Godzilla Minus Zero, suite de l’acclamé Minus One débarque sur nos écrans pour tout ravager. Un doublet gagnant pour la Toho ? Meh.
Cette suite retrouve les personnages de l’opus précédent – Koichi, Noriko, Kenji – qui seront de nouveau confrontés à la grosse bête écaillée. A une petite subtilité près : la menace est peut-être multiple… L’enjeu était de taille – sans mauvais jeu de mot – pour le réalisateur Takashi Yamazaki de remettre le couvert après son multi primé Minus One et force est de constater que ce Godzilla Minus Zero souffre de la comparaison.

Le 1er opus (enfin 34ème, mais vous avez compris) était d’une maitrise millimétrée et abordait sa grosse bébête comme une véritable incarnation du traumatisme de la Seconde Guerre mondiale, dans l’entièreté des symboles qu’il déployait. La vision et le cap étaient clairs. Godzilla Minus Zero souffre malheureusement d’un manque d’inspiration, comme si le réalisateur s’était laissé dépasser par son succès et avait mis en branle à la hâte cette suite.
L’effet d’avoir devant les yeux une première version de scénario, rempli de bonnes idées mais mal ajustées et équilibrées, nous saute au visage. Les nouveaux personnages sont introduits grossièrement, certain étant des redites de l’épisode précédent. Et les redites sont pléthores puisque Yamazaki calque exactement le même schéma narratif : apparition du monstre > contre offensive qui échoue > destruction massive d’une ville > mise en place d’un double plan scientifique > choix sacrificiel~abandon des persos > échec plan A / plan B qui déraille avant de réussir > plot twist échappatoire du perso principal justifié par un flashback.
Un Godzilla boursouflé
Une formule bien moins réussie car, au-delà de la redite, elle est bien plus déséquilibrée. Là où nous avons une première partie de film très spectaculaire, nous enchainons sur un long tunnel de blablas avant d’enfin reboucler avec le spectaculaire. Et à la différence de Minus One qui réussissait avec brio à recentrer les enjeux sur l’intime du protagoniste et son traumatisme, ici chaque personnage secondaire vient mettre son petit grain de sel de culpabilité ou d’envie de vengeance avant d’être balayé en une scène car il faut avancer quand même.
Aucun parcours de personnage ne semble véritablement abouti. Démarrant au moment même où il se résout et où chacun brouille le développement de l’autre. Un récit aussi boursouflé que son monstre qui avorte même ses semblants de nouvelles bonnes idées – l’occupation américaine, leur plan et les ressentiments à leur encontre – pour vite recoller à leur formule du premier opus et pas trop se mettre le marché américain à dos.

Ceci étant dit, le film charrie des images qui justifient à elles seules la légitimité de cette suite. La séquence à New York est une déflagration cinématographique jamais vue qui ose montrer ce que personne n’a osé montrer. Cette courte séquence, que l’on aurait aimé être l’enjeux du film sur ses 2h00, à le mérite de remettre, dans l’imagerie et l’imaginaire, les États-Unis à leur place. Il y a fort à parier que cette « simple » séquence enflammera les foules.
Et ce passage brillantissime est le plus révélateur de ce que le réalisateur réussit le mieux, c’est à dire mettre en scène son monstre. Chaque apparition de celui-ci irradie l’écran et la salle par sa mise en scène et son filmage. Le caractère destructeur de la bête est bien au delà du simple spectacle pyrotechnique de son homologue américain : c’est une catastrophe viscérale, tangible et violente.
Toujours aussi spectaculaire
Ainsi, avec un budget similaire à Qu’est-ce qu’on a fait au bon dieu 3 ?, le réalisateur offre un blockbuster spectaculaire dont on ne sait comment il réussit ses effets et qui assume l’ampleur dramatique de son monstre et ses conséquences. Par ailleurs, il sème des petites graines titillant du côté du body horror qui sont enthousiasmantes mais qui va surement trouver ses réponses dans une suite.
Godzilla Minus Zero est donc un blockbuster à l’ambition folle une nouvelle fois, avec une mise en scène impeccable et qui charrie une imagerie jamais vue mais qui malheureusement se laisse dépasser par son ambition narrative à vouloir raconter trop de chose et l’envie d’absolument calqué sa suite sur son premier succès. Un métrage tout à fait intéressant et plaisant mais une suite qui se prend un peu les grosses patounes dans le tapis de la franchisation.
Godzilla Minus Zero est actuellement au cinéma.
Avis
Un métrage tout à fait intéressant, plaisant et spectaculaire mais une suite qui se prend un peu les grosses patounes dans le tapis de la franchisation.
