quoi définir leur conviction. Et si le texte, très bien écrit, nous offre quelques répliques percutantes, c’est aussi dans les regards, les postures et les silences que tout se joue.

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© Laurencine Lot

Un casting brillant

Ce qui nous amène à l’une des forces évidentes de cette pièce : sa distribution. Tous les comédiens interprètent avec beaucoup de précision et d’intensité leurs personnages respectifs, et interagissent avec une fluidité parfaite. On pourrait citer chacun d’eux, même si certains nous ont un peu plus bluffés.

Xavier de Guillebon incarne avec une belle sobriété le rôle du juré votant « non coupable’ ; Charlie Nelson est troublant de naturel et parfois drôle dans son rôle de publicitaire m’as-tu-vu ; Roch Leibovici est simplement excellent dans le costume de cet homme enfermé dans ses préjugés ; Francis Lombrail campe avec solidité un père aigri et arrogant, aveuglé par sa colère, et brille dans une scène finale très puissante et esthétique.

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© Laurencine Lot

Une réflexion intemporelle

Bien que l’action se passe aux États-unis dans les années 50 – d’où la présence d’un jury exclusivement masculin – le propos a une résonance très contemporaine. Car, bien au-delà du cas qui nous est présenté, cette pièce offre une réflexion intéressante sur le fonctionnement de notre justice ; sur ce rôle de juré qui remet une décision si importante entre les mains d’hommes que l’intolérance et la colère peuvent parfois aveugler. Et de manière plus large sur la subjectivité de nos jugements.

En effet, on réalise à quel point les valeurs, les préjugés, les sensibilités, ou encore les histoires personnelles de chacun sont envahissants et viennent sans cesse faire vaciller leur subjectivité. C’est de la vie d’un homme dont il est question, mais c’est finalement d’eux dont ils parlent sans cesse, entre les lignes. Et il est intéressant d’observer comment, dès lors que l’attention se recentre sur les faits, les certitudes s’effritent, s’effondrent.

12 hommes en colère, de Reginald Rose – adaptation française Francis Lombrail, mise en scène par Charles Tordjman, avec en alternance Philippe Blancher, Jeoffrey Bourdenet, Antoine Courtray, Philippe Crubezy, Olivier Cruveiller, Adel Djemaï, Christian Drillaud, Claude Guedj, Xavier de Guillebon, Yves Lambrecht, Roch Leibovici, Pierre-Alain Leleu, Francis Lombrail, Charlie Nelson, François Raüch de Roberty, Alain Rimoux, Pascal Ternisien, se joue du mercredi au samedi à 19h, le dimanche à 17h30, au Théâtre Hébertot.

Critique 12 hommes en colère

Avis

9.0 Intelligent et captivant
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