Palm Springs : le Un jour sans fin post #MeToo ?

Presque 28 ans après la sortie d’Un jour sans fin, Palm Springs se présenterait-il comme un successeur plus moderne ? C’est la question que nous posons dans cet article.

Attention cet article contient quelques spoilers sur Palm Springs et sur Un jour sans fin.

Souvenons-nous, dans Un jour sans fin (Groundhog Day en VO), le présentateur Phil Connors est coincé dans la ville au nom imprononçable, Punxsutawney, où est célébré le jour de la marmotte. Réveillé à 6 heures tous les matins, il doit revivre inlassablement cette journée qu’il déteste. C’est au cours de ce périple temporel qu’il tombe amoureux de sa collègue Rita et cherche par tous les moyens à la séduire.

Dans Palm Springs, c’est Nyles (Andy Samberg) qui est propulsé dans une boucle temporelle quotidienne et qui va entrainer une de ses conquêtes, Sarah, dans sa mésaventure.

« Un jour sans fin est un film d’horreur pour le mouvement #MeToo »

Dans un article très intéressant, Tessa Rapaczynski analyse Un jour sans fin comme un « film d’horreur pour le mouvement #MeToo ». Même si j’adore ce film, il faut se rendre à l’évidence : Phil est un personnage sexiste, manipulateur et harceleur.

Palm Springs : le Un jour sans fin post #MeToo ?
©Columbia Pictures

Le personnage masculin principal de Palm Springs serait-il si différent de Phil ? Pour David Barr Kirtley, animateur du podcast Geek’s Guide to the Galaxy, la réponse est oui, puisque Sarah se retrouve elle aussi bloquée dans la boucle temporelle et possède donc la capacité d’agir que Rita n’a pas :

« [Andy Samberg] est piégé dans cette boucle temporelle depuis très longtemps et il conduit par inadvertance Cristin Milioti dans cette grotte rougeoyante dans les collines où elle est également maintenant piégée dans la boucle temporelle. Il y a donc deux personnages qui se souviennent tous deux de tous leurs voyages précédents au cours de cette journée. [Un des problèmes majeurs] avec Un jour sans fin, qui me vient plus à l’esprit aujourd’hui en le regardant, c’est que j’ai l’impression qu’il y a quelque chose d’un peu dérangeant de regarder une comédie romantique où la femme n’a vraiment aucune idée de ce qu’il se passe et est manipulée pendant 85% du film. Je pense donc que Palm Springs est un affinement de la formule de base […] vous savez, le fait qu’aucun des deux ne soit impuissant et manipulé »

Effectivement, le personnage féminin est actrice la majorité du temps de son destin et n’est visiblement pas autant manipulé par Nyles qu’avait pu l’être Rita par Phil. Malheureusement, tout est dans le « visiblement », car si la phase de manipulation et de harcèlement n’est pas tellement visible à l’écran, elle existe bel et bien.

Après avoir menti à Sarah, Nyles avoue qu’ils ont couché des « milliers » de fois ensemble. Tout comme Phil, il avait préparé l’approche parfaite dans le seul but de la mettre dans son lit. La soirée de séduction est donc minutieusement orchestrée : un discours personnalisé, une danse rigolote et une devinette sur son parfum. Si l’élaboration de la soirée idéale n’est pas montrée à l’écran dans Palm Spring, on se doute que le personnage d’Andy Samberg a dû revenir un certain nombre de fois à la charge pour trouver le scénario parfait qui fera craquer Sarah. Mais là où le présentateur météo d’Un jour sans fin échoue et se retrouve giflé, Nyles parvient à ses fins. C’est d’ailleurs à l’issue d’une de ces soirées que la protagoniste principale se retrouve, elle aussi, coincée dans la même boucle temporelle.

Que ce soit dans Palm Springs ou dans Un jour sans fin, les femmes sont donc manipulées à leur insu. Si le film de 1993 peut encore utiliser l’excuse facile du « ce n’était pas la même époque/les temps ont changé », la nouvelle comédie d’Hulu ne peut recourir à ce genre de tentative de justification.

