Critique The Hunt : quand les gauchos libéraux jouent les yakayos !

The Hunt aura su faire parler de lui l’an dernier. Nouvelle production Blumhouse (Get Out, Invisible Man) pour Universal, ce long-métrage s’attaque de front aux affrontements idéologiques entre la droite et la gauche. Et si cette promesse osée dans un film de genre n’est pas nécessairement à la hauteur de sa réputation, le film a de quoi quand même nous enthousiasmer.

On connait la recette maintenant chez Blumhouse : de American Nightmare à Happy Birth Dead en passant par le dernier Halloween, on prend un high-concept, un budget rikiki de quelques millions de dollars et carte blanche au réalisateur. Parfois ça casse, d’autres fois c’est une réussite.

Pour revenir à nos moutons, The Hunt part d’un pitch plutôt accrocheur : que se passerait-il si un groupe de libéraux bien riches organisait une partie de chasse contre des conservateurs un peu rednecks ? Des promesses joyeusement sanglantes à savoir qui a la plus grosse, le tout sous un scénario de Damon Lindelof (Watchmen, The Leftovers) et Nick Cuse, les papas de Lost !

De ce canevas à l’évocation politique pertinente (et polémique, donc osée), le film emprunte à pas mal de râteliers (que ce soient Hunger Games, The Purge et Battle Royale) pour être également un thriller avec des saillies comiques comme Get Out. Pas de doute, chez Jason Blum on a compris qu’on change pas les équipes qui gagnent.

Critique The Hunt : quand les libéraux jouent aux yakayos
©Blumhouse ©Universal

The Hunt commence de manière vraiment prenante. C’est simple, Craig Zobel n’est peut-être pas le meilleur réalisateur qui soit, mais malgré un manque de sophistication, arrive à emballer le film de bonne manière. Pas le temps de s’ennuyer, la gelée de viande éclabousse déjà l’écran pour notre plus grand plaisir. Chaque scène coup de poing ne lésine jamais sur la violence, le suspense et la tension fonctionne, le montage est bon, et pendant 20 bonnes minutes on ne sait pas le pourquoi du comment, ni qui sont les personnages principaux (impression accentuée en utilisant des acteurs comme Emma Roberts ou bien Justin Hartley)

Une sensation de mystère qui sied vraiment, au même moment où on se rend compte que The Hunt est avant tout un petit délire assumé n’hésitant pas à jouer de l’absurde. Après avoir vu des personnages typiques de film d’épouvante se faire gentiment dégommer, le film nous introduit Crystal May. Sorte de Rambo au féminin ultra badass, Betty Gilpin incarne avec charisme et puissance le protagoniste principale (et se révèle même être le personnage le plus drôle et fun malgré ses allures monolithiques). L’actrice de Glow est donc LE gros point fort, et dans un film du genre cela fait plaisir de voir une demoiselle non en détresse, qui sait réfléchir et prendre les bonnes décisions, tout en balançant de la bonne punchline.

De la politique balayée à coup de poings dans la margoulette

Oui, The Hunt a parfois des allures de gros bis, ce qui permet surtout de ne pas être pompeux ni prétentieux dans la manière d’aborder cette lutte d’opinion politique. Jamais didactique ou attaquant un camp plus qu’un autre, le film prend ce canevas de base comme concept de chasse à l’homme. Une métaphore où la vision et les dires de l’autre sont déformés et accentués, amenant à une lutte puérile, chose parfaitement illustrée dans la révélation du pourquoi de toute cette histoire (délicieusement débile).

Malheureusement on pourra quand même regretter un renoncement à toute tension dès qu’on connaitra les tenants de cette chasse à l’homme, se transformant en revenge movie plus classique, avant une confrontation finale apportant finalement la morale de l’histoire. Une morale légèrement nihiliste selon certains, où les 2 camps en prendront pour leur grade, mais qui finalement vise principalement une populace se déclarant juge et imposant des cases à chacun .

Critique The Hunt : quand les libéraux jouent aux yakayos
©Blumhouse ©Universal

Un affrontement idéologique entre bleus et rouges, ayant des personnes prises dans les tirs au milieu (Crystal étant le seul personnage ne prenant aucun parti pour assoir son identité). Et c’est dans ce sens que le film se révèle réussi dans son final, à défaut d’apporter grand chose d’autre.

Si le fond est intéressant (avec notamment des allusions à la fable du Lièvre et de la Tortue bien trouvées, et un parallèle avec la Ferme des Animaux plutôt cocasse), The Hunt méritait de prendre encore plus son sujet à bras le corps plutôt qu’avec des pincettes pour être vraiment mémorable. Défonçant l’extrême gauche et l’extrême droite, le scénario préfère le doigt d’honneur et le coup de fusil dans les roubignoles à une querelle idéologique. Un parti-pris moins fort que si on avait eu une opposition de factions tout du long, mais qui a un côté réjouissant dans sa finalité.

Pas le temps de niaiser

Les personnages secondaires restent finalement des archétypes succincts qu’on oublie facilement, excepté celui d‘Hilary Swank, parfaite en distributrice de phalanges dans les gencives. Si cette chasse se révèle néanmoins plaisante (le film dure 1h25 et n’a pas de bout de gras), un vrai survival et un vrai revenge movie d’un cran au-dessus aurait été également bienvenu.

Reste finalement une pioche satirique sympathique. The Hunt est un film petit budget intéressant et plutôt fun dans son côté gonzo over-the-top, grâce à une Betty Gilpin absolument impeccable et un humour noir inspiré, à défaut d’être complètement satisfaisante comme ses inspirations et intentions. Un bon défouloir quand même, sans temps mort et maniant bien son intrigue à twists.

The Hunt devait initialement sortir en salle le 22 avril 2020. Le film n’a pas de nouvelle date de sortie pour le moment, malgré une sortie VOD outre-Atlantique.

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Charley

Cinéphage, sériephile, nerd, gamer, médic...un touche-à-tout qui reste un grand rêveur !

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