Avignon 2019 – 225 000 (Femmes Kleenex) : les coulisses de la violence ordinaire

225 000 (Femmes Kleenex) se base sur des témoignages réels pour dénoncer avec poésie, cruauté et humour, les violences faites aux femmes.

225 000 (Femmes Kleenex), c’est le nombre de femmes ayant déclaré avoir été victimes de violences physiques ou sexuelles de la part de leur conjoint ou ex-conjoint, sur la seule année 2017. Après La « putain » du dessus, un seul en scène découvert il y a quelques jours sur la même thématique, cette pièce choc met en scène de nombreux personnages, bourreaux ou victimes, de cette violence trop ordinaire.

Sensibiliser par l’humour

Une femme meurt tous les deux jours sous les coups de son conjoint. Sur scène, assise sur une balançoire tombant du ciel, une comédienne apparaît tel un ange. Elle incarne l’une de ces femmes aux destins tragiques. Elle intervient régulièrement au cours du spectacle, comme une manière de rappeler que la mort peut être l’issue de chacune des scènes de violence qui se déroulent sous nos yeux. De la même manière – tout en précisant que le silence de nombreuses femmes rend l’établissement de statistiques délicat – une voix off distille des chiffres qui font froid dans le dos. Cela nous permet de ne jamais perdre le lien avec le réel, malgré le ton humoristique parfois utilisé pour dénoncer tout en gardant une certaine « légèreté ». Car le propos est dur, sérieux. Mais l’humour, s’il nous a un peu surpris au début, permet d’insister sur l’absurdité de certains comportements.

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Une mise en relief des ressorts de l’emprise

Quatre comédiens interprètent de nombreux personnages dans une succession de saynètes illustrant la manière dont s’instaure ce rapport de force. Le jeu manque un peu de finesse et frôle par moments la caricature, ce qui nous a gêné au début. Heureusement, le propos prend rapidement le dessus. La mise en scène permet de mieux visualiser comment la violence s’installe dans le couple. Comment elle s’insinue dans les mots, les regards, les gestes. Comment elle pénètre l’intimité des foyers, la plupart du temps en toute discrétion. Car, souvent privées d’intimité et isolées, ces femmes finissent par craquer. Et elles sont alors considérées comme folles ou dépressives par la société qui ne voit pas le drame qui se joue à l’abri des regards. « Tu l’as cherché ; t’es chiante ; tu m’as provoqué ; tu dramatises »… Des mots qui pourraient presque paraître anodins. Pourtant, quand nous les entendons, répétés comme une simple ponctuation par des hommes qui ne savent plus aimer, notre sang se glace.

Quelques rappels importants

Mais 225 000 (Femmes Kleenex) s’attache aussi à rappeler quelques éléments qu’il est important de garder à l’esprit. Que tous les hommes ne sont pas à considérer comme des prédateurs en puissance ; que « céder n’est pas consentir » ; ou encore que chaque femme réagit à sa manière et avec ses propres armes à cette violence. En effet, quand les reproches et les insultes fusent, quand le dénigrement devient banal, que le cynisme se fait le mode de communication privilégié, que les intimidations pleuvent avant les coups, certaines femmes se résignent et cèdent à la passivité. D’autres se voilent la face et trouvent des excuses à ces comportements ; tandis que certaines encore trouvent refuge dans la provocation. L’impact de ces violences sur les enfants, qui deviennent parfois aussi des cibles, n’est pas oublié. Il fait d’ailleurs l’objet d’une scène qui a de quoi remuer. Alors, l’émotion grandit et fait taire les rires, pour atteindre son apogée lors d’un monologue de fin poignant. Une pièce percutante et malheureusement nécessaire.

225 000, écrit par Nicole Sigal, avec Camille Favre-Bulle, Magali Bros, Mathias Marty et Rodolphe Couthouis, mise en scène par Guillaume Vatan, se joue à l’Espace Alya, à Avignon, du 05 au 28 juillet 2019 à 13h25. Relâche le 10, 17 et 24.

Retrouvez tous nos articles consacrés au Festival Off d’Avignon ici.

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Mélina Hoffmann

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