Avignon 2019 – Tant qu’il y aura des coquelicots : un enchantement par les mots

Tant qu’il y aura des coquelicots est une plongée dans l’enfance qui interroge avec tendresse notre relation aux livres et à la lecture.

Les premiers instants de la pièce nous prennent par surprise. Ils nous déroutent dans un premier temps, puis on comprend qu’ils illustrent déjà à merveille le propos : la passion de lire. Tant qu’il y aura des coquelicots nous parle de la transmission du goût de la lecture, de tout ce que la mélodie des mots peut venir réchauffer dans une existence. C’est un bonbon qui fond sous la langue et vous laisse un goût sucré d’enfance au coin des lèvres.

Un voyage intime

Cette pièce n’a pas volé ses trois victoires aux P’tits Molières 2018. Et si nous l’avions ratée à Avignon l’an passé, c’est parce que, comme le dit très bien son auteur, elle n’est pas facile à vendre. Heureusement, nous avons fini par avoir la curiosité d’aller voir ce qui s’y cache. Et c’est un bien joli moment que nous avons vécu en compagnie de ces deux comédiens (trois presque, tant la grand-même dont il est question semble présente). Le texte est fin, poétique, délicat. Il nous offre un voyage intemporel et enthousiasmant à travers les mots, l’inspiration, l’imagination, la beauté de la langue. En s’appuyant sur des moments de vie, mais aussi sur des œuvres comme La petite fille de Mr Linh, des textes de Barbara, de Marcel Pagnol et d’autres auteurs, il déroule les souvenirs d’une vie d’enfant.

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© Compagnie Hé ! Psst !

Deux comédiens épatants

Dès lors que la scène s’allume sur un décor chaleureux et étrangement familier, un sourire un peu béat se dessine sur nos lèvres et ne nous quitte plus un seul instant. Sans doute le reflet de celui de Cliff Paillet, dont la qualité et la générosité du jeu captivent instantanément. Joue-t-il vraiment d’ailleurs ? On jurerait que non tant les gestes, les regards, les intonations de voix, le rythme des mots sonnent incroyablement juste. Le rôle de Lyne Lebreton, lui, grandit doucement à mesure que le spectacle progresse, et elle se révèle éblouissante à son tour. Ils sont l’enfant que nous étions, avec ses doutes, ses interrogations, ses envies ; et l’institutrice que nous aurions rêvé d’avoir, plus passionnée que scolaire et bien décidée à transmettre son amour de la lecture.

Une pièce dont on ressort heureux

On est ému, attendrit, on rit, on flirte un peu aussi avec la nostalgie. C’est tendre, débordant de sincérité, douillet comme un large fauteuil aux accoudoirs épais dans lequel le corps s’enfonce. Faut-il avoir le goût des mots pour aller voir ce spectacle ? Oui… et non. Oui car c’est un régal pour celles et ceux qu’un livre peut chavirer, qu’une jolie formule ou quelques rimes peuvent étreindre aussi fort que des bras familiers. Non car ce spectacle est peut-être l’occasion la plus belle d’y goûter, aux mots. D’en découvrir les multiples saveurs, les innombrables destinations offertes, les subtilités. Les derniers instants du spectacle sont aussi soignés que les tout premiers. lls viennent ainsi refermer avec beaucoup de délicatesse et de sens cette parenthèse poétique dans laquelle nous serions bien restés blottis encore un peu…

Tant qu’il y aura des coquelicots, écrit et mis en scène par Cliff Paillé, avec Lyne Lebreton et Cliff Paillé, se joue au Théâtre Transversal, à Avignon du 05 au 28 juillet à 17h10. Relâche les 09, 16 et 23 juillet.

Retrouvez tous nos articles consacrés au Festival Off d’Avignon ici.

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Mélina Hoffmann

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