Le duo de réalisateur Phil Lord & Chris Miller reviennent à la réalisation après 12 ans d’absence avec Projet dernière chance. Un retour stratosphérique.
Adapté du roman d’Andy Weir, auteur déjà transposé à l’écran avec Seul sur mars, Projet dernière chance (Project Hail Mary en V.O) met en scène Ryland Grace, professeur de sciences se réveillant dans un vaisseau spatial à des années lumières de la terre. Amnésique, il va devoir se rappeler de sa mission pour tenter de sauver l’humanité et former un duo avec une rencontre du 3ème type…

Alors qu’ils avaient été évincés du spin-off Solo en cours de route, le duo éclatant derrière la franchise animée Spider-verse (à la production et scénario) prennent leur revanche galactique en proposant ce qui est le meilleur space opera depuis Interstellar. Miller et Lord qui nous avait habitué à un cinéma, certes de qualité, mais très adulescent geek et comique (le diptyque Jump Street ; Tempête de boulettes géantes et La Grande Aventure Lego) passent un cran au dessus – à deux doigts d’utiliser le terme plus qu’agaçant du “film de la maturité” – en terme d’ambition.
Une tradition officieuse veut que les grands cinéastes hollywoodiens se confrontent au Space Opera ou les grands films de SF métaphysiques. Kubrick avec 2001, Scott avec Alien/Seul sur Mars, De Palma avec Mission to Mars (aie), Soderbergh avec Solaris, Gray avec Ad Astra, Boyle avec Sunshine, Zemeckis avec Contact, Villeneuve avec Premier Contact, Nolan avec Interstellar et très prochainement Spielberg avec Disclosure Day. C’est donc au tour de Miller et Lord de s’investir dans ce genre, en proposant un mélange de tout cela, mais parfaitement maîtrisé.
Fluidité galactique
Car Projet dernière chance, à défaut de briller par son originalité conceptuelle dû à son melting pot de références, est de ses films qui brillent par leur perfection d’exécution. Chacune des parties du film, qui alternent entre quête identitaire, survie galactique, recherche scientifique, rencontre extraterrestre et pure action de mission spatiale, est parfaitement équilibrée. Et c’est là que le métrage impressionne car il aurait pu s’écraser sous le poids de son récit pléthorique.
Et c’est grâce à une maestria de narration, qui sait sur quoi s’attarder et quoi éluder pour le bien de son histoire. Des ellipses qui trichent avec la temporalité de la mission mais donnent une fluidité monstre. Drew Goddard, le scénariste, montre une nouvelle fois qu’il est un des meilleurs dans son domaine. Et pour autant, l’histoire sait prendre son temps quand il le faut pour créer de l’empathie et surtout du spectacle. Car là est la grande réussite du métrage, il alterne aussi bien les différentes tonalités sans que cela ne nous fasse décrocher du cockpit.

L’humour, si représentatif du duo, est bien présent avec une justesse sidérante, en étant hilarant sans jamais tomber dans le lourdingue. Le tempo comique est tellement au cordeau qu’il fait mouche à C.H.A.Q.U.E F.O.I.S. Tout en fonctionnant avec la puissance dramatique du scénario. Car en effet, ce blockbuster est sûrement l’un des plus touchants de ses dernières années, les larmes coulant à flot aussi bien pour de la joie que de la tristesse. Et c’est par cet aspect qu’on se dit que Miller et Lord ont bien grandi.
Les réalisateurs avec Goddard arrivent à nouer une véritable alchimie entre, littéralement, une marionnette, Rocky et son héros, rendant cette relation plus humaine que les humains. Ils saisissent une sincérité universelle qui transcende les limites spécistes et qui unit la survie et le besoin de ne pas être seul dans un espace infini. Le métrage arrive même à décortiquer la figure du héros en déconstruisant la notion d’héroïsme, avec un Ryan Gosling qui est pataud mais brillant. Peureux mais courageux. De mauvaise foi mais sensible. Humain quoi.
Solide comme un rock
Le long métrage s’autorise même des envolées poétiques, du plus bel effet grâce à des visuels quasi contemplatifs, jamais vus. Les effets visuels sont renversants par ailleurs. A l’heure où les artistes VFX sont obligés de bâcler leur travail à cause de deadlines impossibles, cela fait un bien fou. Mention spéciale aux effets 100% pratique de Rocky. Tout sent l’artisanat maîtrisé, à l’image de la photo léchée du surdoué Greig Fraser.
Le suspens et la tension n’est pas en reste, avec une construction épique et grisante de la mise en scène de celles-ci. Un peu à la Cameron, les séquences d’action sont construites en oignon (avec des couches), où une péripétie amène à une autre péripétie menant à une autre péripétie, provoquant parfois des triples climax. Mais encore une fois, là n’est pas l’intérêt du film puisque l’émotion vous tabassera bien plus que l’action.

Projet Dernière Chance est un film pléthorique, qui pourrait faire office de bande démo à chacune de ses strates, qui ne cesse de changer, mais fonctionne comme il se doit. Un cinéma de l’artisanat et de l’émotion comme on en fait plus. Mis en parallèle à de grandes notions scientifiques et la grandeur métaphysique de l’espace. Le tout avec un tempo comique inimitable. Foncez le voir.
Projet Dernière Chance est sorti en salle ce 18 mars 2026.
Avis
Projet dernière chance est un film multiple qui excellent dans toutes ses couches et déploie un panel émotionnel vertigineux dans un écrin visuel qui sent bon l'artisanat appliqué.