Palm Springs : le Un jour sans fin post #MeToo ?
©Christopher Willard/Hulu

Certes, le personnage principal masculin de Palm Springs n’est pas sexiste comparé à celui d’Un jour sans fin, mais dans ce dernier, c’est pour l’ensemble de son attitude odieuse, égocentrique et sexiste que Phil se retrouve pris au piège dans la boucle temporelle. Ce n’est qu’après avoir sincèrement changé qu’il finit par en être libéré. Le film de 1993 ne laisse donc pas les actes du présentateur météo impuni mais, au contraire, lui propose une expérience qui le fera changer en apprenant de ses erreurs.

Surtout, les deux longs-métrages poussent le spectateur à s’interroger sur notre propre comportement : qu’aurions-nous fait si nous avions eu à revivre la même journée encore et encore pendant des mois, voire des années ? C’est avec tous ces éléments en tête que chacun.e se fera sa propre opinion du comportement des personnages principaux.

Une fin pas dans l’air du changement pour Palm Springs

En 2017, le hashtag MeToo redonnait une meilleure visibilité à la lutte pour l’égalité entre les femmes et les hommes. Après l’affaire Weinstein, de nombreuses femmes ont pris la parole pour dénoncer toutes les formes de violences qu’elles avaient pu subir de la part des hommes (notamment physiques, sexuelles, verbales, psychologiques). Pour l’anthropologue, ethnologue et féministe française, François Héritier, ce mouvement était l’occasion de « repenser la question du rapport entre les sexes » et de « s’attaquer à ce statut de domination masculine » pour « anéantir l’idée d’un désir masculin irrépressible ». En d’autres termes, l’occasion de déconstruire la représentation stéréotypée des sexes et d’en finir avec la masculinité toxique, c’est-à-dire l’idée qu’un homme par nature est viril, dominant et doit restreindre ses émotions.

Pour autant, de mon point de vue, reconnaitre la masculinité toxique d’un homme ne doit pas servir à excuser son comportement, mais plutôt à lui donner l’opportunité de changer en assumant les conséquences de ses actes. Car avant tout, #MeToo aura initié une prise de conscience et confronté les hommes à la responsabilité de leurs actions.

Palm Springs : le Un jour sans fin post #MeToo ?
©Christopher Willard/Hulu

Ainsi, une intrigue secondaire de Palm Springs qui aurait pu être anecdotique avant le mouvement #MeToo dérange en 2021. Dans le film d’Hulu, la journée qui se répète est celle du mariage de la sœur de Sarah. Problème : Sarah a couché la veille avec le futur marié, Abe. Lorsqu’elle finit par le confronter et lui dire qu’ils sont tous les deux de mauvaises personnes, Abe se met à pleurer (de manière peu crédible) et se traite lui-même d’enfoiré.

C’est au cours de cette scène que le futur marié se débarrasse de sa masculinité toxique et s’autorise à pleurer en reconnaissant son erreur. Si à deux reprises dans la boucle temporelle, il subit les conséquences de sa tromperie et se fait quitter par sa fiancée, à la fin – dans la réalité – il finit par épouser la sœur de Sarah qui n’apprendra pas que son mari lui a été infidèle la veille. Le message est donc assez clair : tant que vous devenez un homme bien, nul besoin d’assumer vos actes passés. Voilà une conclusion qui va à l’encontre du combat mené par le mouvement #MeToo, qui vise à confronter les hommes aux conséquences de leurs actes.

Si à première vue, Palm Springs se présentait comme Un jour sans fin plus moderne – mettant en scène un protagoniste principal plus respectueux des femmes que Phil – il semblerait que le long-métrage d’Hulu ne soit finalement pas une version affinée du film de 1993.

Palm Springs débarque sur Amazon Prime Video le 12 février.

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About Author

Marie

Ne sachant pas faire le café, son rêve de devenir un jour l’assistante personnelle de Jessica Chastain s’est envolé. Depuis cette terrible désillusion, elle cantonne le cinéma au pur divertissement et réserve ses critiques aux films Netflix et séries en tout genre (ou presque).

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