Critique Fast & Furious 9 : point d’embrayage dans le turbo-débile

Fast & Furious 9 débarque enfin en salles, après un report de plus d’un an. La franchise portée par Vin « Baboulinet » Diesel est toujours là 20 ans plus tard, et décide d’aller encore plus loin dans la surenchère. Déjà promis à devenir un des plus gros succès de l’année, ce 9e opus voit le retour de Justin Lin derrière la caméra : une grosse tranche de rire, quitte à profondément agresser notre suspension d’incrédulité.

Le 7e Art compte beaucoup de sagas célèbres : Alien, Star Wars, Star Trek, James Bond, Terminator, Die Hard… Mais ce que l’Histoire nous aura prouvé, c’est qu’il faut savoir se renouveler pour perdurer dans le temps. Un credo que la franchise Fast & Furious aura voulu appliquer avec beaucoup d’entrain : de remake de Point Break dans l’univers des courses de rue, la « Fast Saga » se targue aujourd’hui de proposer du gros blockbuster d’action-espionnage-super-héroïque à 200 patates. Un passage de vitesse versant dans le What the Fuck à partir du 6e opus, allant toujours plus crescendo vers l’improbable.

Souvenez-vous , après Fast & Furious 8, la Fast Family avait mis une tannée à Cipher (Charlize Theron), vaincu un sous-marin sur la banquise, et de nouveau réussi leur barbecue annuel. Dans ce 9e opus, la Corona ne reste malheureusement pas fraîche longtemps : Dom et Letty vivent dans leur ferme avec le petit Brian, jusqu’à ce que toute la team doive se reformer pour reprendre un dispositif de hacking fraîchement dérobé. Par qui mes aïeux ? Ni plus ni moins que Jakob Toretto, le petit frère de Baboulinet disparu il y a 30 ans. L’occasion de reprendre du service pour une mission à travers le globe, passant par le Japon, la Géorgie, l’Écosse ou encore l’Amérique Centrale.

Critique Fast & Furious 9 : point d'embrayage dans le turbo-débile
© Universal

Que l’on soit d’accord : Fast & Furious n’a jamais brillé par son écriture. Néanmoins, Chris Morgan avait su conserver une certaine cohérence jusqu’ici, malgré l’objectif de toujours vouloir repousser les potards à chaque métrage. Si nous avions pu nous délecter de scènes d’action impliquant des tanks, avions, bagnoles télé-commandées ou parachutées, Fast & Furious 9 s’affranchit encore plus des lois de la physique et de la logique. Excursion dans l’espace en voiture-navette (oui oui), personnages rattrapés en pleine chute par des carrosseries, protagonistes qui traversent des murs sans égratignure, véhicule se balançant avec une corde… Dorénavant, les poursuites dans les favelas, la passion tuning ou les fight bourrines entre yakayos semblent bien lointaines !

La bonne idée du scénariste Daniel Casey (Kin) cependant est de jouer avec humour sur le fait que les protagonistes sortent indemnes de situations improbables. Une sorte de second degré bien conscient de ce que la franchise est devenue aux yeux du public au fil du temps, mais qui produit pour le coup un effet plouf lorsque F9 décide justement d’aller encore plus loin. La cerise sur le gâteau reste cependant le traitement des personnages : tous invincibles (en particulier notre Vin Diesel en marcel bardé de doublures cascades ou numériques) ou experts en close-combat (même une Jordana Brewster revenue pour le fan service), aucun notion de danger ou d’adrénaline ne parvient à s’extraire des diverses situations.

Abel & Caïn ou concours de b**** ?

Après le duel Vin Diesel vs The Rock dans le 5, contre le déjà oublié Luke Evans dans le 6 ou Statham dans le 7,la grosse feature de Fast & Furious 9 est l’affrontement avec John « tintintintiiiin » Cena. Entre Bumblebee et The Suicide Squad, l’ex-catcheur a le vent en poupe, et il faut le dire, arrive à apporter une certaine dose de charisme à son personnage. Amis de la subtilité passez votre chemin évidemment, leur mano-à-mano dure à peine 2 minutes, et le gros de la rivalité Dom-Jakob se fait à base de regard bovins, de fronçage de sourcils et de gonflements de pecs.

C’est dommage, car le film démarre de bien belle manière, avec un flashback en 1989. Mise en scène carrée de la part de Justin Lin (Fast & Furious 3, 4, 5 et 6) et ancrage dramatique certain, l’histoire des 2 frangins nous est contée tout au long du métrage via flash-backs. Efficaces, et nous proposant même de la course de rue à l’ancienne, cette petite histoire dans la grande arrive à amener un peu de substance et de gravitas (la version jeune de Dom se révèle d’ailleurs plus convaincante dans ce registre). De quoi faire passer la pilule en fin de compte !

Critique Fast & Furious 9 : point d'embrayage dans le turbo-débile
© Universal

Autre point notable de ce 9e opus : le retour de Han ! Initialement mort dans le 3 (donc après le 6… faut suivre !), le voilà fraîchement revenu d’outre-tombe. Autant le dire tout de suite, cette résurrection complètement expédiée et traitée par dessus la jambe n’apporte strictement rien, si ce n’est un ventre mou à l’intrigue et une scène post-générique pour la suite. De quoi installer des pions (Cardi B reviendra pour un plus gros rôle dans le prochain selon Vin Diesel) avant le diptyque final de la série donc.

Too Fast No Furious

Malgré tout ce festival de roue libre, il réside dans Fast & Furious 9 un certain plaisir coupable, régulièrement rythmé par le ton délibérément YOLO du métrage, la bonne humeur qui s’en dégage, le sourire que provoque la vision d’un Baboulinet totalement invincible, ou la réalisation carrée de Justin Lin. Malgré le festival de CGI, le film propose à chaque scène d’action certaines idées (pas toujours bien exploitées ceci-dit), comme l’utilisation de super-aimants en pleine course-poursuite. Là encore la logique et le science restent au placard, mais le ludique reste le maître-mot (les grosses scène d’action d’ouverture et de fin demeurent de bons moments de pyrotechnie et de taule froissée). Enfin on notera quelques passages de bonne facture du côté des bad guys (quelle dommage que Charlize Theron soit si sous-exploitée).

Fast & Furious 9 a sans aucun doute tous les ingrédients auxquels la saga nous avait habitué : de l’action XXL, le sens de la famille martelé toutes les 10 minutes, des cascades à tire-larigots et une bonne dose d’improbable. Néanmoins le dosage de tous ses éléments manque clairement de tenue,au service d’un récit bien trop long qui s’éparpille. Pas un terrible moment, mais difficile d’en ressortir conquis tant la formule auto-consciente semble arriver en bout de course. La solution serait donc de se recentrer et revenir aux fondamentaux : pour Fast & Furious 10 et 11 ? On l’espère en tout cas.

Fast & Furious 9 sortira en salle le 14 juillet 2021

Avis

3.5 turo-débile
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Cinéphage, sériephile, médic...un touche-à-tout qui reste un grand rêveur !

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