South of Midnight est une nouvelle bouffée d’air frais par le jeune studio Compulsion Games : une aventure dans le folklore du Deep South américain alors que l’héroïne s’engouffre dans un univers fantastique pour sauver sa mère.
Dévoilé il y a 2 ans, South of Midnight avait séduit d’entrée de jeu les gamers aficionados d’univers en marge des AAA photoréalistes contemporains. En effet, cette production Xbox est signée Compulsion Games, studio derrière l’imparfait We Happy Few, mais aussi Contrast (un petit jeu de plate-formes sorti 10 ans plus tôt se déroulant à la Belle Époque).

Avec South of Midnight, le studio canadien investit un univers peu ou jamais abordé dans le médium : celui multi-culturel du Deep South américain…. et tout le folklore qui s’ensuit. Certes, le cinéma ou les séries a déjà eu son lot de « Southern Gothic » (True Detective, La Nuit du Chasseur, La Princesse et la Grenouille, Le Diable tout le temps…), pourtant l’ancrage réaliste prédominait.
La stop-motion s’invente dans le jeu vidéo
Le soft de Compulsion Games entend donc explorer une brèche jusqu’alors inexploitée, dans un écrin visuel renvoyant à la stop-motion digne d’un Laika (Kubo et l’armure magique). Un parti pris immédiatement séduisant (la cinématique d’intro avant le menu est d’ailleurs entièrement animée de la sorte), tandis que South of Midnight s’ouvre tel un conte.
Nous découvrons ainsi que le monde est relié par les fils de la Grande Tapisserie, l’interstice entre les dimensions qui fait en sorte que l’équilibre subsiste. Un équilibre gardé par les Tisseurs, des êtres capables de manipuler ces fils afin de restaurer l’intégrité de cette tapisserie cosmique pouvant être déchirée par des forces obscures. La résultante étant l’apparition des « hanteurs », des entités démoniaques errantes que seuls les Tisseurs peuvent voir !

Nous sommes donc à Prospero en Louisiane, et la jeune Hazel Flood vient de perdre la trace de sa mère suite à un violent ouragan. Prête à tout afin de la retrouver, elle va découvrir qu’elle est l’héritière d’une lignée de Tisseurs, rôle précédemment tenu par son énigmatique grand-mère. Découvrant ses facultés nouvelles, Hazel va s’embarquer dans un voyage à travers des lieux fantastiques cachés du commun des mortels, tout en faisant la rencontre de créatures plus ou moins alliées.
South of Midnight : conte folklorique
Un pitch qui sent bon le Lewis Caroll ou même le Neil Gaiman/Henry Selick (Coraline est une réelle influence en terme de récit, tout comme le Alice Madness Returns en terme de game design pur), pour une aventure à la 3e personne semblant tout droit sortie de l’ère PS2-Gamecube-Xbox dans ses velléités ludiques (et ceci est un bon point!). La boucle de gameplay oscillera donc entre combats face aux hanteurs, avancée dans les niveaux par phases de plate-formes et collecte de documents (pour en apprendre plus sur le monde).
Une boucle simple, renvoyant à Contrast mais avec un savoir-faire actualisé rendant la progression rythmée et toujours emplie de charme. Car oui, South of Midnight a beau être un AA qui ne réinvente pas la roue en terme de pur game design, ce qu’il fait il le fait bien et de manière appliquée ! Compulsion Games accouche ainsi d’un jeu résolument couloir, le soft n’hésite pas à ponctuer le chemin de quelques sentiers adjacents à explorer pour y récolter des documents ou des orbes essentiels pour améliorer Hazel.

Le système de combat est lui aussi simple (une touche pour du combo, et quelques pouvoirs pour attirer/repousser/immobiliser les ennemis), mais plus le joueur avance, plus il rencontrera des combats corsés avec une multitude d’ennemis. Petite déception : le bestiaire ne se compose que de 6 classes de hanteurs, mais ils ont tous leurs spécificités à prendre en compte afin de triompher sans voir sa barre de vie à sec.
South of Midnight se révèle donc fun à ce niveau, notamment lorsqu’on débloque la mascotte Crouton (une peluche capable de contrôler un cours instant les ennemis de notre choix afin de les retourner contre leur camp) pour mieux renverser la balance. On conseillera d’ailleurs la difficulté maximale pour un challenge bien équilibré !
Ambiance enchanteresse à travers le bayou
Néanmoins, c’est dans ses quelques combats de boss que le titre parvient à proposer des ennemis affublés d’un pattern différents en plusieurs phases (là encore, dans la pure tradition des jeux du genre). L’occasion d’aborder un des très gros points forts du jeu : sa direction artistique ! C’est simple, on avait pas vu nouvel univers aussi enchanteur dans le JV depuis un petit moment. Là où toute l’industrie du blockbuster tend à s’uniformiser, Compulsion puise dans l’imaginaire du Sud américain pour proposer des paysages de toute beauté (marais, forêts, pics, grottes, villages abandonnés ou même monde onirique) tout en lui donnant une dimension magique !

Certaines textures se trahissent parfois en zoomant sur une plante ou un mur, mais la vision générale est régulièrement enchanteresse, couplée à une gestion de la lumière plutôt renversante (on ne compte pas le nombre de fois où Hazel traverse un panorama digne d’une photo). Mais plus encore, sa patte artistique à la stop motion (les personnages bougent à moins de 24 images secondes, pourtant tout le jeu tourne sans souci à 60 fps), son ambiance évoquant tout un folklore cajun et sa musique en font une friandise à part dont on ne lâche pas la manette avant d’avoir conclu le récit (comptez environ 12h pour voir la cinématique finale!).
South of Midnight aurait pu dynamiser son exploration des divers levels, offrir des collectibles plus variés, des rencontres face aux ennemis moins programmatiques…. pourtant l’alchimie prend, jusque dans son récit où fantômes du passé (le jeu offre une réflexion bienvenue sur les traumas du passé tentent de penser des plaies toujours béantes), stigmates d’une Amérique capitaliste au passé esclavagiste, non-dits familiaux et pertes de l’être cher donnent du corps à chaque personnage rencontré.
Direction artistique qui réhausse le tout
On retiendra surtout les chapitres impliquant des créatures mythiques, entre imagerie de pure fantasy et monstre folklorique du plus bel effet (Molly l’étreinte ou le fameux Rougarou en tête). Bref, des rencontres très bien rythmées par des déplacements vifs usant des capacités du personnage (possibilité de planer, de pousser/attirer des caisses ou de matérialiser des passerelles pour avancer).

Un personnage principal dans la droite lignée du coming-of-age : qui grandit et assume ses responsabilités alors qu’elle découvre d’où elle vient. Une dimension émotionnelle qui aurait sans doute pu être mieux exploitée, mais South of Midnight dégaine à son tour un atout non-négligeable, à savoir une BO folk-gospel absolument renversante d’Olivier Derivière (Remember Me, A Plague Tale), contenant à elle seule toute une charge lyrique dont on se délecte chaque minute, que ce soit en combat ou en exploration !
South of Midnight sortira sur Xbox Series S/X et PC le 8 avril 2025
avis
South of Midnight se veut une incursion aussi enchanteresse qu’attachante dans un Deep South fantastique, folklorique et vidéoludique du plus bel effet. Certes, la narration globale ou le game design reste dans des sentiers battus inhérents aux AA de plate-formes/aventure, pourtant la passion communicative de Compulsion Games, la direction artistique à tomber, la bande-son magnifiquement inspirée et un rythme sans temps mort en font une aventure joliment attachante !
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