Premier blockbuster 2026 de Netflix, The Rip réunit à nouveau Ben Affleck et Matt Damon devant la caméra dans un thriller policier écrit et réalisé par Joe Carnahan. Le papa de Narc, Le Territoire des Loups et L’Agence Tous Risques remonte-t-il la pente descendante dans laquelle il se trouve depuis plusieurs années ?
The Rip est peut-être l’occasion de retrouvailles à l’écran pour Matt Damon et Ben Affleck après Will Hunting et Air. Mais c’est aussi le premier film de Joe Carnahan depuis quinze ans à bénéficier d’un vrai budget confortable de 100 millions de dollars ! En effet, le cinéaste révélé par l’excellent Narc en 2002 a su proposer de réelles trouvailles aussi fun (le trip Mise à Prix) que profondément existentielles (le superbe Le Territoire des Loups).
Pour autant, Carnahan semblait porté disparu depuis une bonne dizaine d’années, enchaînant des projets directement à destination des plate-formes, et aux qualités très contrastées (le mauvais Shadow Force ou un Boss Level à l’exécution assez mitigée). Peut-être que l’échec relatif de l’Agence Tous Risques ou bien son absence de coopération globale avec les majors (il a failli faire Mission Impossible 3 et Bad Boys for Life) l’ont rendu persona non grata…. et c’est donc avec un œil inquisiteur qu’on attendait The Rip !
Retour aux sources pour Carnahan
Certes, Joe Carnahan ne repasse pas par les salles obscures, mais The Rip constitue un retour de prestige en apparence pour un Carnahan ayant co-écrit lui-même (avec Michael McGrale) ce polar au casting touffu. Blockbuster Netflix R-Rated, le film nous emmène donc auprès d’une unité de la brigade des stups de Miami !

Le récit démarre d’ailleurs en trombe, comme taillé à l’os : la chef Jackie Velez est assassinée par ce qui semble être un duo de flics ripoux cagoulés. Un acte qui va lâcher une chape de plomb sur le reste de l’équipe, présentée via des interrogatoires par un FBI définitivement sur les crocs. C’est dans ce contexte brûlant que le lieutenant Dane Dumars (Matt Damon) reçoit un tuyau d’une de ses sources : une planque de narcotrafiquants qui détiendrait plusieurs milliers de dollars.
Embarquant le sergent JD Byrne (Ben Affleck), le conjoint veuf de Jackie, leur équipe va cependant se retrouver dans une maison détenant un butin de 20 millions de dollars. Et alors que la nuit s’annonce plus longue que prévue, ces derniers vont rapidement être la cible de forces extérieures. De quoi apporter un climat de paranoïa vis-à-vis des policiers sur place, tandis que la problématique de déplacer l’argent sans soutien sera au cœur de The Rip.
Polar qui enlève le gras
Et il faut le dire, la première demi-heure sent bon le retour de Carnahan aux affaires dans ce qu’il sait faire de mieux : installer un panel de personnages à la personnalité et aux fonctions marquées presque in media ras. On regrettera sans doute un caractère plus fonctionnel sur certains aspects (le personnage de Scott Adkins et une relation fraternelle avec Affleck qui semble plus gadget qu’autre chose), tandis qu’en cinq minutes les dialogues exposent par leur verbe des pans entiers de backstory ou d’intrigue.

Une dimension scolaire, mais qui va droit au but en plaçant ses pions avant l’introduction du high concept de The Rip. On pense un tantinet à Assaut de Carpenter, alors que les diverses factions sont soit directement montrées à l’écran (la DEA menée par Kyle Chandler) ou bien constamment évoquées hors-champ (les gangs détenteurs du quartier de la fameuse planque).
De quoi embrayer sur un simili-huis-clos bien tendu, d’autant que la mise en scène globalement travaillée de Carnahan sait jouer de la spatialisation du lieu tout en offrant une texture brute à ce Miami crépusculaire. Un coupe-gorge constant donc, avant que le script ne fasse du sur-place. Car si The Rip se centre sur la manière dont la brigade va survivre en déplaçant le cash, Carnahan lui impose une rythmique presque proche du whodunnit.
Belle mise en place qui tourne rance
Le personnage de Matt Damon apparaît donc plutôt trouble, mentant à la hiérarchie sur leur opération (dans le but de voler leur prise ?) : le réalisateur réussit plutôt bien ce numéro d’équilibriste, là encore essaimant efficacement des miettes narratives telle une photo du fils de Dane comme vecteur décisionnaire. Le tout en usant progressivement du hors-champ pour masquer les agissements de plusieurs protagonistes. Mieux, le film sait aussi jongler de point de vue vis-à-vis de son casting (Steven Yeun, Teyana Taylor…), charismatique et sympathique un instant, avant d’être plus énigmatique la minute d’après.

Malheureusement, tout ceci va rapidement tourner à vide à mi-parcours, dès lors qu’on comprendra que The Rip décomplexifiera toute cette matière narrative pour nous éclabousser des révélations les plus pataudes qui soient. On appréciera sans nul doute quelques envolées bourrines d’une poursuite finale faisant office de climax, mais dont l’emphase émotionnelle se trouve dévitalisée.
Narratif flingué
Pire, toute la tension initiale et les questionnements thématiques sur une face double de la police seront bazardées au profit d’une sur-explication et d’une simplification au raz des pâquerettes des enjeux et de la psychologie des personnages. Le plus bel exemple tiendra dans la partition de la très bonne Sasha Calle, incarnant l’occupante de la fameuse maison et confrontant le duo Affleck-Damon avant d’être totalement évacuée du récit avant l’épilogue.
En résulte l’impression d’un pétard mouillé qui s’arrête au milieu du guet, et qui derrière ces ambitieuses promesses se révèle totalement inoffensif dans son exploration d’une police gangrenée par ses propres contradictions. « Est-ce que nous sommes les gentils ? » est tatoué sur la main de Dane : il faudra donc 1h45 pour savoir la réponse à cette question (tatouée sur l’autre main), dans un traitement qui semble à la fois inoffensif, frustrant et incomplet. Pour un huis-clos aux péripéties réussies par le même réalisateur, on reverra allègrement Copshop !
The Rip est disponible sur Netflix le 16 janvier 2026
Avis
Malgré un script taillé à l'os, une technicité certaine et son casting de talent, Joe Carnahan revient encore par la petite porte avec The Rip. Un polar whodunnit qui s'arrête au milieu du guet vis-à-vis de ses ambitions initiales. En résulte un exercice de tension savamment orchestré, avant que le tout ne s'effondre vers une trame aussi quelconque que manquant d'emphase. Déception rapidement oubliée !
