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Accueil - Critique Dans cent ans : le bon tempo
Critique Dans cent ans
© Pan European Recording, Juliette Gelli, Flavien Berger
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Critique Dans cent ans : le bon tempo

Kantain Kantain29 mars 2023Aucun commentaireIl vous reste 4 minutes à lireUpdated:10 février 2026
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Dans cent ans vient clore avec brio la trilogie entamée en 2015 par Flavien Berger, qui signe au passage son meilleur album.

Dans cent ans est donc la dernière pierre d’un drôle d’édifice dont la construction a débuté en 2015, avec Leviathan. Flavien Berger y évoquait alors, pêle-mêle, dans un fascinant objet, de véritables prouesses de symphonies électroniques (Bleu sous marin) et de morceaux intimes (Rue de la victoire, l’un de ses meilleurs titres) en forme de thérapies amoureuses (Gravité). Beaucoup (l’auteur de ces lignes y compris) y ont ainsi vu l’avènement d’un véritable artiste, dont la folie créatrice totalement à part laissait augurer du meilleur pour une suite qui s’est avérée plus qu’à la hauteur des attentes. Parce qu’après deux années de gestation, Contre-temps ajoutait à sa manière une autre pierre à un édifice toujours plus étrange, bordélique mais néanmoins perpétuellement fascinant.

Critique Dans cent ans
© Pan European Recording, Juliette Gelli, Flavien Berger, Capture d’écran YouTube

Et puis, Dans cent ans a donc la lourde tâche de relier tout cela à la fois, dans un même geste de création totale, oscillant entre la grâce (Dans cent ans, Étude sur voix mmxxii) et l’incompréhension (莊子, les paroles de Pied-de-biche). Pourtant, à n’en point s’y tromper, Flavien Berger accouche ici de son œuvre la plus accomplie, de son album le plus accessible et surtout, le plus réussi. Parce que s’il était parfois compliqué de véritablement trouver son compte entre véritables merveilles et tentatives plus complexes à saisir, Dans cent ans s’avère être d’une cohérence folle, tant musicalement que thématiquement. Exercice ô combien périlleux que de vous causer de ce drôle d’objet, dont l’analyse personnelle renforce évidement le terme de subjectivité propre à la discipline.

Nostalgie du futur

Dans cent ans, on trouve les motifs inhérents à la discographie de Flavien Berger, ici comme revisités, et surtout plus aboutis. Si l’ambiance intime d’un enregistrement en totale autarcie reste perpétuelle de l’identité sonore des précédents albums, les deux thèmes chers au compositeur, que sont l’amour et le temps, s’épousent ici dans une sorte de symbiose presque parfaite. Les nouvelles thérapies amoureuses que sont Les yeux le reste et D’ici là semblent ainsi presque dépouillées et aériennes, brillamment incarnées dans la conclusion qu’est Nouveau nous, l’un des plus beaux titres de l’album et de l’artiste. Même la réponse aux torturés et psychés plages électroniques que furent 88888888 et 999999999 atteignent une forme d’apaisement avec 666666, dont l’allure torturée et le Double Diable répété jusqu’à la totale confusion, s’efface vers la ritournelle étrange qu’est Pied-de-biche.

Tout cela se voit brillamment incarné dans le véritable cœur et titre éponyme de l’album, Dans cent ans, dont les près de 16 minutes résument à elles-seules tout ce que ce troisième album synthétise. D’un brouhaha mental et créatif, Flavien Berger mène ainsi son alliage entre trips électroniques et chanson française vers les airs majestueux d’un orchestre de chambre, traduisant ainsi toutes les images de l’univers pictural de ce troisième album, vers une rêverie aussi inquiète que bouleversante de cette drôle de nostalgie d’un futur où des fusées s’envolent par centaines vers l’inconnu. Évoquant volontiers un talisman pour décrire Dans cent ans, on semble plutôt y entrevoir le véritable cœur d’un artiste qui semble ici enfin se délivrer et donner les clés d’une œuvre aussi riche que parfois inaccessible et surtout volontiers déroutante.

Apaisement aérien

« À la fois beau et superflu » (Berzingue), c’est le titre suivant, Jericho, qui semble ainsi sonner comme l’un des morceaux les plus intimes de l’artiste, qui entre utopies et regard dans le rétroviseur, semble ainsi pleinement déployer et délivrer cette nostalgie enfantine propre à son œuvre, à ces rêves où l’artiste aimerait rester et habiter, semblant ainsi confirmer les rêveries comme l’inspiration principale de toutes ses compositions. Exit la fête foraine transfigurée en une Fête Noire faussement torturée (extraite du premier opus, Leviathan), les soleils (Soleilles) sont ici au pluriel et proposent ainsi d’aller voir au-delà des épaves, du noir des avalanches, et d’aimer sur fond de desseins de lumières.

Critique Dans cent ans
© Pan European Recording, Juliette Gelli, Flavien Berger

Délaissant diables et désordres, Dans cent ans est ainsi l’album du cœur et des chœurs qui semblent à chaque titre sonner une harmonie aussi salutaire qu’hypnotisante. Et surtout pour Flavien Berger, de prouver qu’entre les compositions pour le dernier album de Pomme, consolation, et pour le film de Céline Devaux, Tout le monde aime Jeanne, que son univers si particulier peut enfin trouver à la fois l’apaisement et s’adresser au plus grand nombre. Une véritable ouverture vers l’avenir, l’intime sans jamais trahir son univers si précieux et si particulier, Dans cent ans est à peu près tout ça, sans avoir besoin d’un siècle pour y trouver tout ce qui se fait de meilleur dans notre paysage musical bien contemporain.

Dans cent ans est sorti le 17 mars 2023.

Avis

7.5 Le bon tempo

Avec Dans cent ans, Flavien Berger signe à la fois son album le plus réussi, le plus accompli et aussi le plus accessible. Comme apaisé et moins tiraillé entre folies créatives parfois déroutantes et réels éclairs de génies, le troisième album de l'artiste vient ainsi conclure une trilogie de la plus intime des façons, semblant enfin délivrer son cœur au détour de chœurs offrant à la fois une harmonie poétique et fascinante et une cohérence presque parfaite.

  • Moyenne des lecteurs (2 Votes) 6.7
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